Grand amateur de challenges, M. Pokora s’est lancé dans son plus grand défi : un album de reprises de Claude François.

Claude François avait beau être l’interprète du mythique Comme d’habitude, l’habitude, pour l’artiste qui vogue entre albums, comédie musicale (Robin des bois), The Voice et bientôt le cinéma, ce n’est vraiment pas son truc. D’où cet album de reprises de Cloclo (My Way) pour celui que Claude François Junior en personne estime être son héritier.

D’où vous est venue cette idée un peu folle d’un jour réinventer Cloclo ?

"Tout est parti d’ici, en Belgique. Claude François Junior était en interview à la radio où on lui demandait qui était le successeur de son père, aujourd’hui. Et il a répondu M. Pokora. J’étais d’abord flatté mais un peu gêné et intimidé. Puis, j’ai pris un peu la mesure du truc. Je commence à me documenter sur lui et à me pencher sur son répertoire car tu ne vas pas à Claude François, c’est lui qui doit venir vers toi naturellement."

Vous y avez découvert des points communs ?

"Côté personne, rien à voir. Mais professionnellement, plein. Tout me rapprochait de lui quand j’ai vu sa manière de travailler, son implication et sa vision du métier. Ce respect du public et de la scène aussi. Moi qui ai toujours déclaré que je n’avais aucune référence en France, tous mes modèles étant américains et anglo-saxons, c’était la révélation. Le mec avait la même chose que moi en tête à l’époque. Il regardait ce que faisaient les Américains et il aime comme moi le côté entertainment, le show. Et c’est toujours cela que j’ai voulu amener en France. Lui l’a fait en reprenant de standards US. Du coup, je me suis dit, ça vaut le coup de lui redonner un côté funky, juste en changeant le phrasé. Car ça manière de chanter à l’époque ne marcherait pas aujourd’hui, il était trop ancré dans son époque. Avec le groove d’aujourd’hui, elles ont encore plus qu’une seconde vie mais bien une nouvelle vie pour les nouvelles générations."

Êtes-vous conscient qu’il y a aura forcément des critiques quand on touche à une telle icône (auteur de Cette année-là, Alexandrie Alexandra ou Magnolias For Ever) ?

"J’ai la chance d’avoir déjà vécu des critiques sur la reprise de Goldman, A nos actes manqués. Mais j’ai aussi appris que ça ne durait pas. Au bout de trois semaines, tout le monde s’adapte à la nouvelle version. À nos actes manqués est d’ailleurs resté huit semaines numéro 1. Les gens sont déjà en attente de celui-là car les places se vendent bien et l’idée de l’album semble fédérer et apporte autant de sourire, de danse que de second degré."

Cloclo était aussi connu pour ses Claudettes. Y aura-t-il des Pokorettes ?

"Non (sourire) mais bien des MP’s (prononcez MPiz, celles-là même qui étaient déjà sur le plateau de Cap 48 dimanche dernier sur la RTBF). C’est pour le clin d’œil. Même si, niveau danse, on est sur un truc plus générationnel. On ne peut pas comparer les époques. On a plus de bagages techniques aujourd’hui, j’ai donc amené ma touche à moi. Comme le fait d’avoir fait appel à Jean-Paul Gauthier pour les tenues de scène pour éviter l’image ringarde que pouvaient avoir les costumes de cette époque disco. C’est donc mon univers mais avec son répertoire. J’ai gardé mon identité."

Claude François avait la réputation d’être très dur dans son business. Comment travaille M Pokora ?

"Je suis aussi très exigeant mais pas aussi dur que lui. J’essaye d’être juste, pas méchant. Exigeant car je suis très impliqué. Si je me le permets, c’est parce que j’essaye de montrer l’exemple. Je me considère comme leader et non pas comme un boss. Durant la comédie musicale Robin des bois, j’étais toujours là pour motiver les troupes, pour qu’on soit une équipe de leader et non de suiveurs. C’est comme ça que je travaille."

L’interprète de Belinda et Belles ! Belles ! Belles ! était aussi complexé par son physique…

"Moi pas du tout. Je n’ai jamais été complexé ni par mon physique, ni par ce que je fais et encore moins par ma voix ou ma voie que j’ai pris dans la vie. J’assume tout. Plus les années passent et plus je suis bien dans mes pompes. C’est de cette façon que j’espère vieillir, en ne forçant pas les gens et en n’allant jamais là où c’est facile."

D’où de nombreux projets différents allant de Cloclo au cinéma en passant par Danse avec les stars ?

"Je déteste la routine. Elle me tue. J’ai besoin de cette excitation, je ne surfe pas sur mes acquis. C’est pourquoi, je me remets en danger sur cet album. C’est trop facile de surfer sur son succès ou sa base de fans. C’est comme ça que je pense marquer mon époque ou ma génération. J’ai envie de rester l’insaisissable mais qui a réussi tout ce qu’il entreprenait. Même si le plus important pour moi reste de réussir à divertir les gens. C’est pour ça que je fais ce métier.

Et dire que tout est parti d’un mensonge pour participer à l’émission Popstar…

"Et oui, comme quoi (sourire) ! Je suis la preuve qu’il faut bousculer le destin. Il ne faut pas s’arrêter sur ce qu’on nous dit. Quand on m’a dit : non ce n’est pas possible, tu n’as pas 18 ans. Attend, on va voir, demain, je les aurai. J’ai pris ma carte d’identité et j’ai transformé le 26/09/85 en 26/05/85. Il faut bousculer le destin, c’est aussi con que ça. Et je continue à le faire en allant là ou on ne m’attend pas.

