Relations

À la veille de la journée mondiale pour la sauvegarde du lien parental (1), j’avais envie de me pencher sur les liens qui unissent les enfants à leurs parents, les liens qui les font grandir et devenir des adultes épanouis et profondément humains. La chronique de Nathalie Vancrayenest, coach parentale et scolaire.


Si dans cette chronique, les termes « père, mère, papa, maman » vous perturbent ou ne correspondent pas à votre situation personnelle, vous pouvez toujours les remplacer par fonction maternelle et fonction paternelle.

Nous tissons des liens toute notre vie avec une multitude de personnes ! La qualité de nos premiers liens d’attachement conditionnera notre rapport au monde, elle marquera de son sceau tous les liens de notre vie.

Un bébé seul ne survit pas, « le génie de la nature » lui a fourni des réflexes et un système d’attachement pour qu’il puisse maintenir un adulte à proximité de lui. Un adulte qui répondra à ses besoins.


Le lien d’attachement, un lien fondamental !

La figure d’attachement principale d’un bébé est la personne qui répond de façon appropriée aux signes physiques et vocaux de détresse. Cet adulte signifiant répond aux besoins de l’enfant de façon chaleureuse, appropriée, constante, continue, stable, et surtout il est accessible lorsque le bébé manifeste de la détresse. La proximité de cette personne apaise l’enfant.

Notre figure d’attachement principale reste, pour la plupart d’entre nous, notre mère et cela pour des raisons évidentes de biologie et d’hormones. Durant la grossesse et l’accouchement, les hormones influencent les comportements maternels.

Les études menées par Bowlby, Ainsworth, Shaffer et Emerson (2) démontrent un attachement différencié à la mère et au père (3). L’attachement à la mère (figure d’attachement principale) est en lien dans une recherche de sécurité de l’enfant. Le lien d’attachement au père (figure d’attachement subsidiaire) est associé au jeu, à l'exploration du vaste monde.

Les liens d’attachement que l’enfant noue sont spécifiques, irremplaçables et non interchangeables.


Deux liens indispensables

Les deux liens sécurité et exploration sont couplés de façon dynamique. La curiosité de l’enfant pour son environnement se développe au rythme de ses progrès moteur. La nouveauté et la découverte l’attirent de plus en plus loin vers de nouvelles aventures, mais toujours en vérifiant la disponibilité (à partir de 2 ans « est-ce que maman est là pour moi ? ») et l’accessibilité (à partir de 4 ans, « est-ce que si j’appelle maman, elle viendra ? ») de sa base de sécurité ou sa figure d’attachement principale.

Le besoin de proximité avec la figure d’attachement varie en fonction de l’âge de l’enfant, de son développement, de ses capacités cognitives et des réponses de son environnement. Mais aussi de son état de santé, de sa familiarité avec les lieux dans lesquels il se trouve. Un enfant fatigué, malade aura besoin de la proximité de sa figure d’attachement principale. Aborder un endroit inconnu et des personnes étrangères sera difficile sans la sécurité qu’apporte la figure d’attachement principale.


Les troubles de l’attachement

La séparation du bébé et du jeune enfant de sa figure d’attachement principale engendre des troubles affectifs, cognitifs, des difficultés d’apprentissage, des états dépressifs, des troubles du comportement chez l’enfant et l’adolescent. Ceux-ci prédisposent aux états anxieux, dépressifs chez l’adulte.

Les troubles de l’attachement sont de trois types en fonction des réponses fournies par l’environnement. Ces attachements insécurisants induisent des niveaux de stress (4) élevés chez les enfants et les empêchent de grandir, de découvrir le monde.

  • Attachement insécurisant évitant : L’adulte ne reconnait pas la détresse de l’enfant, il y répond par de la colère, des moqueries. L’enfant inhibera peu à peu ses manifestations affectives pour éviter des conséquences désagréables. Au retour d’une situation traumatique, l’enfant adopte une attitude indifférente associée à une attention accrue pour ne pas être à nouveau rejeté.

  • Attachement insécurisant ambivalent/ résistant : L’attitude de l’adulte n’est pas stable, elle varie de la surprotection à l’indifférence voire la négligence. Au retour, l’enfant est inconsolable. L’enfant s’exprime dans l’opposition et l’agressivité vis-à-vis de sa figure d’attachement.
  • Attachement insécurisant désorganisé : La figure d’attachement n’a pas pu jouer son rôle protecteur. L’enfant adopte des comportements aberrants, entre la fuite et le rapprochement.


