Selon une enquête, les fillettes anglaises se maquillent de plus en plus tôt. Une dérive due à l’hypersexualisation de notre société et le manque de limites parentales.

Les parents deviendraient-ils de plus en plus permissifs avec leurs enfants ? Il n’est plus rare de nos jours de croiser des fillettes habillées comme des adolescentes, portant du vernis ou des talons hauts. Sans compter celles qui participent aux concours de mini-miss.Selon une nouvelle étude anglaise¹, les fillettes commenceraient à se maquiller vers l’âge de 11 ans, soit 3 ans plus tôt qu’il y une décennie. Selon les personnes sondées, cette tendance malsaine est due au fait que ces petites filles souhaitent paraître plus adultes. Ensuite, elles blâment l’influence des amis d’école, des frères et sœurs plus âgés, de la téléréalité et des marques de cosmétiques, en particulier les marques de vernis à ongles. Malgré tout, 89 % des femmes interrogées préféreraient que leurs enfants attendent d’avoir 14 ans pour mettre du fond de teint, 13 ans et demi pour se maquiller les yeux et 12 ans et demi pour appliquer du gloss.

Si ces comportements peuvent en choquer plus d’un, comment expliquer cette dérive ? “C’est un phénomène complexe qui touche à de nombreux aspects de notre société. Tout d’abord, l’on peut parler de l’hypersexualisation. La publicité, les films, les romans et la mode se sont sexualisés avec le temps. Sur Internet ou à la télévision, le sexe est partout et la pornographie a pris une ampleur énorme. Cette hypersexualisation nous influence tous. Ensuite, “plaire” est devenu une des choses dont on parle le plus, de manière directe ou indirecte. Il faut être mince, performant sexuellement, ne pas avoir de complexes, et être “sexy”. Ce message n’est pas particulièrement adressé aux enfants mais ce n’est qu’une question de temps avant que ceux-ci souhaitent faire “comme les grands” à ce niveau-là. Le marketing s’est également engouffré dans ce nouveau marché, toujours prêt à trouver de nouveaux clients“, explique Jérémy Royaux, psychologue.

Il est permis d’interdire

Ce constat n’est pas que sociétal, il concerne également l’éducation actuelle. Aujourd’hui, certains parents ont du mal à fixer un cadre et des références spécifiques à leur progéniture. Or, ceux-ci sont vitaux pour le développement psychique de l’enfant. “Il semblerait qu’un nombre croissant de parents aient peur d’utiliser leur autorité, peur de ne pas être aimés. Ils essayent donc d’avoir une relation plus ami-ami avec leurs enfants, de ne pas trop les contraindre ou les frustrer. Bien sûr, cela n’a pas que des effets positifs et beaucoup d’enfants manquent de limites. Celles-ci ne servent pas uniquement à interdire-ce qui est jugé néfaste pour l’enfant- mais aussi à le rassurer, le sécuriser. Un enfant à qui on ne met pas de limites aura des difficultés à se structurer. Être parent, c’est aussi accepter de frustrer l’enfant et de l’empêcher de faire tout ce qu’il veut quand il veut car c’est le seul moyen de le protéger et de lui permettre de grandir sur des bases saines“, continue le psy.

Ces comportements parentaux laxistes ont de multiples répercussions pernicieuses. “Les rapports sexuels sont de plus en plus précoces, avec toutes les dérives qui vont avec : rapports à risques, grossesses imprévues et expériences qui perturbent durablement ces enfants. Pour pouvoir être à l’aise dans une vie d’adulte, il faut pouvoir avancer à son rythme, en sécurité. La psychanalyse parlait beaucoup de la période de latence qui précède l’adolescence. Je ne sais pas si elle existe encore. On s’accorde sur une série de risques et de conséquences négatives pour ces enfants mais le fait est qu’on ne sait pas non plus exactement ce qu’ils sont en train de vivre. Notre société change à une vitesse folle et nous n’avons pas encore assez de recul sur ces changements pour en connaître les conséquences exactes sur ces enfants“, conclut M. Royaux.

¹ Réalisée par la marque Escentual auprès de 1000 femmes