Le 20 novembre 1975, le général Franco qui dirige l’Espagne depuis 1936, s’éteint à Madrid au terme d’une longue agonie à l’âge de 82 ans. Conformément à ses directives, l’Espagne retrouve un monarque en la personne de Juan Carlos, petit-fils du roi Alphonse XIII, parti en exil en 1931 au moment de la Guerre civile.

En 1948, Juan Carlos âgé de 10 ans, pose pour la première fois le pied sur le sol espagnol à la faveur d’un arrangement entre son père le comte de Barcelone et le Général Franco. Le prince qui a grandi à Rome, Lausanne et Estoril, se doit d’être instruit en Espagne.

L’idée est de faire basculer à terme la dictature vers la monarchie. Il faudra toute l’habileté de Juan Carlos pour réussir pendant toutes ces années à louvoyer, se mettre dans les bonnes grâces de Franco, se créer un rôle princier, sans jamais franchir de limite, sachant que de plus il risque d’évincer son père qui est l’héritier légitime du trône.

Car si pour Franco, le scenario est clair, il ne l’est pas pour l’entourage du dictateur. Sa femme Carmen Polo fait pression et pour cause. L’aînée de leurs petits-enfants, Carmen Martinez-Bordiu s’est mariée en 1972 avec Alfonso de Bourbon, duc de Cadix, cousin de Juan Carlos. Mais Franco ne déviera pas.

Avant que son état de santé ne dégénère complètement, il demande à sa fille unique Carmen, marquise de Villaverde, de dactylographier ses dernières volontés politiques au cas où après se sa mort, celles-ci seraient remises en question. Carmen garde ce document en permanence sur elle. Elle le remettra à la mort de son père à Juan Carlos, qui lui en fut toujours grandement reconnaissant et qui la titra duchesse de Franco.

Deux jours après la mort du Caudillo, Juan Carlos se rend au parlement Les Cortès pour prêter serment. L’assemblée est alors quasiment exclusivement composée de militaires. Pour se dissocier du deuil de Franco, l’épouse de Juan Carlos, la reine Sophie a décidé de porter une robe de couleur fuchsia. Juan Carlos ne compte pas beaucoup de soutiens internationaux à ce moment. Lors du te deum le 27 novembre 1975 à Madrid, c’est le prince Albert qui représente la Belgique. Seul Chef d’État avec le prince Rainier de Monaco et le président français Giscard d’Estaing.

Nombreux sont méfiants quant à ses intentions. C’est pourtant lui qui amènera avec des proches fidèles, l’Espagne vers la transition démocratique, gagnant sa légitimité aux yeux de l’opinion publique lors du coup d’État manqué du 23 février 1981. Tout un exercice de style parfaitement exécuté avec l’entrée du multipartisme et des élections dès 1977.

45 ans plus tard, l’image publique du roi Juan Carlos a malheureusement été ternie, éclaboussée par des affaires privées et sentimentales. Depuis cet été, il vit exilé volontaire à Abu Dhabi. Un jour pourtant, probablement pas si lointain - Juan Carlos fêtera en janvier ses 83 ans - les Espagnols se souviendront de son apport inestimable à leur Histoire car l’Histoire remet tôt ou tard les choses à leur place.