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BOSTON Les notes de Jumpin’Jack flash résonnent encore. Des lèvres rouges immaculées collent un dernier baiser langoureux sur l’écran géant. Des confettis,
de couleur rouge aussi, viennent se poser non-chalamment sur les quinze mille spectateurs qui garnissent les tribunes du Fleet Center de Boston. Sur scène, les papys saluent leur public. La sueur leur coule de partout. Ils sont hilares. Ils sont heureux. Comme des gamins. Comme à
leurs débuts sans doute lorsqu’ils écumaient les caves de Londres en 1962…
Ce mardi, à l’occasion du coup d’envoi de leur tournée mondiale baptisée Forty licks 2002-2003, les Rolling Stones ont donné une nouvelle leçon de rock and roll.
De vrai rock and roll. En deux heures et quinze minutes, ils ont revisité, parfois de manière surprenante, leur répertoire. En deux heures et quinze minutes, ils ont
rassemblé dans une même émotion spontanée plusieurs
générations de fans. En deux heures et quinze minutes, ils ont surtout montré qu’ils prenaient toujours autant de plaisir à jouer et à être sur scène.

Pour les Stones, une tournée ne se prépare pas à la légère (voir par ailleurs). Mais elle ne se limite heureusement pas à une débauche d’effets spéciaux, à des notes balancées méthodiquement et à un set en forme de juke-box.

On ne parlera pas de prise de risque car à leur niveau – jamais atteint par un groupe rock – il n’y a plus aucun risque. Il leur suffit de paraître pour vaincre. Mais malgré leurs rides, malgré leurs comptes en banque et malgré leurs allures de dandys faussement décadents, les Stones aiment encore trop leur métier pour s’enfermer dans la routine.

Cet été, Mick Jagger (60 ans en juillet prochain), Keith Richards (59 ans en décembre), Charlie Watts (61 ans) et le jeunot RonWood (55 ans) ont répété pas moins de 130 chansons différentes en vue de la tournée mondiale. Ils ont aussi choisi la carte de la sobriété. Cette fois, pas d’effets spéciaux, pas de décor digne d’un péplum hollywoodien, pas de poupées gonflables…

Quelle que soit la configuration (stade, salle, petit club),c’est la carte de l’intimisme qui sert d’atout. Ainsi, en fin de concert, c’est sur une petite scène minuscule, placée au milieu du public, qu’ils viennent livrer une reprise foudroyante de Mannish boy de Muddy Waters, le rockabilly Neighbours et le nerveux Brown sugar durant lequel Keith et Ron Wood se livrent à un duel épique à la guitare.
On apprécie aussi la manière dont se termine le show. Les Stones rejoignent les coulisses par l’arrière de la salle
en passant donc au milieu des spectateurs.

Les tubes sont bien sûr de la partie.
Les incontournables It’s only rock and roll, Tumbling dice, Honky tonk women, Satisfaction, Wild horses (avec un superbe visuel) et bien sûr le magnifique Sympathy for the devil (avec le célèbre logo des lèvres qui prend feu
sur l’écran) suscitent bien sûr le délire.
Mais pour ce quarantième anniversaire, les Stones sont allés rechercher des vieilles pépites. Comme ce Can’t
you hear me knocking
, blues poisseux tiré de Exile on main street, Loving cup extrait rarement joué de Exile on main street ou encore Love train.

Les Stones ont aussi agréablement surpris avec Don’t stop, l’un des quatre nouveaux morceaux qui figureront sur le double CD compilatif Forty licks qui sort ce 30 septembre. Et puis, il y a toujours chez
eux cette science du rythme, cette manière d’alterner morceaux lents et rapides, ces riffs incendiaires de Keith
Richards, la force tranquille de Charlie Watts, cette aptitude de Mick Jagger à capter l’attention du premier au dernier rang et une condition physique qui fait
aussi bien oublier leur âge que leurs excès d’antan.
Les Stones sont attendus en Europe pour l’été 2003 avec
un passage plus que probable en Belgique.