Relations Les amis imaginaires des enfants les délaissent petit à petit, la faute aux écrans d’après des puéricultrices anglaises. Un problème d’imagination pour certains ou une simple adaptation à l’ère actuelle pour d’autres.

En Belgique, le nombre d’appareils au sein d’un foyer est en moyenne de 7 ou 8. Télévisions, smartphones, tablettes, pc, appareils photo, la tentation des écrans est partout. Les membres de la famille sont de plus en plus connectés et il n’y a pas de raison que les enfants échappent à la règle, tous les âges confondus. Pourtant, une consommation excessive ou inadaptée des écrans aurait un impact négatif sur l’imagination des plus petits. En Angleterre, par exemple, une grande enquête réalisée auprès d’un millier de puéricultrices via le site web daynurseries.co.uk, rapporte que deux tiers des professionnels du milieu estiment que les enfants exposés aux écrans pendant trop longtemps deviennent moins imaginatifs.

Des bienfaits de l’ennui

Mais si les écrans sont diabolisés, tout dépend de l’usage qui en est fait. "Regarder ensemble des programmes, faire défiler les photos de vacances, jouer à des jeux de société sur écran peuvent sans problème faire partie des activités à pratiquer en famille. Ils peuvent susciter un moment partagé et ensuite donner lieu à des discussions", explique l’ONE (Office de la naissance et de l’enfance). Le tout étant de ne pas se contenter d’être spectateur, ce qui peut être le cas lorsque les enfants sont livrés à eux-mêmes face à cette quantité de stimuli numériques.

Le problème ? Les enfants ne s’ennuient plus. Et lorsque leur cerveau est sans cesse accaparé de manière passive par des images colorées qui bougent sur un écran, ils n’ont plus l’occasion d’imaginer des activités à faire pour ne pas s’ennuyer, de s’inventer un monde intérieur ou un ami imaginaire et attendent que le divertissement vienne de l’extérieur. L’imagination est en berne.

Éviter de diaboliser

"Ces outils ne sont pas dangereux, mais l’usage que l’on en fait peut être risqué. Il y a de nombreux points positifs liés à l’utilisation des écrans et les risques s’ils existent sont souvent surestimés", continue l’ONE. En 2015, l’Office national a réalisé une enquête au sein de la population de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour les parents, les effets négatifs des écrans étaient plutôt associés à une nuisance au repos des enfants ainsi qu’au fait qu’ils s’isolaient des autres de leur âge et des adultes.

Du côté des professionnels, les affirmations étaient semblables. Et 65 % d’entre eux n’étaient pas d’accord avec le fait qu’un enfant doit développer sa créativité à l’aide d’un écran. À l’inverse, certains professionnels cités par l’ONE soulignent que les écrans peuvent stimuler la créativité, l’imaginaire et améliorer les capacités d’attention.

L’Académie des sciences française s’est penchée sur le sujet en analysant les résultats de plusieurs recherches. D’après elle, "l’utilisation d’internet et des outils numériques variés a transformé d’abord les loisirs, puis l’apprentissage, l’éducation et la formation culturelle des enfants de tous âges". Elle met aussi en évidence des effets positifs : amélioration de l’acquisition des connaissances et des savoir-faire, formation de la pensée et amélioration de l’insertion sociale des enfants et des adolescents. Cependant, "une utilisation trop précoce ou une surutilisation des écrans a des conséquences délétères durables sur la santé, l’équilibre et les activités futures (intellectuelles, culturelles et professionnelles)" de l’enfant.

Le tout, finalement, est de définir un cadre et les conditions d’usage des écrans présents dans la maison. Parce que les risques de problèmes de comportement ou d’attention liés à une trop longue exposition aux écrans sont bel et bien avérés par plusieurs études internationales.