Sa demande avait déjà été refusée le 22 janvier par un juge de Los Angeles

LOS ANGELES Roman Polanski n'en a pas fini avec la justice américaine: une cour d'appel de Californie a rejeté jeudi la demande du cinéaste franco-polonais d'un procès par contumace dans le cadre des accusations pour relations sexuelles avec une mineure en 1977 dont il fait l'objet. Ce refus ouvre la voie à son extradition éventuelle de la Suisse où il est assigné à résidence.

Le réalisateur avait demandé à être jugé par contumace, mais la cour d'appel du deuxième district de Californie a rejeté sa requête. Son avocat avait aussi proposé qu'il soit condamné à une peine de prison égale à celle qu'il a déjà purgée, mais la cour ne s'est pas prononcée sur cette proposition.

Sa demande avait déjà été refusée le 22 janvier par un juge de Los Angeles. Rappelant que Roman Polanski s'était soustrait à la justice américaine en prenant la fuite, le magistrat, Peter Espinoza, avait rejeté cette requête au nom de la «défense de l'intégrité du système judiciaire» et «la dignité du tribunal». La cour d'appel du deuxième district de Los Angeles avait auparavant rejeté la demande de la victime de Polanski, Samantha Geimer, en faveur d'un abandon des poursuites judiciaires engagées contre le cinéaste. Cette requête avait été déposée par son avocat le 23 mars dernier. Elle était motivée par de nouveaux amendements constitutionnels adoptés dans l'Etat de Californie, qui accordent davantage de droits aux victimes au regard du déroulement des procès.

«Le maintien des poursuites judiciaires lui nuit et elle souhaite que celles-ci prennent fin», a mentionné l'avocat de la victime dans sa requête. «Elle n'a pas bénéficié d'un traitement juste». Les procureurs ont argué que la décision des électeurs californiens d'inclure une déclaration des droits des victimes dans la Constitution californienne en 2008 ne donnait pas à Samantha Geimer et aux autres victimes de crime l'autorité pour mettre un terme à des poursuites judiciaires. Les autorités suisses avaient fait savoir qu'elles attendaient la décision de la justice américaine avant de confirmer ou non l'extradition de Roman Polanski vers les Etats-Unis. Le cinéaste demeure assigné à résidence dans son chalet suisse de Gstaad.

Le réalisateur de «Rosemary's Baby» avait dans un premier temps été accusé d'avoir donné du champagne et du Quaalude à Samantha Geimer, âgée de 13 ans à l'époque des faits, puis de l'avoir violée au domicile de l'acteur Jack Nicholson. Initialement inculpé de six chefs, dont viol avec utilisation de drogues, agression de mineur et sodomie, il avait ensuite plaidé coupable d'un chef de relations sexuelles illégales. Il avait quitté les Etats-Unis en 1978 avant l'énoncé de la sentence.

«La cour d'appel (...) a pris une décision que nous jugeons appropriée», a commenté une porte-parole du parquet, Sandi Gibbons, dans un communiqué. Elle a précisé que les autorités ne feraient pas d'autre commentaire sur cette affaire. Dans le cadre de la procédure d'appel, les avocats de Polanski avaient cité de nouvelles preuves selon lesquelles un procureur, Roger Gunson, avait tenté en 1977 d'exclure le juge suspecté d'avoir commis des erreurs lors de la conduite de l'affaire. A l'époque des faits, les supérieurs du procureur l'en avaient dissuadé.

Selon les conseils du cinéaste, le magistrat a témoigné de ces errements lors de récentes sessions tenues secrètes. Ils ont demandé à ce que les retranscriptions du témoignage, qui restent sous scellées, soient révélées à la défense.

© La Dernière Heure 2010