Il y a 40 ans, la famille royale espagnole vivait un mois de février dramatique. Le 6 février, la reine Frederika de Grèce, mère de la reine Sophie d’Espagne, décède inopinément à Madrid des suites d’une anesthésie pour une opération bégnine à l’âge de 63 ans. Exilée entre Londres, Madrid et l’Inde depuis le renversement de la monarchie en 1967, elle a formulé le vœu de pouvoir être inhumée auprès de son époux le roi Paul, décédé en 1964, à la nécropole royale du domaine de Tatoi. C’est grâce à l’entremise du roi Juan Carlos que sa belle-mère put être rapatriée en Grèce et la famille royale grecque autorisée à fouler le sol de sa patrie pour la première fois depuis 1967 l’espace de quelques petites heures.

La famille royale espagnole est encore en plein deuil lorsque le 23 février 1981 le lieutenant-colonel de la Garde civile Antonio Terreau pénètre aux Cortès, siège du parlement. Escorté par 200 hommes, il prend en otage les députés et le Premier ministre Adolfo Suarez qui sont dans l’hémicycle. Des coups de feu sont même tirés en l’air.

Lorsqu’il apprend la nouvelle, le roi Juan Carlos qui ne règne que depuis cinq ans et qui a succédé au général Franco, comprend immédiatement que dans certains cénacles militaires, on entend revenir au temps de la toute-puissance militaire. Juan Carlos aidé par le Premier Ministre Adolfo Suarez a commencé à amorcer une transition démocratique avec la préparation d’élections multipartites pour cette année 1981. La situation est donc délicate pour le roi.

Les moyens de communications étant ce qu’ils sont il y a 40 ans, il n’a pas la possibilité de s’adresser directement à la population qui voit que, dans certaines villes dont Valence, des chars se positionnent sur les grandes artères. Grâce à l’aide de proches conseillers, le souverain enregistre un message. Vêtu de son habit militaire, des poches sous les yeux et visiblement fatigué, il enjoint les militaires à rentrer dans leurs casernes. Certains d’entre eux pensent alors que le roi est demandeur du coup d’Etat…

Dans son bureau au Palais de la Zarzuela, sur une chaise, le futur roi Felipe âgé de 13 ans, assiste à cet enregistrement. Il déclare fermement : "La Couronne, symbole de la permanence et de l’unité de la patrie, ne saurait tolérer en aucune façon des actions ou des attitudes de personnes qui prétendent interrompre par la force le processus démocratique".

S’il est devenu roi en 1975, on peut dire que c’est réellement en février 1981 que Juan Carlos est devenu le roi de tous les Espagnols, leader communiste en tête qui n’aura de cesse de remercier le monarque d’avoir "sauvé" les parlementaires de l’hémicycle. Tejero se rendit le lendemain.

40 ans plus tard, une cérémonie a eu lieu aux Cortès en présence du roi Felipe. Cette semaine, on a appris que le roi Juan Carlos ne vivait plus dans un hôtel d’Abu Dhabi mais dans une luxueuse demeure mise à sa disposition par la famille de l’émir sur l’île de Nurai. Felipe allait-il rendre hommage à son père, exilé depuis l’été 2020 ?

Oui, Felipe a eu des mots de reconnaissance pour la posture de son père, sa fermeté et son autorité.

En 2014 lors de la mort d’Adolfo Suarez, Premier ministre au moment du coup d’Etat et qui ne revint plus en politique après la victoire en 1981 du parti socialiste de Felipe Gonzalez, ce grand oublié de l’Histoire de la transition démocratique, une onde de choc traversa le pays. Par milliers les Espagnols convergèrent aux Cortès où son cercueil avait été exposé.

Malgré les scandales qui ont hélas entaché la fin de son règne, l’Histoire se devait encore de son vivant de lui donner la place qu’il mérite quant à la démocratisation de l’Espagne.

Il a payé le fisc grâce aux prêts d’amis

Juan Carlos, en exil à Abu Dhabi, a pu régler une dette fiscale de 4,4 millions d’euros grâce aux prêts d’une dizaine d’amis, affirment plusieurs médias espagnols samedi. Ils sont une dizaine de généreux bienfaiteurs, hommes d’affaires et aristocrates pour la majorité, à avoir accordé à l’ex-souverain des crédits pour l’aider à payer cette ardoise. Il s’agit bien de prêts et non de donations, car ces bailleurs ont écarté ces dernières, imposées à 40 %.