C’est une interview fleuve, dans laquelle elle aborde tous les sujets, sans jamais botter en touche. À 92 ans, Line Renaud y revient sur son enfance – pas vraiment folichonne –, la captivité de son père et ses infidélités, le courage de sa mère qui a aidé la Résistance, à Armentières. Et aussi, évidemment, sur cette carrière insensée, qui a vu la gamine aux yeux clairs subjuguer les salles du monde entier. Tout ça à force de travail, évidemment, mais aussi parce que le destin lui a fait croiser, quand elle avait 17 ans à peine, la route de Loulou Gasté, de vingt ans son aîné, avec lequel elle vivra un amour fou. Aujourd’hui encore Line avoue qu’elle se demande parfois ce qu’il aurait dit, ce qu’il aurait fait. “Et je guette les signes : un arc-en-ciel, une hirondelle, le chiffre 8… Il y avait tant de complicité entre nous qu’il me suffit d’être attentive. Cela me donne de la force. Et cela ne me laisse aucun doute sur le fait que je le retrouverai un jour. Comme je retrouverai ma mère, ma grand-mère, mon arrière-grand-mère.

D’autres événements, plus sombres, sont aussi abordés, comme cet avortement qu’elle a dû subir, parce que trop jeune, pas mariée. “Loulou […] ne voulait pas d’enfant. Il a organisé un avortement dont je garde un souvenir effroyable. Une adresse glauque, un appartement sombre, une tricoteuse… Et des complications au retour à la maison, 41° de fièvre, un début de septicémie. Un gynéco appelé de toute urgence a pratiqué un curetage à vif sur la table de la salle à manger. Une voix résolue a résonné en moi : “ Loulou, je ne te donnerai jamais d’enfant. “

Elevée dans le culte du Général (de Gaulle), Jacqueline - devenue Line, plus efficace - avoue avoir un regret: n'avoir jamais rencontré l'ex-Président. En revanche, Michel Drucker lui a fait le cadeau de la convier sur son plateau à la demande de Philippe de Gaulle. " J’ai écarquillé les yeux quand il m’a annoncé : "Papa vous adorait. Il fredonnait vos chansons à mes enfants avec celles de Bourvil." Mes chansons ? Laquelle ? « Le Petit Chien dans la vitrine était sa préférée", a répondu l’amiral. J’ai demandé : "Il ne faisait tout de même pas waf waf ?" "Eh bien si ! Et ses petits-enfants reprenaient avec lui." N’est-ce pas une vision surréaliste ?, sourit encore la nonagénaire.

Artiste dans l'âme depuis son plus jeune âge, Line Renaud raconte encore comment, à 4 ans, on la hissait sur une table du café tenu par sa grand-mère pour qu'elle chante "Prosper Youp la Boum" ou "Y'a d'la joie". Puis vint son premier contrat, à 15 ans, à Radio Lille. Lors de l'audition, elle avait chanté du... Loulou Gasté. C'est lui qui lui montrera le chemin à suivre, lui qui en fera une star. Après l'avoir vue dans un cabaret, il lui assène: "Tu fais fausse route ! Arrête ces chansons sinistres. Laisse ça à Piaf. Toi, tu es faite pour chanter le bonheur !"  "Là-dessus, il m’a emmenée danser avec quelques amis, m’a ramenée chez lui à moto et je me suis retrouvée dans son lit…" Pendant un demi siècle...

Enfin, Line Renaud évoque encore son soutien au Sidaction, qu'elle a contribué à lancer, voici trente-cinq ans, après avoir vu trop de gens mourir, avoir entendu trop de propos haineux et idiots. Victime d'un petit AVC, la chanteuse et comédienne, dit aller très bien aujourd'hui. Et pouvoir compter sur ses deux filles de coeur, Muriel Robin et Claude Chirac. Deux "merveilles" qui ne lui lâcheront pas la main.