Relations Née dans une société où la retenue sexuelle était de mise, Jeannie*, 77ans décrit la libération de sa sexualité avec mai 68.

Si j’ai encore une sexualité ?", s’esclaffe Jeannie. "Après tant d’années je connais très bien mon corps et je ne me prive pas de le faire jouir. J’en ris aux éclats. Sans gêne aucune, sans culpabilité. Je m’inonde", confie-t-elle d’emblée. Mais elle n’a pas toujours vécu sa sexualité de manière aussi décomplexée.

Les années "papa-maman"

Ses premières années de mariage ont davantage été caractérisées par des rapports sexuels très conventionnels : "Au début, c’était très ‘papa-maman’, puis je reconnais qu’avec mai 68 il y a des barrières qui ont sauté." Le couple ose pimenter sa vie conjugale : nouvelles positions, nouveaux lieux, ils sortent de la simple recherche de procréation, même si elle garde une grande place dans leurs ébats. "Mon mari était un artiste, il était très sensible et la maternité le passionnait, il avait un grand désir d’enfants qui le motivait dans notre sexualité", explique Jeannie. Ils ont leur premier fils quand elle a vingt-sept ans et lui quarante. Deux autres enfants suivent, avec trois et quatre ans d’intervalle. "Après ça, on a encore essayé d’en avoir un quatrième mais on s’est rendu compte que c’était déraisonnable, on était trop vieux", soupire-t-elle. Ce moment marque un tournant dans la vie sexuelle du couple. Ils se lancent dans une sexualité désacralisée consacrée au plaisir.

Mais les amants commencent d’abord par tâtonner dans cette nouvelle sexualité ; ils cherchent leurs marques jusqu’au moment où ils sont un peu aidés… Jeannie glisse : "On ne faisait pas vraiment un ménage à trois, mais nous avons vécu une amitié partagée avec quelqu’un qui aimait la transgression." Cet ami les ouvre à une sexualité libérée des idées de culpabilité, d’enfantement. Il fait tomber les barrières du puritanisme dans lequel Jeannie et Marcel avaient grandi et leur apporte l’idée que le sexe maintient le corps vivant et offre avant tout de la jouissance. "C’était un retour à l’animalité, je me sentais très animale, très primate", confie Jeannie.

La femme mûre, actrice de la sexualité

Pour elle, le temps qui passe et l’évolution des mentalités ont mené à un réveil de la femme comme actrice de la sexualité : "Les femmes pendant longtemps n’ont jamais demandé, elles ne connaissaient pas leur corps, ne savaient pas ce qu’elles pouvaient obtenir… On a enfin appris comment ça fonctionnait." Et elle n’a pas manqué d’utiliser ce savoir. Avec le temps Marcel est devenu moins demandeur. "Il avait 13 ans de plus et il voulait la paix." C’était sans compter la libido de Jeannie pour qui "il suffit de se fouler un peu ! Avant on attendait que le mari initie les épouses alors que les hommes manquent d’imagination, il y a moyen d’essayer, d’inventer…" Laura Geerts

* Prénom d’emprunt