Little Richard a connu une vie très tourmentée et ambiguë à plus d’un titre.

Bien avant Ian Dury et ses Blockheads, Little Richard avait fait sienne la profession de foi de tant de rockers : sex, drugs&rock’n’roll. L’alcool et la cocaïne ont été ses compagnons de tournées, sans compter une sexualité débridée sur laquelle il a toujours dit tout et son contraire.

Ses premiers pas en musique, il les fait très jeune, à l’église, où il chante du gospel. Il s’y fait remarquer avec une voix au timbre aigu qui lui vaudra d’être chassé de chez lui à 13 ans. Celui qui s’appelle encore Richard Wayne Penniman est soupçonné par son père d’être homosexuel. C’est inconcevable dans une famille très stricte sur le plan moral, même si c’est l’alcool de contrebande et la gestion d’un club de Macon qui remplissent la marmite.

Cette ambiguïté sexuelle, Little Richard va l’entretenir toute sa vie durant. À travers ses looks et sa voix, mais aussi en se prétendant tour à tour, suivant les époques, hétérosexuel, homosexuel ou bisexuel, et en évoquant ouvertement ce qu’il appelait ses orgies nocturnes.

La sexualité est d’ailleurs intimement liée à son succès. Son premier tube, "Tutti Frutti", avec son célèbre "A wop/Bop a loo bop/A lop/Bam boom", évoque tout sauf… des fruits. L’expression "tutti frutti" désigne un homosexuel en argot. Selon la légende, les paroles de la version initiale de la chanson ne laissaient planer aucun doute : "Tutti Frutti, good booty/If it don’t fit, don’t force it". À savoir en français : "Tutti Frutti, bon petit cul/Si ça n’entre pas, ne le force pas". Sur disque, c’est moins explicite mais peu de monde est dupe. Et tout cela n’empêchera pas le single sorti en 1955 de se hisser à la deuxième place des charts américains dédiés au rythm&blues.

Dieu lui a donné la foi

Deux ans plus tard pourtant, Little Richard commence des cours de théologie et à prêcher. Après les succès de "Tutti Frutti", "Long Tall Sally", "Rip It Up" "Lucille", "Whole Lotta Shakin’Goin’On" ou encore "Good Golly Miss Molly", il décide qu’il ne veut plus chanter que du gospel pour montrer sa foi. Voilà qui n’est pas sans rappeler ce que Kanye West fait aujourd’hui.

Même si à partir du milieu des années 60, la fièvre du rock le reprend, il passera son temps à tenter de concilier la religion avec la musique de Satan et ses addictions. Il a progressivement commencé à se faire plus rare à partir des années 90. Son dernier concert en Europe remonte à 2005, sa dernière scène à 2014.