"Ce qui nous arrive aujourd'hui est une épreuve", a déclaré, solennel, M. Toledano en préambule du défilé au Musée Rodin

PARIS L'ultime défilé de Christian Dior par John Galliano a été l'occasion vendredi pour le PDG de Dior Couture Sidney Toledano d'évoquer "une épreuve" traversée par la maison de couture parisienne, suite "aux propos intolérables" prononcés par celui qui fut quinze années durant le directeur artistique maison.

"Ce qui nous arrive aujourd'hui est une épreuve", a déclaré, solennel, M. Toledano en préambule du défilé au Musée Rodin - sans doute une première dans la mode parisienne. Il a ajouté que le "fait que le nom de Dior ait pu être mêlé par l'intermédiaire de son designer - si brillant soit-il - à des propos intolérables" était "très douloureux" pour la maison de couture.

"Intolérable, parce que de tels propos sont inacceptables, au nom de notre devoir de mémoire, au nom de toutes les victimes de l'Holocauste, au nom du respect de tous les peuples, au nom de la dignité humaine", a poursuivi M. Toledano, devant une assemblée tout ouïe. Contrairement à l'usage s'agissant de la maison Dior, aucune interview n'était permise en amont ni après le défilé, là-même où habituellement John Galliano s'adonnait avec les journalistes, dans une ambiance bon enfant et souvent agrémentée de champagne, au jeu des questions-réponses et des petites phrases destinées à marquer d'une empreinte particulière la collection tout juste présentée.

Autre entorse aux habitudes: l'absence de célébrités de premier plan habituellement présentes en nombre aux premiers rangs, si ce n'est l'actrice chinoise Fan Bin Bing. Mais des anonymes et autres "fashionistas" avaient en revanche fait le déplacement devant la tente dressée dans le jardin du musée pour soutenir le créateur déchu, certains arborant un panneau "The King is Gone" (le roi n'est plus là). D'autres fans de Galliano, n'étant pas muni de l'invitation sésame, se faisaient vertement rabrouer par un service de sécurité visiblement renforcé.

Si, après la courte allocution de M. Toledano, le défilé a débuté dans une ambiance quasi sépulcrale, il s'est ensuite déroulé puis achevé sous les vivats des invités, rythmant de leurs applaudissements et de leurs hurlements les derniers passages des mannequins, sans qu'on sache si les applaudissements étaient destinés à John Galliano lui-même ou à la collection présentée.

Habitué aux mises en scène démesurées pour le final, au cours duquel John Galliano apparaissait régulièrement telle une star, souvent grimé en personnage rappelant de près ou de loin la thématique de la collection, le public a pour cette dernière fois livré à une ovation debout aux "petites mains" des ateliers Dior, toutes revêtues de leur célèbre blouse blanche et applaudissant également, devant l'immense logo "Dior" et clôturant une ère de la maison de couture parisienne, fondée par Christian Dior en 1947.

© La Dernière Heure 2011