People Avec ses nominations aux Césars et aux Magritte, 2017 sera l’année de la présidente Virginie Efira.

En dépit d’une carrière entamée voici 10 ans avec le dessin animé Max&Co et d’une filmographie déjà longue de 20 lignes, un seul trophée trône tristement sur la cheminée de Virginie Efira, le prix du public gagné aux Magritte en 2012. Pas vraiment une source de fierté pour elle : "La reconnaissance du public, c’est formidable, bien sûr, mais c’est bizarre de recevoir un prix pour ce qu’on est et non pour ce qu’on a fait."

Cette année, pourtant, la déco de son appartement parisien pourrait subir quelques modifications. Nommée au César de la meilleure actrice pour Victoria, elle l’est aussi doublement aux Magritte, en lice pour les titres de meilleure actrice pour Victoria et de meilleur rôle secondaire pour Elle. Et comme si cela ne suffisait pas, elle va aussi présider la grande fête du cinéma belge ce samedi 4 février. "La présidence, je ne la vois pas comme quelque chose de symbolique", explique-t-elle en riant. "J’ai écrit mon discours et ce n’est pas évident, car il faut mettre de l’intime et ne pas faire des grandes phrases sur le cinéma, sinon c’est embêtant. Manifestement, je suis la seule à savoir que je suis hypernulle en discours, sinon on ne m’aurait pas confié la présidence. (rires) J’espère juste que ce sera un peu drôle, léger."

Comment réagiriez-vous en cas de victoire ?

"Je n’ai jamais reçu de récompense. Mais peut-être que je serais totalement bouleversée. C’est une vague d’amour, même si elle ne dure que deux secondes. Et cela m’émeut quand une personne comme Isabelle Huppert est touchée de recevoir un prix."

Où se trouverait le prix que vous gagneriez ?

"J’aimerais bien le mettre sur un chapeau. (grand éclat de rire) Chez moi, il n’y a pas de vitrine : ce n’est pas du tout mon truc. Comme il y a plein de trucs partout, il se trouverait dans mon bordel! (rire) En fait, je crois que je ferais un truc un peu nul : je ne le mettrais pas en avant, parce que je trouve ça grotesque, mais je ne le cacherais pas non plus, pour pouvoir en parler discrètement. Ce serait très vaniteux, mais un peu caché : le pire." (rires)

L’année écoulée a été incroyable pour vous…

"En fait, je n’ai pas tourné en 2016. Cela a été une année de glande. (rires) Je n’ai fait que parler de Victoria au Brésil, en Autriche, en Russie, partout. Et à Cannes bien sûr. Donc, cette année, je vais me remettre à travailler."

Avec le tournage en février du Grand bain.

"La première réalisation de Gilles Lellouche, oui, avec un casting hallucinant. Puis j’enchaîne le film de Catherine Corsini, adaptation d’un roman que j’avais adoré de Christine Angot, Un amour impossible . Et après, je tourne le nouveau film de Joachim Lafosse. Moi, j’aime autant les comédies que les films d’auteur, pour autant qu’on entende une voix très personnelle. C’est possible de toucher les gens sans brosser dans le sens du poil. C’est merveilleux. J’ai de la chance, je ne suis contactée que par des auteurs, même pour les comédies. Si je trouve une comédie fainéante, je la refuse."

2017 est aussi l’année de vos 40 ans. Cela représente quelque chose de spécial ?

"Sur le symbolisme, je suis complètement à la masse. Je ne fonctionne pas au bilan. Et dans ma tête, j’ai 40 ans depuis longtemps déjà. Je suis donc déjà habituée, même si cela fait quelque chose de quitter la décennie des trentenaires, celle où on imprime quelque chose, où on fait des enfants. Même si je déteste mes anniversaires, parce que je fais venir des gens autour de moi, je réfléchis quand même à la possibilité de faire une grosse nouba. Je ne m’accroche pas à mon 39.

Pour moi, la jeunesse est liée à la curiosité, pas à l’âge. Et aujourd’hui, au cinéma, on continue de travailler à 40 ans, on peut jouer une mère qui a une sexualité. Donc, je les vois bien venir, ces 40 ans que j’ai déjà adoptés…"

© Erik Vernazobres

Les césar la fascinent

Virginie Efira s’est montrée très émue en apprenant sa nomination pour le César de la meilleure actrice.

Que représentent les Magritte ?

"Dans une uniformisation généralisée, c’est important de mettre en avant le cinéma belge, qui apporte une vision personnelle, propre, des choses. Il n’est pas englué par le système, il propose des nouveautés, des regards neufs, une ouverture au monde.

Dans cette époque bizarre, les grandes fiertés nationales, ce n’est pas nécessairement ce qui m’attire… Et en même temps, il faut se demander ce qu’il faut faire pour que les Belges aillent plus voir les films belges ou quelle politique d’éducation devrait-on mettre en place en y incluant le cinéma."

Les prix ne semblent pas trop vous motiver…

"Il y a quelque chose d’absurde à dire qu’un film est meilleur que les autres. Comme disait Yolande Moreau, c’est comme si on comparait un lapin avec une carpe. Les critères sont très subjectifs. Et il y a parfois de la camaraderie aussi dans les votes. Mais la mise en avant d’une œuvre est parfois indispensable. Je ne suis pas une dingue de la compétition, d’un point de vue théorique, elle n’a aucun sens, mais quand j’ai été nommée pour le César de la meilleure actrice, mon cœur battait la chamade. C’est idiot, mais j’étais émue."

Les César vous fascinent ?

"Je les regardais quand j’étais petite et ça me faisait rêver. C’était le plus grand casting de l’année. Et encore maintenant, j’ai un regard très émerveillé, même si je sais que cela ne signifie rien. Peut-être parce que toute idée de festoiement, de célébration de la différence, je ne peux pas m’empêcher de trouver ça chouette. Et en Belgique, il y a cette forme de légèreté qui empêche de prendre tout ça au sérieux. Personne ne se dit qu’aux Magritte ou aux César, une vie va se construire… On ne peut pas récompenser que la rentabilité, mais aussi la création. On est tellement dans le repli pour l’instant qu’entendre la voix des autres, c’est essentiel, et le cinéma, quand il est particulier, il réussit cela."