Pour la première fois, Johnny Depp prête ses traits à un parfum. Il (se) raconte

Quatre jours. Il n’aura fallu que quatre jours à Jean-Baptiste Mondino et son équipe pour mettre en boîte, dans le parc national californien de Joshua Tree, les images de la campagne du nouveau parfum Dior.

Une équipée forcément Sauvage, qui met en scène Johnny Depp dans un rôle totalement inédit pour la star : celui d’égérie, de visage d’une marque. Une première, à 52 ans, pour celui qui n’avait jamais voulu jusqu’ici se frotter à ce genre d’exercice.

"Je ne connais pas grand-chose à la mode, excepté l’intuition que j’en ai", confirme l’intéressé. "Ce que je saisis, c’est l’allure, l’esthétique. Il y a une véritable élégance dans tout ce que fait Dior, mais cette élégance est aussi empreinte de gravité. De quelque chose justement d’un peu sauvage, d’un peu extrême."

Un mot qui veut dire beaucoup pour l’acteur qui, de longues années durant, a eu l’occasion de perfectionner son français sur le Vieux Continent. "Je trouve que le nom Sauvage évoque… comment dire, une forme d’humanité. L’humanité des choses. Oui, pour moi, un sauvage est quelqu’un qui avance sans compromis."

Soit exactement la ligne de conduite de Johnny Depp, depuis qu’on l’a repéré sur les écrans, dans Platoon, en 1986. "C’est assez amusant de constater que tous les personnages que j’ai interprétés vivent en dehors de la société", poursuit le comédien. "J’ai bien aimé tourner ce film court, surtout avec Jean-Baptiste qui est lui aussi très poétique. On jouissait du luxe de n’avoir aucun dialogue. Oui, ce travail avec lui et tout son univers d’images a rendu cette expérience encore plus particulière et personnelle pour moi."

Car même s’ils avaient déjà pensé bosser ensemble "il y a des centaines d’années", les deux hommes n’avaient jamais partagé un plateau. "Il est très proche de Vanessa", explique encore Johnny Depp. "On m’avait dit que lorsqu’on travaille avec lui, on en tombe illico amoureux. Moi, je suis tombé sous le charme quelques semaines avant le début du tournage […] Travailler avec Jean-Baptiste est une expérience qui a un parfum de liberté. Un tournage sans contraintes. Oui, vraiment libre."

L’autre actrice de ce film, qui accompagne Depp dans sa recherche de la liberté, c’est… la musique. Une bande-son - Hard working man - signée Ry Cooder. Rien que ça. "J’ai toujours été fasciné par la Slide guitar. Surtout le vieux blues, le Mississippi blues", commente l’acteur. "Mais j’ai compris paradoxalement que je ne serai jamais vraiment bon juste en écoutant Ry Cooder. Du coup, je me contente de jouer de vieux standards du blues."

Pourtant, quand il s’agit d’évoquer la route qui l’a mené au cinéma plutôt qu’à la musique, Johnny est formel : c’est du "pur hasard… et parce que je n’avais pas le choix. Il fallait payer le loyer et, effectivement je galérais comme musicien. C’est le cliché habituel, on arrive à Hollywood en quête d’un contrat avec une maison de disques… Nous, on venait de la Floride du Sud. Arrivés à L.A., on s’est rendu compte qu’on était au mauvais endroit. Il y avait tous ces groupes avec des mecs chevelus, les hair bands, c’était ça le grand truc. On n’était pas vraiment prêts pour ça. Les compagnies de disques ne cherchaient pas du punk pop. Enfin, pas ce genre-là. Il n’y en avait que pour Motley Crue et Guns and Roses. Ils avaient tous le même coiffeur, je pense."

Johnny et ses potes, eux, donnaient plutôt dans le style Clash ou les Libertines. "Puis un ami a voulu que je rencontre une femme agent artistique qu’il connaissait bien. Il était persuadé que j’étais fait pour être acteur, qu’il fallait que je suive cette piste. C’était un rendez-vous juste pour voir… J’y suis allé, elle m’a envoyé à une audition et j’ai décroché le rôle. Ce premier film, c’était Freddy. C’était en 1984, je crois. Trente ans plus tard, je suis toujours là. Bizarrement…"

Isabelle Monnart