Elle était promise à une belle carrière de diplomate, mais l'amour a changé la vie de Masako. Portrait de la nouvelle impératrice japonaise.

Demain, Masako Owada deviendra la nouvelle impératrice du Japon. La fonction est importante, trop peut-être pour cette femme qui a renoncé à sa liberté et sa carrière par amour. Masako Owada est née le 9 décembre 1963 à Tokyo. Avec un père diplomate, elle voyage beaucoup durant son enfance. Deux ans après sa naissance, la famille s’installe en Russie, avant de s’envoler pour les Etats-Unis. Ses nombreux voyages permettent à Masako de devenir polyglotte.

Une jeune femme ambitieuse

La jeune femme débute de prestigieuses études à Harvard où elle apprend l’économie. De retour au Japon, elle étudie le droit à l’université de Tokyo. Masako marche sur les traces de son père. Elle souhaite devenir diplomate et se rêve ministre des Affaires étrangères. Elle met toutes les chances de son côté. En 1986, la jeune femme passe le concours d’entrée du ministère des Affaires etrangères. Elle est retenue parmi 800 candidats. Sa persévérance paie. Masako devient l’une des plumes du ministre. 

Sa vie bascule en octobre 1986. Les parents de Masako reçoivent une invitation au palais impérial en l’honneur de l’infante Elena d’Espagne. La jeune femme, alors âgée de 22 ans, les accompagne. Son nom a été ajouté à la dernière minute sur la liste des invités selon le journaliste australien Ben Hills, auteur de la biographie controversée Princesse Masako : prisonnière du trône de chrysanthème. Lors de cette soirée, Masako rencontre le prince héritier Naruhito. La situation sentimentale du jeune homme inquiète le kunaicho, l’Agence impériale japonaise. C'est elle qui gère la vie de la famille impériale du petit déjeuner aux sorties officielles. L'organisation reproche à Naruhito d’être toujours célibataire à 26 ans. Il faut lui trouver une épouse. Le destin fait bien les choses, Naruhito tombe sous le charme de Masako.

Les débuts de leur histoire sont difficiles. Masako a les yeux rivés sur sa carrière. Peu de temps après sa rencontre avec Naruhito, elle s’envole pour Oxford pour étudier les relations internationales. A son retour en 1988, il la demande en mariage. Elle refuse. La jeune femme ne veut pas se conformer au très strict protocole de la famille impériale nipponne. Masako tient à sa liberté. Naruhito lui promet de la protéger face aux pressions. Elle finit par l’épouser le 9 juin 1993. Masako devient alors princesse et doit abandonner ses rêves de diplomate et sa thèse commencée deux ans auparavant.

Mariage Masako Naruhito
La princesse Masako et son époux le prince héritier Naruhito en tenue traditionnelle lors de leur mariage le 2 juin 1993 © REPORTERS

Princesse prisonnière

Si Masako est très vite adoptée par les Japonais pour son modernisme et son élégance, l’Agence impériale a beaucoup plus de réserves sur cette union. Selon l'institution, Masako est trop indépendante, trop roturière, elle ne correspond pas aux critères de la femme idéale pour Naruhito. Mais Masako rentre dans le rang. Elle s’efface, marche derrière son mari lors des apparitions publiques. Elle délaisse ses tailleurs colorés pour des kimonos et des tenues pastels, comme demandé par le kunaicho. Elle devient alors une ryosai kenbo, une “bonne épouse et mère avisée” en japonais.

Après son mariage, Masako subit de nombreuses pressions du kunaicho. Elle doit donner un héritier à la famille impériale. Surtout, cet enfant doit être un garçon, la succession japonais étant patrilinéaire. Masako tombe enceinte en 1997, mais fait une fausse couche. Le temps passe, les chances de concevoir un enfant s’amoindrissent pour le couple. Masako s’approche de la quarantaine, son époux, lui, a 41 ans. Ils ont recours à la procréation médicalement assistée, un sujet tabou au Japon. Le 1er décembre 2001 naît la seule enfant du couple, Aiko de Toshi. L’arrivée de cette enfant est un drame au palais impérial. La dynastie est menacée d’extinction.

Photo de famille
Masako et son mari sont les parents d'une fille, Aiko de Toshi, née en 2001. © REPORTERS

Masako sombre dans la dépression après son accouchement. Il lui est reproché de ne pas avoir su donner naissance à un garçon. En 2004, le palais impérial indique dans un communiqué que la princesse souffre de “troubles de l’adaptation”. Masako n’arrive toujours pas à gérer son nouveau statut, beaucoup trop strict. La même année, son mari prend sa défense. Pour la première fois, un membre de la famille impériale s’oppose publiquement à sa famille. Il reconnaît ouvertement que sa femme subit trop de pression de la part de l’Agence impériale. Rappelé à l'ordre, il fera des excuses peu de temps après. 

Jusqu'en 2006, Masako continue de subir des pressions de la part de l'Agence impériale pour donner naissance à un fils. Cette année-là, le frère cadet de Naruhito, Fumihito, a un fils. La dynastie est assurée, Masako peut (un peu) respirer. Son état de santé s'est aujourd'hui amélioré. Même si Masako a quelques craintes quant à son statut d'impératrice, elle assurait en décembre dernier à l'occasion de ses 55 ans : "Je ferai de mon mieux".