Katherine Pancol confine en bonne normande du côté de Fécamp. Elle nous écrit.

Journaliste et romancière, Katherine Pancol n’a rien à envier au succès des Marc Levy et autres Guillaume Musso. Dès son premier roman, Moi d’abord, en 1979, le ton est donné, elle en vend plus de 300 000 exemplaires. Depuis, celle qui fut la compagne de Pierre Lescure n’a plus jamais arrêté d’écrire et de se hisser au sommet des ventes. Ça a été le cas avec Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi et surtout Les Yeux jaunes du crocodile, traduit en 31 langues, vendu à plus de deux millions de copies et décliné au cinéma avec au casting Julie Depardieu, Emmanuelle Béart et Patrick Bruel.

Voici les jolis mots qu’elle nous a adressés lorsque nous lui avons demandé d’évoquer sa vie confinée.

"Confinement.

Ce fut d’abord un mot chinois qu’il convenait d’apprendre car il nous pendait au nez. Il s’accordait avec Wuhan et s’écrivait en bâtons spaghetti.

Con-fi-ne-ment…

Début mars, il devint une menace qui se précisait et dont on se gaussait. Ah ! Ah ! Ah ! Comment imaginer que, nous, récalcitrants Gaulois, allions être enfermés entre quatre murs avec interdiction de pointer le nez dehors ?

Impossible. Pas français.

Et puis…

On apprit à le prononcer, à le redouter, à le conjuguer. Toujours au présent.

Je suis confinée, tu es confiné, elle est confinée. Nous sommes confinés. Vous êtes toutes et tous confinés.

Comme 3 milliards et demi de personnes dans le monde. Même pas original. Tout à fait banal.

J’ai l’habitude d’être confinée.

Quand j’écris, je vis en carmélite confite. Je ne parle à personne, je rase les murs et aboie si on m’approche.

Je confine du matin au soir. En pyjama. Pyjama du jour, pyjama de nuit, pyjama du week-end et même, c’est arrivé, pyjama de Noël.

Chaque matin, au réveil, je plante un crayon dans mes cheveux pour les ‘coiffer’, frotte mes dents de pâte dentifrice, glisse sous la douche vite fait et file à ma table de travail. Je m’assieds sur une chaise façon Glenn Gould qui me promet scoliose et cervicales bien tassées.

Quand j’ai entendu claironner le mot ‘confinement’, j’ai quitté Paris pour la Normandie.

Là-bas, je me suis dit, je pourrai attraper un bout de ciel bleu, de mer verte, de bec jaune de mouette, de galets gris, un morceau de beurre salé, une botte de radis, des œufs de poules élevées en liberté et de la crème fraîche épaisse mise en pot chez le voisin.

J’avais raison. Je confine en bonne normande. Dans une valleuse, pas loin de Fécamp.

Au bout de mon jardin s’étalent mer et rochers ; les falaises se dressent en Majestés, jaunes, roses, orange ou bleu violet selon la course du soleil.

Une fois par semaine, je fais des courses chez Leclerc. On y entre, sans se regarder, sans se parler, par groupe de cinq caddies. À l’intérieur, un employé muet, déguisé en cosmonaute, désinfecte la pointe de nos chaussures et la barre du chariot. Je fais halte, perplexe, devant le rayon Papier toilette, pourquoi tant de convoitise ?

La caissière est enfermée dans une bulle en plexiglas, masquée, gantée. Je lui souris, ajoute ‘merci d’être là’. Elle hoche la tête et je devine un sourire derrière le masque qui gratte ses cils.

Merci, merci. C’est le mot que je prononce le plus. Je m’incline devant les médecins, les pharmaciens, les infirmières, les facteurs, les maraîchers, le boulanger, la boulangère et le petit mitron et je plante deux bouteilles de champagne sur les poubelles que ramassent les employés municipaux le lundi matin…

Merci, merci, merci."

Katherine Pancol

© D.R.