Trouble de l’attachement et séparation parentale

Les troubles de l’attachement peuvent apparaitre avec la séparation, le divorce des parents. Lors d’une séparation, la figure d’attachement n’est plus disponible, accessible pour l’enfant.

La séparation de la figure de sécurité provoque chez l’enfant de la protestation, il peut exprimer son refus de se séparer par des pleurs, des cris, il s’agrippe à sa figure d’attachement principale. Ensuite, si la situation se prolonge l’enfant se sent impuissant, arrive alors la période de désespoir, suivi du détachement, l’enfant abandonne la lutte, il s’isole d’un point de vue psychologique. Cet état de détachement est particulièrement dangereux pour la santé mentale de l’enfant.

C’est la qualité du retour de l’enfant qui doit être l’indice d’une séparation traumatisante pour lui. S’il est joyeux, qu’il recherche le contact, la proximité et qu’il retourne jouer une fois le contact rétabli, tout va bien. Si ses comportements sont ceux d’un bébé, d’un enfant en situation d’insécurité, il sera important que ses parents réévaluent le système de garde ou de visite.

Lors d’un divorce, l’enfant voit s’effondrer sa base de sécurité. Dans ces conditions, il a besoin de sa figure d’attachement principale pour le sécuriser et pouvoir repartir vers des comportements d’exploration. Il doit pouvoir compter sur deux parents stables et sécurisants, disponibles malgré leur propre souffrance pour poursuivre son développement psychoaffectif.


L’aliénation parentale : un concept dangereux !

Le rejet parental gagnerait à sortir de l’idéologie du concept « d’aliénation parentale » qui rend la mère systématiquement responsable de la rupture. Le rejet d’un parent dans la vie d’un enfant n’est pas un fait banal qu’elle qu’en soit la raison. Les raisons de ce rejet se révèlent multiples et diverses : la rupture est toujours source de souffrance chez l’enfant.

Pour trouver des solutions et être efficace dans la reconstruction/rétablissement d’un lien parental stable et sécurisant, il est essentiel de prendre en compte toutes les éventualités y compris celle d’une rupture d’attachement due à des séparations mal préparées, répétées, trop longues pour l’enfant.

Les bébés, les enfants ne sont pas des adultes miniatures, ils ont des besoins spécifiques nécessaires à leur bien-être, leur équilibre et leur développement psychologique. T.B. Brazelton et S.I Greenspan en distinguent sept.

Le besoin de relations chaleureuses et stables. Le besoin de protection physique, de sécurité, de régulation. Le besoin d’expériences adaptées aux différences individuelles. Le besoin d’expériences adaptées au développement. Le besoin de limites, de structure et d’attentes. Le besoin d’une communauté stable, de son soutien, de sa culture. Le besoin de protection de l’avenir.

Ne pas tenir compte de ces besoins, c’est prendre le risque de troubles affectifs et psychologiques importants, graves et durables pour l’enfant, l’adolescent et l’adulte ! Ces risques s’accroissent avec l’immaturité de l’enfant.


Grandir en confiance ce sont des conférences, des ateliers et des consultations individuelles pour des parents et des enfants bien dans leurs baskets et leur tête !

Pour aller plus loin :

- Le rôle du père dans le développement du jeune enfant, J. Le Camus, F. Labrell, CH. Zaouche-Gaudron, Nathan Université, 1997.

- Grandir, les étapes de la construction de l’enfant, Claude Halmos, Fayard, 2009.

- Fonction maternelle, fonction paternelle, Jean-Pierre Lebrun, Éditions Fabert, Yapaka.be

- L’attachement un lien vital, Nicole Guedenay, Éditions Fabert, Yapaka.be


Notes :

(1) Le jeudi 25 avril est la journée mondiale pour la sauvegarde du lien parental.

(2) John Bowlby, (1907-1990) est un psychiatre et psychanalyste et Marie Ainsworth, (1913- 1999) psychologue du développement sont à la bases de la théorie de l’attachement. Shaffer et Emerson montreront dans leurs études l’attachement au père.

(3) Hors pathologie et circonstance de la vie qui rendent impossible cet attachement à la maman et au papa.

(4) Le stress chronique et/ou prolongé provoque de graves altérations sur les cerveaux encore immatures.