À l’exception peut-être de Clara Schumann, pianiste allemande du 19e siècle, souvent éclipsée par son mari mais qui reste l’une des plus connues.

Depuis toujours, les femmes sont invisibilisées et mises de côté dans la musique classique. Pour tenter de remédier à ce phénomène, une base de données répertorie des milliers de compositrices et donne accès à leurs œuvres. "Demandez à Clara", en référence à cette fameuse unique compositrice dans l’inconscient collectif, donc, veut donner des outils concrets et gratuits pour faire changer les choses.

Entretien avec Claire Bodin, claveciniste et fondatrice de Présence compositrices, centre de ressources dédié à la promotion des compositrices de toutes époques et toutes nationalités, à l’initiative du projet.

De quel constat est née cette plateforme ?

"J’ai créé il y a dix ans le festival Présences Féminines. Durant cette période, j’ai pu constater la méconnaissance autour des compositrices, aussi bien concernant leur existence que de leurs œuvres. J’ai eu très peu d’ensembles d’artistes solistes qui sont arrivés avec un programme 100 % compositrices sous les doigts. Les choses commencent seulement à évoluer depuis un an et demi. Les questions qui revenaient souvent étaient quoi, qui, où, comment chercher. Lorsque l’on n’a pas l’idée du nom de la compositrice, on n’a forcément pas l’idée de l’œuvre. Un des freins à la programmation des compositrices découle du sexisme mais aussi des problématiques d’accès aux œuvres qui ne sont pas évidentes."

Était-ce un choix délibéré de ne pas aussi inclure des compositeurs ?

"Vous ne pouvez pas imaginer la masse de travail que cela représente que de déjà s’occuper des femmes. C’est un travail absolument colossal, dont nous-même nous n’avions pas idée au départ. Nous sommes effrayés par la richesse du répertoire que l’on découvre. Chacun doit faire son job, je n’ai rien contre les œuvres des compositeurs et évidemment il faudrait faire ce même travail pour leurs œuvres qui ne sont pas jouées car il y en a plein. On se focalise aussi que sur les compositrices dites de musique classique. On ne peut pas être spécialiste en tout. Cela demande des heures et des heures de recherches. Il ne s’agit pas d’une volonté de notre part de cliver. Nous ne voulons pas réécrire l’histoire de la musique, nous essayons de travailler l’inclusion, et dedans il y a les femmes."

Il y a finalement beaucoup plus de femmes compositrices que vous ne l’imaginiez ?

"Plus on cherche et plus on trouve. Il est intéressant d’interroger la culture dont on est issu. Elle nous a imposés sans que l’on réfléchisse le fait que les femmes n’existent pas, qu’elles sont invisibles et qu’elles n’ont pas créé. Pour les femmes, il existe toujours ce double langage : en quantité, il n’y en a pas et en qualité, ce n’est pas terrible. Il existe une sorte de paresse intellectuelle qui s’est instaurée sans même que l’on tente de changer cela. Pour le moment on est à 4462 œuvres rentrées, on espère doubler ce chiffre d’ici Noel. Il existe des choses de très bonne qualité comme des choses moins belles, voire pas intéressantes, mais il faut les jouer pour le savoir."

À qui s’adresse cette base de données ? Tout le monde peut-il y avoir accès et l’enrichir ?

"Tout le monde peut y avoir accès. Il s’agit d’un outil à destination de toutes les personnes qui s’intéressent de près ou de loin à la musique dite classique, donc à la fois le secteur professionnel car le problème aujourd’hui ce sont les programmateurs et non les artistes ou les compositrices, mais aussi aux mélomanes, aux amateurs et à tous ceux qui ont envie de découvrir des œuvres de femmes. Il y a plein de gens qui veulent participer, qui nous disent qu’ils connaissent telle ou telle compositrice. C’est une mine très précieuse. On contrôle toutes les demandes, il n’est pas question que ce soit n’importe qui qui rédige n’importe quoi. On va prendre le temps d’analyser toutes les demandes d’intégration des compositrices qui nous sont faites."

Cet outil peut-il agir concrètement pour une meilleure mise en lumière des compositrices ?

"Il s’agit de l’un des meilleurs moyens qui soit. Le problème des compositrices est l’accessibilité des œuvres. On va aller présenter cette base de données dans les conservatoires, on va faire des ateliers. On veut la faire vivre et qu’elle serve le plus possible. Je suis convaincue que cette base de données va faire évoluer les choses. Sur ce thème-là, il n’existe pas d’autres bases de données comme celle-ci dans le monde avec une interface aussi simple d’utilisation."