Elles ont été plus de 20 000 à se porter volontaires dans le monde pour participer à une étude clinique qui avait comme objectif de mesurer le rôle actif et positif de la masturbation sur sur les menstruations.

Comme quoi, les choses changent peu à peu dans les sociétés occidentales, on est face ici à un double tabou quand même ! Depuis la nuit des temps, chaque mois, des milliards de femmes ont leurs règles, et avec elles, sans que cela soit pathologique, arrivent très souvent des douleurs, des crampes, un inconfort physique et moral parfois…" Ces symptômes sont dus à l’évacuation d’une partie de la paroi de l’endomètre par l’utérus qui se contracte sous l’effet d’une hormone, la prostaglandine ", explique le docteur et sexologue Gilbert Bou Jaoudé. " Plus le taux de prostaglandine est élevé dans le corps, plus les douleurs menstruelles peuvent être intenses ", ajoute la sexologue Alexandra Hubin. Contre ça, on se tait, on attend que cela passe, on prend des antidouleurs, une bouillotte ou des remèdes de grands-mères, "les femmes ont appris à vivre avec, elles pensent que c’est normal de souffrir".

À ce petit arsenal, elles vont pouvoir rajouter une corde à leur arc : celle de la masturbation. Une étude mondiale nommée "Menstrubation" (menstruations et masturbation) s’est déroulée à ce propos entre mai et octobre 2020. Près de 20 000 personnes menstruées se sont portées volontaires pour participer à cette étude. Du jamais-vu pour une étude clinique ! Les participantes ont été sélectionnées de manière aléatoire.

Résultat : lorsqu’on a demandé aux participantes à l’étude ce qui a été le plus efficace contre leurs douleurs menstruelles, les médicaments ou la masturbation, "43 % ont choisi les médicaments et 42 % la masturbation", dévoile Johanna Rief, Head of Sexual Empowerment chez Womanizer. Des résultats très positifs et qui durent dans le temps "au niveau intensité et fréquence des douleurs. Au début de l’étude, l’intensité moyenne des douleurs était de 6,7 points. À la fin de la phase de test, elle n’était plus que de 5,4 points".

"Cela ne doit pas être entendu comme une injonction à se masturber bien sûr mais à être à l’écoute de son corps. Le plaisir corporel, c’est positif sur la santé et la douleur, cela relaxe et détend", ajoute Alexandra Hubin.

Après cette étude, 90 % des participantes recommandent la masturbation pour soulager la douleur et 85 % prévoient de maintenir leur nouvelle routine de masturbation.

Surtout que lorsque l’on a directement demandé aux participantes si la masturbation régulière avait un effet sur l’intensité de leurs douleurs, 70 % ont répondu "oui".

Associer la notion de plaisir à ce qui est vu comme négatif va aider.

" Tu es dans tes mauvais jours ou quoi ?"; "Ne l’approchez pas, elle a l’air d’avoir ses règles", "Un rien te crispe quand tu les as"… L’image que l’on renvoie des femmes qui ont leurs règles joue un rôle dans notre rapport aux menstruations et à la douleur. " Il y a autour de cela un focus négatif, on ne parle que de douleurs physiques, d’inconfort, de sautes d’humeur " , souligne la sexologue Alexandra Hubin, docteur en psychologie et sexologue, "je fais souvent la métaphore avec le réverbère : on ne voit que ce qui est éclairé." Or, ce qu’on éclaire dans ce cas-là et depuis toujours, ce sont les douleurs comme un passage obligé et une période où l’on est à fleur de peau : "On aura d’autant plus tendance à subir la situation."

Mais comment la masturbation peut-elle jouer positivement sur cet état de fait ? " Nous savons que la masturbation peut avoir des effets positifs sur la santé et le bien-être de manière générale. Pendant la masturbation et au moment de l’orgasme, l’hormone dite du plaisir, la dopamine, est libérée, ce qui provoque une sensation de bien-être. Ainsi, les autres procédés chimiques qui causent les douleurs sont naturellement relégués au second plan, ce qui s’apparente à un soulagement de la douleur. Dans le même temps, le métabolisme et la circulation sanguine sont stimulés, ce qui va également venir contrer la douleur. Enfin, lorsque les muscles se contractent et se relâchent pendant l’orgasme, cela a aussi un effet relaxant", détaille la sexologue. En introduisant la notion de plaisir, "on ouvre le champ des possibles et c’est positif ", conclut Alexandra Hubin.