Chroniqueur, acteur, écrivain, humoriste, Stéphane De Groodt conjugue les modes d’expression. A la rentrée, il rejoint France Culture pour un nouveau rendez-vous. Si France Culture s’ouvre à l’humour - ce n’est pas tout à fait une nouveauté puisque François Rollin y a officié pendant plusieurs saisons -, la réputation de "radio intelligente" devrait aller au Belge comme un gant. Un gant de velours sur des bons mots en acier, bien sûr.

Stéphane De Groodt : Petite précision : je ne suis pas un humoriste ! Je serais bien incapable d’être sur une scène et captiver un public pendant une heure ou deux. Mon truc à moi c’est de jouer avec les mots…à défaut d’avoir la "tchache". Sur une scène j’ai besoin d’une partition, d’être cadré par un metteur en scène, d’interpréter un rôle.

Pourtant beaucoup d’humour se dégage de vos chroniques…

Passer du coq à l’âne, c’est comme une seconde nature chez moi. En fait j’ai une nature ludique, plutôt optimiste, souvent orientée second degré, rarement cynique, iro- nique, mais jamais méchante. Et cela n’a rien d’un exercice de style. Je suis comme ça.

Bruxelles ? Paris ? Un peu ici, un peu là. Où vivez-vous la plupart du temps ?

Je suis basé à Bruxelles, mais je vais très souvent à Paris, tellement souvent que j’y ai un pied-à-terre. Parfois, sur un simple coup de fil, je prends le train et je déboule au Trocadéro…comme si Paris était la banlieue de Bruxelles.

Ce sont deux modes de vie très différents ?

Paris est devenu une ville qui m’est familière et que j’aime beaucoup. J’y ai un réseau d’amis, des rendez-vous professionnels, j’y ai aussi mes habitudes. Mes journées sont très panifiées quand je suis à Paris. A Bruxelles, je travaille aussi mais je prends plus le temps de vivre, de flâner, d’être avec ma famille, de réfléchir. Chez moi, c’est à Bruxelles. Et parfois le weekend à Knokke-Le Zoute. Un bon bol d’air, rien de tel de remettre les idées en place !

Qu’est-ce qu’il y a de plus belge en vous ?

Ce qu’il y a de "belge" en moi c’est peut-être cette façon de m’arrêter au passage pour piétons pour laisser passer les gens qui traversent la rue. A Paris, ça ne se fait plus ! (rire) A Paris, il flotte dans l’air comme une frénésie, une nervosité, ce qui n’est d’ailleurs pas totalement négatif car cela me donne une énergie parfois très créative. J’ai plus de recul quand je suis en Belgique. Autre belgitude assumée : le besoin de manger un bon "américain/frites". C’est ma seule addiction !

La télévision, le cinéma, le théâtre, la pub, l’écriture, qu’est-ce qui motive vos choix ? Comment s’organise votre travail ?

Désormais j’ai la chance et la liberté de pouvoir choisir. Ça n’a pas toujours été le cas. Au début de ma carrière, je prenais les opportunités comme elles venaient. J’avais une telle boulimie de travail… Mon travail s’organise désormais en fonction des projets que je veux vraiment faire. J’ai par exemple très envie de refaire du théâtre. En revanche, sauf à de rares exceptions près, je refuse de faire encore de la pub.

Une envie de cinéma ?

Oui. En tant qu’acteur, mais aussi qu’auteur et réalisateur. Le cinéma ne s’explique pas, il se vit car c’est 24 fois la vérité par seconde. J’ai terminé le tournage d’un film (Paris-Willouby), le premier long métrage de Arthur Delaire et Quentin Reynaud qui n’est absolument pas dans un registre de la comédie. J’y joue le mari d’Isabelle Carré, avec Alex Lutz et Joséphine Japy. Le film sortira dans les salles en décembre prochain.

D’autres projets ?

A la télé, je vais remplacer Gilbert Melki (Jacky) dans la série "Kaboul Kitchen" sur Canal +. Je participe aussi à l’écriture d’un "dictionnaire" consacré aux expressions de la langue française au côté d’Alain Rey, linguiste français bien connu. Une fois encore je jouerai avec les mots en fonction d’un thème choisi. Autre projet inattendu : les éditions Delcourt publient en septembre prochain une bédé issue d’un court métrage que j’avais écrit ("Qui ne dit mot") avec des dessins de Gregory Panaccione.

Il se dégage de tout cela un grand sentiment de liberté…

Je me suis toujours battu pour être libre de faire ce que j’avais envie de faire, sans souffrir du regard critique qu’on pouvait poser sur moi. Un regard qui parfois me donnait le sentiment de ne pas être pris au sérieux, d’être dilettante. Depuis ces trois dernières années, j’ai acquis une certaine légitimité. Enfin on me reconnait comme tel, avec un univers, avec un ton, avec ma personnalité.

"L'Absurdie" ça se trouve où exactement ? C’est refuge quand le monde va mal ? 

C’est un pays, une ville, un village, une rue… juste à côté de chez vous. Un endroit qui, en même temps, est tout à fait réaliste. Cela n’a rien d’un lieu farfelu car pour moi l’absurde naît du réel. L’absurde, c’est tout sauf n’importe quoi. C’est une manière de voir les choses, autrement.