Relations Apprendre est une faculté naturelle de l’être humain. Tous les enfants naissent avec cette volonté inscrite en eux. Ils apprennent à marcher, parler, courir, rouler à vélo… Et pour que cela continue avec succès, rien ne vaut la compréhension. La chronique de Nathalie Vancrayenest, coach scolaire et parentale.


Le kit de base que nous recevons à la naissance comprend : une aptitude naturelle à se détendre et à se concentrer ; une mémoire formidable prête à mémoriser les informations collectées par nos cinq sens ; une grande confiance naturelle en nous ; une motricité qui se développe vers un an pour accompagner notre passion pour la découverte, la nouveauté. Et il faut ajouter à tout cela un besoin fondamental d’entrer en relation avec les autres.

Parents et enseignants jouent un rôle fondamental dans la sauvegarde de cette soif de connaître.

Les enfants en âge préscolaire apprennent sans trop de pression, leurs parents admirent leurs premiers retournements, leurs premières escapades à quatre pattes, leurs premiers pas les émerveillent. Ils guettent les premiers mots, ils s’extasient des premières phrases.

Alors pourquoi certains d’entre nous perdent-ils le plaisir d’apprendre, de découvrir ? En rentrant à l’école, l’enfant se plie à un rythme que les adultes définissent comme « normal ». Les apprentissages sont structurés selon un processus linéaire, calibrés sur un enfant « lambda ».

Depuis que les neurosciences s’intéressent à l’éducation, nous savons que notre cerveau s’ennuie rapidement quand il doit assimiler de manière linéaire, que tous les enfants ne se développent pas au même rythme. Qu’un enfant passif, assis sur une chaise durant 6 à 8 h n’est pas dans les meilleures conditions pour découvrir et s’instruire.


Quelles sont les conditions qui favorisent l’apprentissage ?

Si l’environnement dans lequel nous apprenons est important, l’acte d’apprendre est un processus qui met en œuvre l’ensemble de la personne : conscient, inconscient, corps et émotions.

Apprendre, c’est créer de nouvelles connexions dans notre cerveau, et plus on apprend, plus on crée de connexions. Plus ces connexions sont nombreuses, plus nous apprenons vite et facilement.

Pour apprendre, nous avons besoin d’être actifs, d’expérimenter, de commettre des erreurs pour nous ajuster et assimiler. L’adulte bienveillant et disponible construit les savoirs à partir des échanges et des partages sur les expériences individuelles.

Lorsque Céline Alvarez (1) relate son expérience dans une classe de maternelle à Gennevilliers, nous percevons vite l’importance des relations et des interactions entre pairs et enseignants. Elle met l’accent sur l’indispensable guidance des adultes et l’échange des connaissances entre enfants.

En observant les fratries, nous comprenons d'ailleurs mieux ce phénomène d’émulation et de partage de savoirs. Dans un grand nombre de familles, les cadets tentent d’acquérir le niveau de compétences de leur aîné. Celui-ci consolide et renforce son estime de soi lorsqu’il partage son savoir et il s’empresse de conquérir d’autres connaissances pour garder de l’avance sur les puînés.

Cette observation met en lumière la motivation endogène nécessaire aux apprentissages : nous devons percevoir l’intérêt de savoir, la question du sens si chère aux enfants à « haut potentiel ». Le sens qui est donné aux apprentissages est primordial dans la motivation ! « Pourquoi apprendre les mathématiques, la biologie, l’histoire ? », « À quoi cela va me servir de connaître les différents mouvements littéraires ? » Si à l’école primaire beaucoup d’enfants travaillent pour faire plaisir à « papa et maman » ou « à la maîtresse » la question du sens devient centrale à l’adolescence. Le monde réel est riche, l’école gagnerait en efficacité, si elle consentait à prendre des exemples dans le réel. Nous utilisons le four à micro-ondes, l’ordinateur, la voiture, le GPS… sans en connaître les principes fondateurs. Nous sommes capables de reconnaître les logos des marques. Mais peu d’entre nous peuvent identifier les baies, les champignons, les feuilles comestibles lors d’une promenade. Pour apprendre, notre cerveau aime l’utilité.


Comment apprenons-nous ?

Si les enseignants et les parents sont nombreux à asséner cette petite phrase « Tu devrais apprendre tes leçons ! » Peu d’entre eux expliquent aux enfants comment accomplir l’action d’apprendre.

Antoine de La Garanderie reprend cinq gestes fondamentaux dans ses travaux.

Et tout commence par un geste d’attention , celui de se mettre en projet de faire exister dans sa tête ce que nous avons perçu avec nos sens. Le geste d’évocation (2) est différent pour chacun d’entre nous. Comme le rappellent Audrey Akoun et Isabelle Pailleau (3), nous ne pouvons pas être attentifs sans projet.

Pour mémoriser, nous allons rechercher nos évocations avec le projet de les restituer. Par exemple, je retiens mes verbes irréguliers en néerlandais pour les utiliser dans une conversation.

Pour comprendre , nous faisons des allers et retours entre ce que nous avons perçu et ce que nous évoquons. Ces va-et-vient nous permettent de trouver du sens en comparant nos nouvelles perceptions avec ce que nous connaissons déjà. Le sens se modifie progressivement au fil des transformations que nous appliquons à la matière.

Nous ne pouvons produire des gestes de réflexion et rechercher des solutions aux problèmes que lorsque les autres gestes mentaux sont réalisés.

Et puis il nous reste à imaginer, à faire naître du nouveau, de l’inconnu à partir de ce que nous connaissons.

Lorsque les enfants, les adolescents comprennent comment fonctionne leur cerveau et comment nous apprenons, les résultats sont aux rendez-vous (4).


>> Grandir en confiance ce sont des conférences, des ateliers et des consultations individuelles pour des parents et des enfants bien dans leurs baskets et leur tête !

>> Pour aller plus loin

Apprendre autrement avec la pédagogie positive, Audrey Akoun et Isabelle Pailleau, Eyrolles, 2013

Mais qu’est-ce qui les empêche de réussir ? Jeanne Siaud-Facchin, Odile Jacob, 2015

Les lois naturelles de l’enfant, Céline Alvarez, Édition des arènes, 2016

Heureux d’apprendre à l’école, comment les neurosciences affectives et sociales peuvent changer l’éducation, DR Catherine Gueguen, les arènes Robert Laffont ; 2018

>> Notes

(1) Céline Alvarez a obtenu le soutien du ministère de l’éducation pour mener une expérience novatrice dans une classe de maternelle en zone d’éducation prioritaire et plan violence à Gennevilliers.

(2) L’évocation est une représentation mentale, accessible et consciente de ce que nous avons perçu.

(3) P.40 Apprendre autrement avec la pédagogie positive, Audrey Akoun et Isabelle Pailleau, Eyrolles, 2013

(4) Selon les travaux de John Hatti, chercheur à l’université de Melbourne, connaître ses stratégies d’apprentissage contribue à la réussite.