L’œuvre de E.L. James, vendue à plus de 125 millions d’exemplaires, a connu un succès planétaire. Quel est le véritable impact de cette romance érotique sur la sexualité féminine ?

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on connaît : 50 nuances de Grey est un best-seller international que tout le monde n’a peut-être pas lu, mais dont n’importe qui a entendu parler. Premier roman érotique sadomasochiste à connaître un tel succès, il a surtout modifié le regard sur le genre : ce bouquin à la couverture reconnaissable entre mille se lisait même dans le métro, sans aucune gêne. Vrai phénomène de mode, il était même considéré comme un must read : impensable de ne pas l’avoir dévoré si on voulait rester dans le coup. À tel point que les sondages et études se multiplient pour mesurer aujourd’hui si les aventures de Christian et d’Anastasia ont eu un impact sur la vie sexuelle des femmes.

On savait déjà combien elles ont profité à l’industrie des jouets érotiques : augmentation des ventes de 400 % pour les sex-toys après la sortie du film, 6 fois plus d’amateurs de boules de geisha aux États-Unis, et rupture de stock généralisée pour les menottes, le secteur était plutôt satisfait.

Effet marketing ou véritable révolution ? C’est ce qu’ont voulu récemment déterminer des chercheurs américains en testant l’influence de la lecture de la trilogie 50 nuances de Grey sur le désir et les habitudes sexuelles des femmes. Pour ce faire, ils ont choisi d’interroger plus de 250 étudiantes, âgées de 20 ans en moyenne, comme l’héroïne du roman. On estime en effet que l’influence des médias érotiques sur notre comportement est directement proportionnelle au degré d’identification : plus nous nous reconnaissons dans les personnages, plus leur histoire va nous influencer. Choisir des étudiantes de la vingtaine était donc une bonne manière de tester cette théorie.

Ils les ont divisées en deux groupes : celles qui avaient lu la trilogie, et celles qui ne l’avaient pas lue. Premier constat : les premières disaient ressentir plus de désir que les autres. Mais gare aux conclusions hâtives : cela ne signifie pas nécessairement que ce désir plus prononcé est dû au roman. En effet, la plupart de ces jeunes femmes n’en étaient pas à leur première lecture érotique, et semblaient donc des amatrices du genre, et plus à même donc de cultiver leur désir.

Afin de peaufiner leurs résultats, les chercheurs ont demandé à celles qui n’avaient pas lu le livre de le faire. Ils ont ainsi pu déterminer que sa lecture n’avait… aucune incidence sur le désir sexuel de ces jeunes femmes. L’effet boost de désir de 50 nuances de Grey n’est donc apparemment pas garanti… Mais son plus grand impact sur les femmes qui s’identifient à Anastasia, oui. L’influence des médias érotiques sur le désir sexuel serait donc fortement tributaire de la manière dont l’histoire nous emporte.