Comme coach de The Voice kids et dès février 2017 dans la version adulte ?

"Techniquement et vocalement, je sais que je ne suis pas le plus grand chanteur de tous les temps. Mais c’est un truc qu’on aime faire en France. Pharrell Williams, c’est pareil, ce n’est pas un grand chanteur mais il est coach à The Voice USA. Faire se surpasser les gens et bien les aiguiller, c’est comme ça qu’il faut percevoir le rôle de coach. Et c’est comme cela que je me suis coaché sur My Way."

Il faut juste ne pas terminer comme lui…

"Oui mais au-delà de ça, il a été rattrapé par un de ses tics, une de ses obsessions, le fait d’être maniaque. C’est fou de mourir d’un truc aussi con et surtout de se dire, qu’au final, cela vient d’une de ses obsessions et non pas d’un accident, d’une mort naturelle ou d’une tierce personne. C’est triste comme destin… En même temps, je crois que les légendes ne sont pas faites pour vivre longtemps. C’est peut-être pour cela qu’on en garde une belle image…"

My Way (Sony Music) sera dans les bacs dès ce 21 octobre et M. Pokora sera en concert le 17 mars à Forest National.

Un cœur insaisissable ?

"J’ai une vision particulière du couple, ce n’est pas évident", confesse le chanteur de 31 ans, réputé insaisissable par la gent féminine. "J’ai du mal à rester plus de 3 mois avec une fille et ma plus longue relation a duré 2 ans…"

Un sujet que l’homme libre nous évoque librement justement car, au moment de notre rencontre, un témoignage venait de lui faire un déclic dans sa tête. "Je viens de lire un truc qu’on m’a envoyé et qui disait : je veux être célibataire à deux avec toi. Mine de rien, je n’ai pas 45 ans mais je n’ai plus 20 ans non plus. Je suis arrivé à un âge ou je pourrais me poser et fonder une famille, mais la vérité est que j’ai beaucoup de mal. Dès qu’une routine ou qu’un schéma de couple classique s’installe, je suis tout de suite à l’agonie, j’ai l’impression d’étouffer. Comme dans mon métier."

Cette définition du couple, témoignage d’une femme québécoise, conviendrait donc amplement à l’homme tatoué. "Mes tatouages représentent les stigmates de mes rêves, des gens ou des dates importantes de ma vie", confie celui qui s’est récemment fait tatouer les armoiries de sa ville de Strasbourg à la cheville gauche. "Ils correspondent à une période, une personne ou des croyances. Plein de valeurs comme cette porte de l’église de Roméo + Juliette , le film de Baz Luhrmann, que j’ai faite sur l’épaule droite. C’est mon film préféré car moderne mais avec des dialogues shakespeariens. Et fortement symbolique car c’est l’Église dans laquelle ils meurent tous les deux."

Un célibataire romantique M. Pokora ? "J’aimerais être célibataire à deux avec toi signifie en fait de ne pas sentir qu’on a une obligation quelconque de quelque chose. J’ai envie de ne pas l’inviter à mes soirées et inversement. J’ai envie qu’elle me dise : je me barre deux semaines et, en même temps, être excité a l’attendre de la revoir. De ne pas savoir ce qu’elle fait pendant une ou deux journées, mais c’est aussi ce qui entretient l’excitation, aucune routine ni d’attente. Je pense que c’est ce qui me conviendrait le mieux."

Un comble pour quelqu’un qui se considère comme casanier. "J’ai besoin d’énormément de solitude. Mais vivre chacun de son côté enlève une pression. Car quand on est ensemble et qu’on se prend la tête, c’est déjà la galère si elle doit reprendre ses affaires, etc. Enlever cette pression, ça libère déjà pas mal. (sourire) Bref, j’aimerais beaucoup être célibataire à deux avec toi. Célibataire dans plein d’aspects mais, au final, se savoir l’un l’autre. Comme on dit, on se sait. J’aimerais tomber là-dessus." À bon entendeuse…

"Ça sensibilisera peut-être un public plus jeune"

"Selon moi, Matt est l’artiste de la nouvelle génération qui succède le mieux à mon père parce qu’il est le seul en France à allier le chant et la danse, le show et la musique", nous confie Claude François Junior, fils de Cloclo, qui avoue avoir été "agréablement surpris" par My Way, l’album de reprises des titres de Claude François."C’est un album soigné et inattendu. Il revisite les titres de mon père en ayant déjà une vision de ce qu’il pourrait faire sur scène."

Le fils de la star, qui a vu tout le potentiel de Matt Pokora lors de son passage à Bruxelles pour le Red Tour, précise ne s’être "pas du tout mêlé de l’album du jeune chanteur : "Je lui ai simplement suggéré 80 titres à reprendre", explique celui qui a apprécié plusieurs des titres revisités comme Belles, belles, belles ou encoreMagnolias for ever. "Cette initiative permet d’avoir une nouvelle écoute des titres de mon père. Elle va peut-être donner envie aux gens de revenir également aux morceaux originaux. Ça sensibilisera peut-être un public plus jeune et permettra de faire venir toute la famille aux concerts de Matt. Pour que la famille au complet se régale de la même manière. Moi-même, j’y suis d’ailleurs allé avec mes enfants."

Enfin, Claude François Junior pointe toutefois quelques ressemblances entre Matt Pokora et Claude François : "Matt a plusieurs points communs avec mon père. Tout d’abord, il a un côté performer à la grosse culture anglo-saxonne. Ils ont des influences musicales assez proches. Il se rapproche également de mon père en ce qui concerne l’exigence professionnelle. Matt est sincère et généreux avec son public."