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Comment peut-on magnifier la barbarie censément pour la dénoncer ? C'est la question à laquelle un photographe de mode indien a répondu de manière bien peu convaincante.

Il a en fait publié une série de photos suggérant un viol collectif dans un bus. Sur certaines d'entre elles, la sublime top model, indienne, aux longues jambes interminables n'affiche ni un air mystérieux propre à sa profession, ni un air heureux mais une souffrance et des attitudes contraintes. Beaux vêtements, hommes trendy, lumière travaillée mais une sensation malsaine de violence et une atmosphère sordide qui a immédiatement fait penser à l’horrible affaire du viol collectif d’une étudiante en médecine dans un autobus de New Delhi en décembre 2012, sous les yeux de son compagnon impuissant. Elle était décédée de ses blessures quelques temps après.

Intitulée "The Wrong Turn", la série photos a aussitôt été sous le feu de milliers de messages de dégoût sur les réseaux sociaux, provenant du monde entier.


Raj Shetye s'est défendu maladroitement et comment peut-il en être autrement ? Ses clichés indécents sont clairement inspirés de la tragédie qu'a enduré la jeune "Nirbhaya". Or, pour lui, comme il l'a expliqué au site Buzzfeed, "Ce n’est pas basé sur Nirbhaya. Mais comme je fais partie de cette société et que je suis photographe, ce sujet m’émeut. Je vis dans une société où quelque chose comme ça pourrait arriver à ma mère, ma petite amie ou ma soeur."

Selon lui, c'était la seule manière qu'il ait trouvé de dénoncer l'insécurité et ces actes odieux qui ont lieu de plus en plus fréquemment en Inde. "Comme je suis photographe, mon seul moyen de communication c’est la photo. Pour moi c’est aussi simple que ça. C’est de l’art. Faire des films, écrire des articles ou des poèmes sont également des moyens de parler du sujets. Faire des photos de mode est la chose que je fais le mieux."


"Je suis satisfait de mon travail"


Avant de conclure : "Sur le plan personnel, j’ai aussi eu beaucoup de réactions. Sur mon Facebook, de mes amis. Je suis satisfait de mon travail, ça permet d’apporter de la lumière au sujet."

Il a cependant effacé sa série du site professionnel "Behance" sur lequel ces photos étaient mises en ligne.

Esthétiser la barbarie ou magnifier l'indécence est régulièrement un parti pris dans la mode : le nombre d'images produites fait que certains professionnels ont recours aux photos choc pour sortir du lot. Comme en mars dernier, où le Vogue Italia avait publié une série photos dénoncée par le site Jezebel : on y montrait la violence domestique... deux femmes y mouraient en tailleur rouge sous les coups de leurs compagnons. Atroce.