Le 21 septembre 1996 à Lausanne, le Gotha s’était donné rendez-vous pour assister au mariage de la princesse Margareta de Roumanie avec Radu Duda. 25 ans plus tard, le bonheur est toujours au rendez-vous et le couple princier occupe une place bien spéciale au sein de la république de Roumanie.

La princesse Margareta (1949) est l’aînée des cinq filles du roi Michel de Roumanie (1921-2017) et de la reine Anne, née princesse de Bourbon-Parme (1923-2016). Le roi Michel est le quatrième roi de la monarchie roumaine qui vit le jour en 1866. Il fut un roi enfant lors du départ de son père le roi Carol II du pays entre 1927 et 1930, puis à nouveau lors de l’abdication de son père en septembre 1940 jusqu’à son départ en exil le 30 décembre 1947, poussé par les Soviétiques qui menaçaient la population d’exécutions sommaires.

Margareta et ses sœurs ont grandi en exil en Suisse. Le roi Michel travaillait dans l’aéronautique, les moyens financiers de la famille étaient restreints en comparaison avec d’autres familles royales déchues.

Margareta fréquente cependant le Gotha notamment à la faveur des grandes vacances avec des visites chez la reine Elizabeth II à Balmoral ou au Danemark. Elle est une grande amie du prince Charles qui possède des propriétés en Roumanie rurale où il aimait venir séjourner avant la pandémie.

Au cours de ses études à l’université d’Edimbourg, elle entame une relation sentimentale avec Gordon Brown qui fut des années plus tard Premier ministre britannique. La princesse a travaillé pour la FAO à Rome.

En 1989, la chute de Ceaucescu fait naître l’espoir d’un retour pour le roi Michel. La princesse quitte son job aux Nations Unies pour seconder son père. Elle crée la Fondation Princesse Margareta qui existe toujours aujourd’hui et qui s’est développée au fil du temps, proposant des programmes centrés au départ sur les orphelinats puis sur la scolarisation, l’alphabétisation, des bourses musicales et les personnes âgées.

En janvier 1990, la princesse et sa sœur la princesse Sophie sont les premières à fouler le sol de leur patrie qu’elles ne connaissaient pas. Fin de l’année, le roi Michel muni d’un passeport diplomatique danois atterri à Bucarest mais les autorités craignant sa popularité, lui interdisent l’entrée. Margareta est dans l’avion privé aux côtés de son père, une personnalité très respectée pour sa probité et sa droiture, qui fond en larmes, bouleversé par l’émotion de ne pouvoir pénétrer dans son pays.

Il faut attendre Pâques 1992 pour que le roi entouré par toute la famille, puisse revenir. L’accueil est triomphal. Les foules sont à perte de vue pour saluer et acclamer le souverain, ce qui ne tarde pas à contrarier nouvellement le gouvernement.

Pendant ce temps, la princesse continue les allées et venues entre la Roumanie où tout est à faire et la Suisse. C’est en visitant un orphelinat qu’elle rencontre l’acteur Radu Duda, né en 1960, qui s’est impliqué dans un programme artistique destiné aux enfants ayant subi de lourds traumatismes. Le courant passe bien, le charme opère et ils se revoient occasionnellement toujours dans le cadre des activités de la fondation de la princesse.

Radu Duda est un acteur connu dans son pays. Il a aussi joué dans deux films de Bertrand Tavernier. C’est la reine Anne qui permet de débloquer la situation. Elle n’est pas dupe et voit bien les regards que sa fille et Radu s’échangent lorsqu’ils se croisent.

Le mariage est célébré à Lausanne car le roi Michel ne peut à cette époque pas encore rentrer librement en Roumanie. La reine Sophie de Suède, l’impératrice Farah d’Iran, le prince Alexandre de Serbie ou encore le roi Constantin de Grèce sont présents aux noces. Margareta porte la même robe de mariée que sa mère en 1948 à Athènes.

En 1997, le roi Michel rentre enfin au pays. Il récupère des biens privés comme le palais Elisabeta à Bucarest, le château de Savarsin puis le majestueux château de Peles.

Radu Duda est créé prince de Hohenzollern (la famille royale est d’origine allemande) puis prince de Roumanie. Il assure différentes missions à la demande du gouvernement tout comme son beau-père pour faciliter l’entrée du pays dans l’Union européenne et renforcer des liens économiques bilatéraux.

Le roi Michel s’est éteint en 2017. Depuis, la princesse porte le titre de Princesse héritière et Gardienne de la Couronne. Présidente de la Croix-Rouge roumaine, ses fonctions s’inscrivant dans un cadre légal avec les autorités sont centrées sur le social, l’éducation, la culture, le sport, le tourisme et le développement économique. Toutes les semaines, responsables d’associations, ambassadeurs, chefs d’entreprise se pressent en audience au Palais Elisabeta. La princesse et le prince qui sont très proches du prince Lorenz de Belgique, assurent aussi de nombreux patronages et sont très actifs sur le terrain. Ici et là, on remet à l’honneur les figures défuntes de la famille royale avec un institut qui porte le nom d’un roi, une statue, une place,… bien que l’on soit toujours strictement en république.

Si la princesse et son époux ont parfaitement réussi à trouver leur place au sein de la société roumaine, la question de l’après se pose. Le couple n’a pas d’enfant. Dans cette perspective, le roi Michel avait désigné son petit-fils Nicolas (fils de la princesse Elena) pour être un jour chef de famille mais il a été écarté du vivant du roi sans que l’on n’ait jamais pu obtenir des explications précises sur ce qui avait motivé cette destitution. La princesse a quatre autres neveux mais qui ne sont pas pour le moment impliqués dans les activités royales et qui ne vivent pas en Roumanie.