Le sociétaire des Grosses Têtes s’est éteint à l’âge de 82 ans, dans son sommeil.

C’est bien qu’il soit parti dans son sommeil. Parce que s’il avait vu approcher la faucheuse, cela aurait été terrible pour lui qui avait terriblement peur de la mort." Les mots sont de Philippe Geluck, qui connaissait Pierre Bénichou depuis plus de vingt ans. Les deux hommes s’étaient rencontrés par l’entremise de Laurent Ruquier, qui espérait, à l’époque, convaincre le journaliste de venir le rejoindre sur Europe 1. Ce qu’il fit. C’est d’ailleurs lui qui, quelques minutes avant qu’on l’ait en ligne, avait prévenu Philippe Geluck, qui aime à retenir de son ami les éclats de rire mais aussi son incroyable érudition. "Dans les années 50, on parlait de lui comme de l’une des plumes les plus prometteuses de sa génération. Il a débuté à France Soir et a gravi les échelons, devenant rédacteur en chef adjoint du Nouvel Obs, ce qui n’est pas rien. Mais Pierre avait un poil dans la main, dit Geluck en riant. En fait, non, ce n’était pas un poil, c’était la forêt amazonienne. Et encore, avant l’arrivée de Bolsonaro ! Que voulez-vous, il a toujours privilégié la vie - notamment nocturne - au fait d’écrire. Il a formé, dirigé, corrigé de nombreux journalistes. Il les a conseillés, mais finalement, il n’a pas écrit tant d’articles que cela. Et quand on le lui rappelait, c’est comme si on lui donnait un coup de poignard."

Né à Oran le 1er mars 1938, Pierre Bénichou débarque à Paris à l’âge de 9 ans. Brillant élève au lycée Condorcet, il s’inscrit ensuite à la Sorbonne, avant de quitter les bancs de l’université pour tenter sa chance dans le journalisme. De France Soir, où il débute comme stagiaire, au Nouvel Obs, il promène sa plume dans diverses rédactions. Dès le début des années 70, il est celui auquel on fait appel lorsqu’il s’agit d’écrire les nécrologies. Voici quelques années à peine, à l’âge de 79 ans, il avait d’ailleurs publié Les absents, levez le doigt !, recueil de notices publiées dans l’Obs. Son premier et son dernier livre…

Mais s’il était devenu une figure bien connue du grand public, c’est grâce à la radio et à la télévision. Et en particulier aux Grosses Têtes, émission devenue culte, à laquelle il participe avec ses copains Jean Yanne, Jacques Martin ou encore Carlos. Un programme dont il deviendra l’un des piliers, suivant dans l’aventure Laurent Ruquier, qui les remet à l’honneur en 2014 sur les ondes de RTL.

Deux années durant, de 2001 à 2003, il prend également place, au côté de Philippe Geluck, sur le canapé rouge de Michel Drucker dans Vivement dimanche prochain. "Nous étions complices à l’antenne et dans la vie, reprend le dessinateur. Pierre assistait à mes vernissages, il est venu en vacances à la maison, nous nous sommes également tous retrouvés en villégiature chez Ruquier."

Confiné chez lui, "Bob du Grand Huit", comme il se surnommait lui-même, était encore intervenu sur les ondes voici quelques jours. Au micro de RTL qui prenait de ses nouvelles, il confiait : "En ce moment, les Chiffres et les lettres, c’est pas très fort… C’est des émissions de vieux, alors les types ont pas le moral quoi… Mais ça va, il faut pas s’en faire ! Vous les jeunes, qui m’avaient fait tellement chier en me disant que j’étais vieux, maintenant il faut me respecter, me respecter comme quelqu’un qui vit ses derniers jours, bande de cons !" Dans une dernière pirouette, il ajoutait encore qu’il préférait "qu’on garde les lits d’hôpitaux pour les jeunes, c’est pas les vieux qui vont nous emmerder, depuis le temps qu’ils sont là…"

Ses derniers mots, en guise de conclusion, seront sa dernière blague. "Je vous embrasse, amusez-vous bien, pensez à moi, et ne dites pas ‘ça y est ça doit être lui’ à chaque fois qu’un vieux est mort ! Allez, salut !"