Certaines personnes ne ressentent aucun désir sexuel, mais souhaitent vivre ou vivent en couple. Elles se définissent comme “asexuelles”.

Le sexe est omniprésent dans notre société. Depuis la révolution sexuelle, le côté tabou du sujet s'est amenuisé, si bien qu'on en attend partout parler, dans les médias et la publicité, au cinéma, dans les milieux politiques (les affaires DSK et Monica Lewinsky, par exemple), dans les magazines féminins et même parfois (souvent) au sein des conversations entre amis. Seulement, des personnes ne s'y reconnaissent pas. Elles se revendiquent comme « asexuelles », c'est-à-dire dépourvues de désirs sexuels. Selon de rares études sur la question, elles représenteraient 1% de la population.

Asexuel, une nouvelle orientation sexuelle?

Les « A », comme ils se surnomment, veulent se différencier des personnes abstinentes. Ils ne disent pas se priver de sexe par décision, mais juste ne pas en éprouver le besoin. La plupart d'entre eux revendique d'ailleurs l'asexualité comme une orientation sexuelle, au même titre que l'hétérosexualité, la bisexualité ou encore l'homosexualité. « Je suis indifférent. Je n’ai pas d’attirance pour le sexe mais ça ne me dérange pas de "pratiquer" si on m’en fait la demande. J’aime d’ailleurs donner du plaisir sexuel et satisfaire la femme que j’aime (...) Je pratique aussi la masturbation car malgré le fait de ne pas avoir d’attirance, mon corps a parfois des besoins que je dois assouvir. Mais je n’ai aucunement besoin de les assouvir avec quelqu’un », témoigne Julien sur le site Ava , l'Association pour la visibilité asexuelle.

Certains ont donc trouvé un équilibre, une harmonie, mais beaucoup souffrent encore du regard des autres, des proches comme des personnes qu'ils rencontrent. Ils vivent avec le sentiment d'être marginaux, d'avoir un problème. Pour le sexologue Pascal De Sutter , l'asexualité cache tout de même un dysfonctionnement. « On a le droit de renoncer à quelque chose dans la vie, et je trouve cela tout à fait respectable. Pour certains, c'est un choix conscient et ils le vivent bien, mais je pense que beaucoup d'autres se mentent à eux-mêmes au lieu de chercher ce qui ne va pas. Cela paraît un peu étrange lorsqu'une personne se revendique "asexuelle". C'est comme si à chaque soucis, on devait se revendiquer ceci ou cela. C'est même dommage car cette revendication est souvent le symptôme d'un mal-être personnel. »

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Mais pourquoi le sexe est-il si important?

« Personnellement, je n’en souffre pas pour l’instant, mais il est clair que j’ai peur de vieillir seule. Il est évident que mon asexualité m’empêche de vivre en couple. J’ai donné 20 ans de ma vie pour que mon couple fonctionne et cela a foiré. Quelque part, je suis amère. Pourquoi le sexe tient-il une telle place dans notre société ? » s'interroge Pepapig sur le site Ava. Comme elle, beaucoup s'inquiètent pour leur avenir. Pas facile évidemment de rencontrer quelqu'un qui comprenne et puisse vivre sans le côté charnel de l'amour, encore plus compliqué d'imaginer construire une vie de famille. C'est le cas de Sophie qui souhaiterait résoudre ce qu'elle considère comme un « handicap social »: « je ne veux pas choisir mon futur compagnon en fonction de son asexualité. Je veux choisir quelqu’un qui me plait pour ce qu’il est, et pouvoir avoir des relations sexuelles avec lui. Quand mes amis me décrivent leur vie sexuelle et surtout, leur épanouissement sexuel : le fait de fusionner, de vouloir vivre un moment intense à deux, …je rêve de pouvoir également vivre ça ».

Pascal De Sutter explique avoir conseillé le renoncement à des patients qui le consultaient à propos d'un désintérêt pour la sexualité. Eux-mêmes ont répondu qu'il serait dommage de se priver de ce bonheur et qu'ils souhaitaient retrouver le chemin du désir. « Si des gens trouvent leur bonheur sans relations sexuelles, je ne vois pas pourquoi il faudrait les blâmer. Maintenant, il est possible pour ceux qui le souhaitent de retrouver le désir sexuel. Tout le monde est d'accord pour considérer l'anorexie comme un problème par exemple. C'est certain, ne pas ressentir le besoin de manger n'est pas normal. Quid du besoin sexuel? S'il est possible de retrouver un jour l'appétit, d'en guérir, il est possible également de retrouver l'appétit sexuel », ajoute-t-il.

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Peut-on être amoureux sans désirer?

Pour la majorité des gens, le sentiment amoureux et l'attirance sexuelle sont indissociables. Pour les asexuels, ce sont deux choses bien distinctes. Ils ne prônent pas le célibat, que du contraire. Les « A » souhaitent vivre en couple, mais sans devoir passer par « la couette ». « Bien sûr qu'il existe plusieurs formes d'amour, celui de deux personnes âgées qui ont vécu toute leur vie ensemble, celui qu'on porte à nos parents, à nos frères et soeurs, à nos amis, etc. Et on ne peut en aucun cas remettre cet amour en question. Mais pour moi, en tant que sexologue, en cas d'absence de relations sexuelles, on ne peut pas parler de relations amoureuses, mais plutôt de relations amicales fortes », explique Pascal De Sutter.

Encore faut-il que les deux partenaires soient sur la même longueur d'onde et le restent toute leur vie. « Mon asexualité a été la cause de la rupture d’une relation de plusieurs années avec un homme sexuel. Les sentiments n’ont pour ainsi dire pas suffit à faire durer une relation où le sexe avait très vite disparu de mon initiative. Je ne connaissais alors pas l’asexualité, je savais juste une chose : malgré mes sentiments toujours présents et malgré une histoire amoureuse de plusieurs années, je n’avais aucune envie de sexe avec mon compagnon, et je ne pouvais même plus arriver à me forcer pour sauver mon couple », raconte une personne sur le site Ava.

Nombreux consentent tout de même à entretenir des relations sexuelles. C'est le cas notamment d'Oriane: « A partir du moment où j’accepte de coucher avec lui, c’est que je l’aime. C’est une grande preuve d’amour puisque je fais une sorte de sacrifice pour son bonheur. Donc, même si je n’aime pas l’acte et qu’il le déplore, je l’aime lui. Aussi, je me fiche de ce qu’il fait de son corps, qui lui appartient. Il peut coucher ailleurs, qu’importe. Je ne veux que son cœur en échange du mien. Ensemble depuis six ans, et depuis, deux beaux enfants ». D'autres comme Caro sont incapables de ce « sacrifice »: « Pour toutes mes relations, je me suis toujours forcée et cela a toujours été source de conflit. Personnellement, je n'ai jamais envie. Mais, je suis très bien dans mes baskets, très heureuse et épanouie. Pour moi, on peut vivre sans sexe », explique-t-elle sur le forum de discussion du site Kelove.fr, spécialisé dans les rencontres entre asexuels.