Relations En matière de famille recomposée, comme en éducation, les recettes miracles n’existent pas ! La patience, la bienveillance, le dialogue et quelques règles simples rendront les réaménagements familiaux plus facilement acceptables. La chronique de la coach parentale et scolaire Nathalie Vancrayenest.


Lorsque les adultes se séparent, divorcent, leur souhait est de vivre une vie meilleure. Alors, comment expliquer qu’un tiers des familles recomposées cesse d’exister dans les trois ans (1) ?

En matière de famille recomposée, comme en éducation, les recettes miracles n’existent pas ! La patience, la bienveillance, le dialogue et quelques règles simples rendront les réaménagements familiaux plus facilement acceptables.


Les clés d’une cohabitation harmonieuse...

Lorsqu’un adulte prend la décision de se séparer, de divorcer, il entame un processus de deuil. L’enfant, l’adolescent n’entamera ce travail de deuil qu’avec l’annonce de l’éclatement de sa famille. Il est donc en retard sur le processus de l’adulte. Ce travail prend du temps et Patricia Papernow estime que les enfants peuvent mettre plusieurs années pour accepter les remaniements familiaux, voire rester dans la nostalgie de « leur famille » le reste de leur vie.

Mettez vos enfants et vos adolescents progressivement en contact avec votre nouveau partenaire/ nouvelle partenaire. Lorsque la rencontre est précipitée, lorsque le parent emménage directement avec le nouveau conjoint / la nouvelle conjointe, les enfants tiennent celui-ci/ celle-ci pour responsable, de l’éclatement de la cellule familiale. Ils ne sont donc pas prêts à établir une relation avec lui/elle !

Prenez votre temps pour installer la relation, parlez de votre rencontre, de ce nouveau partenaire. Organisez une sortie cinéma, un restaurant, une soirée jeux de société, un week-end ou quelques jours de vacances avant de penser « vie commune ». Allez-y progressivement !

C’est important pour vos enfants et pour vous, cela vous donne le temps de tester cette relation. La séparation fragilise et rend plus vulnérable à la manipulation. De plus, en constatant votre enthousiasme, votre nouvelle joie de vivre, vos enfants constateront les bienfaits de cette relation sur votre humeur et ils seront soulagés de savoir que vous n’êtes plus seul.


... sous un même toit

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Sachez-le une bonne fois pour toutes : le fait que vous vous aimiez ne présage pas que vos enfants partagent vos sentiments. Et les enfants seront toujours loyaux à leurs parents. Ceux-ci devront donc les autoriser à construire des liens et à être heureux avec le beau-parent. Cette autorisation doit être explicite, surtout si papa ou maman a encore un pincement au cœur lorsque l’enfant raconte sa vie avec ce beau-parent.

Les parents manipulateurs plongent, généralement, les enfants dans un conflit de loyauté important et dangereux pour leur santé mentale. Ils leur interdisent d’être heureux avec leur propre parent, considéré comme responsable de l’éclatement de la famille. Par la calomnie et le dénigrement, ils signifient à l’enfant qu’il n’est pas autorisé à recevoir ou donner de l’affection au beau-parent. Dans certains cas, ils poussent l’enfant au conflit avec son parent, son beau-parent et la quasi-fratrie (2).

Tenez compte de l’âge des enfants : les adolescents seront moins disposés à exécuter une demande de ce nouvel adulte que les plus jeunes. « Tu n’es pas ma mère/mon père, tu n’as rien à me dire… », « je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi… » ces rébellions verbales sont des réactions fréquentes et compréhensibles.

La séparation a mis à mal le sentiment de sécurité et de confiance des enfants. Ils ont besoin de la présence bienveillante de leur parent. Pour la sauvegarde du nouveau couple et une bonne évolution de la famille recomposée, occupez-vous exclusivement de votre progéniture dans un premier temps. Ne bouleversez pas complètement les règles de fonctionnement, les habitudes de vos enfants, gardez les rituels.


Un accompagnement externe, ça aide

Lorsque j’accompagne ces couples, nous travaillons sur leurs valeurs et celles qu’ils désirent transmettre à leurs enfants. Ensuite, nous réunissons tous les membres de cette nouvelle famille. Ce travail permet à chacun de trouver sa place, d’ajuster son rôle, de former des alliances saines, d’identifier ses besoins…. En quelques séances, ces familles formulent les règles qui permettront à chacun de se sentir en sécurité dans ce nouvel environnement. Ce travail construit alors la confiance des enfants, il permet aux beaux-parents de comprendre leurs émotions, leurs besoins… Les adolescents ont souvent beaucoup de mal à s’investir dans une nouvelle famille, ne leur en demandez pas trop et faites preuve de souplesse.


4 tactiques qui fonctionnent

Pensez à des activités en solo avec vos enfants, ils ont besoin de vous retrouver sans se sentir en concurrence. Les beaux-parents, aussi, gagneront à prendre du temps avec les enfants de leur conjoint, en-dehors de sa présence.

Et puis, pensez que même s’ils ont le même âge, s’ils partagent les mêmes centres d’intérêt chaque enfant a besoin de son intimité et de son territoire pour éviter les conflits.

Parlez des questions d’éducation en-dehors de la présence des enfants. Vous allez découvrir votre créativité en éducation.

Ménagez-vous des moments à deux ! Les adolescents supportent mal de voir leurs parents amoureux.


> Grandir en confiance ce sont des conférences, des ateliers et des consultations individuelles pour des parents et des enfants bien dans leurs baskets et leur tête !

> Pour aller plus loin

"La famille recomposée : Une famille composée sur un air différent", M.CH. Saint-Jacques et Cl. Parent, Hôpital Sainte Justine, 2002

"Une semaine chez papa, une semaine chez maman". Claire Wiewauters et Monique Van Eyken, Deboeck, 2017

"Les parents se séparent…pour mieux vivre la crise et aider son enfant". R. Cloutier-L. Filion-H. Timmermans, Hôpital Sainte Justine, 2001

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(1) "Une semaine chez papa, une semaine chez maman", p.164, Claire Wiewauters et Monique Van Eyken, Deboeck, 2017

(2) Utiliser un vocabulaire juste permet à chacun de trouver sa place sans se sentir menacer. Un beau-père n’est pas un père. Une belle-mère, n’est pas une mère. Demi-frère, demi-sœur exprime le fait qu’il y a un parent en commun. Lorsqu’il n’y a pas de parent commun les québécois utilisent le terme de "quasi-fratrie".