Le 28 avril prochain, Pablo Andres - et ses personnages - devrait faire hurler de rire les 7.000 spectateurs de Forest National. À cette consécration, il a encore un peu de mal à croire…

Tout lui sourit. Normal, direz-vous, pour quelqu’un qui fait hurler de rire des milliers de Belges. Et désormais, aussi quelques Français, téléspectateurs d’OFNI (le talk-show de W9, présenté par Bertrand Chameroy). Si nos voisins découvrent depuis quelques jours notre Pablo Andres à travers le personnage râleur et contestataire de Jerem Floquet, plus vraiment la peine de le présenter chez nous. Les chiffres parlent pour lui. Le 28 avril prochain, l’humoriste jouera devant 7.000 spectateurs, à Forest National. Il deviendra ce soir-là le premier humoriste belge à remplir la salle, en grande configuration. Mais Pablo préfère rester modeste. Avant lui, François Pirette a investi par deux fois les lieux, mais avec moins de spectateurs. "Il reste le patron. Il a une longévité impressionnante. Je n’essayerais pas de me comparer à sa carrière. Je me rends compte que c’est complètement fou ! Mais je ne vais pas m’emballer là-dessus. Demain, ça peut s’arrêter. Cela me dépasse complètement ! Symboliquement, c’est ce que ça représente par rapport à mon parcours. Il y a quelques années, personne ne croyait en ce que je faisais. Même moi je n’y croyais pas !" (rires)

C’est au cœur même du chaudron de Forest, emprunt de tant de grands moments musicaux, que Pablo Andres nous a emmenés. La salle de Forest national est vide. Et donne quelque peu le vertige. "Je suis clairement impressionné par le lieu", nous dit-il en concrétisant davantage ce qui l’attend. "J’imagine ce que ce sera ce jour-là. Je ne me rendais pas vraiment compte. Là, c’est comme si je réalisais que je vais faire Forest national. Le gros avantage, c’est que les gens viennent pour voir ce spectacle. Il n’y a rien de plus difficile que de débarquer dans une petite salle où personne ne vous connaît. J’ai l’impression que c’est un peu plus facile dans le sens où les gens viennent soutenir le spectacle, et je travaille à fond pour pas les décevoir."

Parmi les invités, qui montera sur scène avec vous ?

"Alex Vizorek sera présent, mais pas physiquement, juste en vidéo. Il est pris en radio (en France sur France Inter) tous les jours. Kody et James Deano seront eux sur scène pour un sketch inédit en mode Jerem Floquet. Et la mise en scène sera adaptée avec Charlie Dupont."

Kody, James Deano (tous deux dans Le Grand Cactus sur La deux), ce sont vos potes du tout début ?

"Oui, on a vraiment commencé ensemble. Cela fait 9 ans que je fais de la scène. Il y a eu la mode du stand up il y a quelques années, mais nous, on était de la génération juste avant. Il y avait un lieu dans lequel on se produisait à Bruxelles, on s’est tous rencontré là-bas : Kody, James Deano, Jérôme de Warzée, Alex Vizorek, Walter,…Tous ces humoristes qui ont continué leur chemin, qui cartonnent à la RTBF ou en France. Ce sont de vrais amis."

Quels souvenirs avez-vous de vos premiers spectacles, comme vous disiez, "dans des petites salles où personne ne vous connaît" ?

"Cela fait partie du rôdage. On se prend des vents. C’est plus dur pour jouer dans pareilles configurations parce que les gens sont en train de manger. Au Kings of Comedy Club, j’ai déjà eu une bonne femme complètement bourrée qui me jetait des cacahuètes ! Tout peut arriver ! Comme quoi ce sont des expériences qui peuvent être géniales. Je me suis pris beaucoup de vents, beaucoup de vides, beaucoup de solitudes. Et ces cacahuètes que j’ai reçues m’ont fait grandir et amené ici finalement !" (rires)

À quel moment le vent a-t-il tourné ?

"Cela s’est fait graduellement. Une première étape professionnelle a été les chroniques sur Radio Contact, il y a 4 ans. Après, quand j’ai commencé à faire des vidéos, l’année dernière, j’ai touché un public plus large, via les réseaux sociaux."

Et votre présence à la télé française, depuis quelques semaines, elle s’est imposée comment ?

"J’avais fait une petite vidéo avec Stéphane Pauwels, qui travaille sur W9. Je l’adore dans toute la splendeur de son personnage ! C’est lui qui a parlé en bien de moi au directeur des programmes de la chaîne. De là, ça s’est fait assez vite. Pour le moment, je leur propose des sketches, dans l’émission OFNI , de Jerem Floquet. C’est belgo-belge, mais les Français trouvent que cela va au-delà de la communauté. Ce qu’ils apprécient chez ce personnage, c’est que ça va au-delà de la communauté, qu’il déglingue tout le monde. Qu’il soit cette langue de vipère. On a tous quelqu’un dans notre entourage qui passe sa vie à nous critiquer. Nous-mêmes on le fait, on dit tous des saloperies. Ils aiment assez ça les Parisiens. C’est tout nouveau pour moi, on va voir si le public français va adhérer. Mais clairement, un de mes rêves aussi, est de faire rire les Français."

Vous avez déjà tenté l’expérience française ?

"Si, il y a 4-5 ans. Je suis parti pendant un an là-bas. Je jouais mon spectacle une fois par semaine dans une salle de maximum 30 personnes, mais devant parfois 3 ou 4 personnes ! Tu apprends l’humilité. À Paris, il y a beaucoup de concurrence, c’est assez carnivore. Moi, petit Bruxellois, j’ai eu du mal à m’adapter. Et au-delà de ça, professionnellement, je n’étais pas prêt. J’ai beaucoup appris, je me suis dit que je devais être plus précis dans ce que je faisais. Plutôt que de galérer là-bas, je me suis dit que j’allais revenir chez moi pour apprendre, faire des erreurs et grandir. Et dans l’idée de retourner sur Paris si ça se passait bien ici. Là, je me sens plus en confiance."

Après le grand challenge que représente Forest National, quelle sera la suite pour vous ?

"Je pense que je referai quelques dates en Wallonie, peut-être à l’automne. Et je repartirai peut-être dans de petites salles en France. Ce qui est sûr, c’est que j’aimerais retravailler sur un autre spectacle, totalement nouveau, créer des personnages. J’ai des idées, des bribes."

Ce métier-là, vous en rêviez petit ?

"Je l’ai toujours fait, de manière instinctive et naturelle. Mais ce n’est pas quelque chose que je voulais dans le sens où je ne voyais pas ça comme un métier. Dans la manière dont j’ai été éduqué, ce n’était pas quelque chose dont on pouvait espérer vivre. Mais j’ai toujours fait ça, j’ai toujours imité les artistes que j’appréciais. J’ai toujours rêvé de faire plein de choses. Mais je ne me suis pas permis d’y croire, car je ne pensais pas que cela pouvait être viable. Quand on annonce ça à ses parents… Moi-même si un jour j’ai un fils ou une fille qui m’annonce ça, j’aurai un peu peur. Je me rends compte que c’est une chance énorme de pouvoir en vivre de ce métier."


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