Depardieu rencontre actuellement le président russe Vladimir Poutine


MOSCOU L'acteur Gérard Depardieu, qui a reçu la citoyenneté russe par décision de Vladimir Poutine, va rencontrer le président russe samedi à Sotchi, sur les bords de la Mer Noire, et devrait recevoir de ses mains son nouveau passeport, en pleine polémique en France sur son expatriation fiscale.

"M. Depardieu est arrivé à Sotchi dans le cadre d'une visite privée. Nous prévoyons que ce soir il rencontre Vladimir Poutine", a déclaré par téléphone à l'AFP le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Interrogé sur le fait que l'acteur, en conflit avec le fisc français, puisse recevoir à cette occasion son nouveau passeport russe, il a déclaré: "Nous n'excluons pas cette possibilité".

Sur les ondes de la radio d'opposition Echo Moskvy, le porte-parole a d'ailleurs précisé que le passeport était déjà prêt. Gérard Depardieu a obtenu jeudi la citoyenneté russe par décision du président Vladimir Poutine.

L'acteur s'est félicité de ce geste dans une lettre où il exprime son amour pour la Russie et pour Vladimir Poutine.

Il y fait aussi l'éloge de la démocratie dans le pays, ce qui a provoqué un concert de critiques en Russie et à l'étranger.

"On n'oubliera pas et on ne lui pardonnera jamais cette phrase: +c'est une grande démocratie+", a ainsi déclaré le journaliste Matvei Ganapolski sur Echo Moskvy.

La presse européenne a de son côté multiplié les sarcasmes à l'égard de Depardieu, 64 ans, devenu célèbre en 1974 avec Les Valseuses puis à travers ses interprétations de Cyrano de Bergerac (1990), Christophe Colomb (1992) et Obelix. Il a notamment été qualifié d'"obligé d'un autocrate" (Sud-Ouest, France) ou d'"ami des dictateurs" (El Mundo, Espagne).

Acteur très célèbre en Russie, Gérard Depardieu, qui a interprété en 2011 Raspoutine dans une production franco-russe, apparaît régulièrement dans diverses publicités, notamment pour la banque Sovietski et pour une marque de ketchup.

Il figurait, souriant et applaudissant, dans le parterre de stars devant lequel Vladimir Poutine, alors Premier ministre, avait entonné l'air de "Blueberry Hill" lors d'un concert de bienfaisance à Saint-Pétersbourg (nord-ouest) en 2010.

Mais l'acteur, connu pour ses frasques et ses excès, s'est également fait remarquer pour son implication dans des projets et événements controversés dans l'ex-URSS, comme auprès du responsable tchétchène Ramzan Kadyrov, accusé de multiples exactions.

Il a récemment enregistré une chanson avec Gulnara Karimova, fille aînée du président ouzbek Islam Karimov, au pouvoir depuis 1989 et très critiqué en Occident pour son bilan en matière de droits de l'Homme.

Depuis que l'acteur a obtenu la citoyenneté russe, les rumeurs s'étaient multipliées concernant les déplacements de l'acteur et son éventuelle venue en Russie, par exemple pour fêter le Noël orthodoxe le 7 janvier.

Les médias ukrainiens et russes avaient ainsi annoncé la présence en Ukraine de l'acteur vendredi, qui était en réalité en France, comme l'a constaté un journaliste de l'AFP.

L'acteur avait créé la polémique en France en annonçant son intention de fuir le pays pour éviter le projet de taxation à 75% des plus hauts revenus du président socialiste François Hollande - projet récemment censuré par le Conseil constitutionnel.

Il a acheté une maison dans le village belge de Néchin, frontalier de la France, attiré par la fiscalité avantageuse de la Belgique où il n'y a pas d'impôt sur la fortune ni de taxation des plus-values.

En Russie, l'impôt sur le revenu est de 13% pour tous.

S'estimant "injurié" par les critiques sur cet exil fiscal belge, Gérard Depardieu avait annoncé mi-décembre qu'il "rendait son passeport" français dans un coup de gueule contre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui avait jugé "assez minable" son départ.

Vendredi, c'est Brigitte Bardot, qui a à son tour menacé de demander la nationalité russe, si les autorités françaises décidaient d'euthanasier deux éléphantes d'un cirque malades.

Interrogé par l'agence officielle Itar-Tass sur ces déclarations, Dmitri Peskov a déclaré qu'aucune demande n'avait pour l'instant été reçue. Mais "si nous recevons une telle demande, elle sera bien évidemment étudiée", a-t-il ajouté.

Brigitte Bardot n'en est pas à sa première démonstration d'amitié à l'égard de la Russie et de Vladimir Poutine, qu'elle a déjà qualifié par le passé de son "Premier ministre préféré".


© La Dernière Heure 2013