Soufie depuis les années 70, Ellen Burstyn a trouvé la sérénité. Et retrouvé le chemin des studios

DEAUVILLE Il y a quelques années à peine, le magazine People la classait parmi les plus belles femmes du monde, entre des starlettes débutantes et de jeunes actrices prometteuses. A 69 ans, Ellen Burstyn rit doucement de ce compliment qu'elle dit n'avoir pas compris mais avoir accueilli avec bonheur. Tout comme l'hommage que lui a rendu hier soir le Festival de Deauville, honorant ainsi une carrière qui, de La dernière séance à ces Divins secrets, a été riche en rencontres et en émotions. Le visage aussi serein que l'élocution, haut perchée, Ellen Burstyn incarne une forme d'élégance que l'on croise rarement...

Vous regrettez de ne plus avoir 30ans?
`Oh non! Je profite pleinement de cet âge. Bien plus que ce que j'imaginais. Mes plus mauvaises années furent celles de la vingtaine. Tout étais confus dans mon esprit: ce que j'étais et ce que j'aurais voulu être. Je n'avais aucun but. Plus le temps a passé, plus j'ai su ce que j'attendais de la vie et de mes semblables.´

Vos deux derniers films, Requiem for a dream et The yards, étaient très sombres. Vous aviez besoin d'un peu d'air?
`C'est bon d'aller voir un peu dans tous les registres. J'ai aimé travailler sur ce film, Les divins secrets , parce que mon personnage pouvait à la fois être lumineux et sombre. J'aimerais tourner des comédies, mais, que voulez-vous?, on me voit toujours dans des rôles sérieux ou sombres.´

Les divins secrets raconte les rapports d'une bandes d'amies qui se jurent fidélité dès l'enfance. Cela a été facile à jouer?
`C'était la partie la plus facile du boulot parce que nous nous sommes retrouvées entre actrices du même âge (Maggie Smith, la Minerva McGonagall d' Harry Potter, Fionula Flanagan et Shirley Knight, NdlR), qui faisons ce métier depuis quarante ans! Donc, en fait, on s'est surtout amusées ensemble. C'est merveilleux, d'ailleurs, comment deux Américaines, un Anglaise et une Irlandaise peuvent faire croire qu'elles ont grandi ensemble en Louisiane.´

Le film évoque aussi les relations difficiles entre une mère et sa fille, jouée par Sandra Bullock. Vous avez puisé dans vos souvenirs?
`Disons que j'ai pensé beaucoup à ma mère depuis quelque temps. Il se fait que cette année, j'écris mes Mémoires. Et que j'ai eu l'occasion d'être très proche d'elle, dans le souvenir, pendant longtemps...´

Vous semblez particulièrement sereine. Où allez-vous puiser cette force-là? Dans le milieu que vous fréquentez?
`Depuis les années 70, depuis que j'ai pris conscience qu'il y avait une sorte de présence qui nous dépassait, je me suis tournée vers des nourritures plus spirituelles. Et je suis devenue soufie. J'ai suivi un professeur anglais en France où il donnait un séminaire, près du mont Blanc. J'aime cette religion parce qu'elle est ouverte sur le monde, elle n'exclut personne. Ma manière favorite de méditer, aujourd'hui, c'est en lisant des poésies.´

Le soir où vous avez reçu votre Oscar pour Alice n'est plus ici, vous n'étiez pas là pour le prendre. Pourquoi?
`C'était une épreuve, précisémment, que je me devais de traverser: refuser ce dont j'avais toujours eu envie, le plus au monde. Je l'ai un peu regretté, mais pas longtemps.´

Vous êtes, avec Al Pacino et Harvey Keitel, directrice de l'Actor's Studio. Qu'est-ce que vous donnez comme conseil à vos élèves?
`J'essaie de partager avec eux mon expérience. Et je leur dit de vivre pour jouer et de jouer pour vivre. Pas pour devenir célèbres.´



© La Dernière Heure 2002