Audrey Tautou sur son nuage

Interview > Patrick Laurent
Audrey Tautou sur son nuage

À l’affiche de L’écume des jours, qui sort ce mercredi, l’actrice se confie. Le survol de Paris, les pieds dans le vide, l’a fort impressionnée : elle a le vertige !

BRUXELLES

“Chloé avait les lèvres rouges, les cheveux bruns, l’air heureux et sa robe n’y était pour rien.” À la lecture de cette citation de Boris Vian dans L’écume des jours , Michel Gondry a tout de suite imaginé Audrey Tautou pour le rôle féminin principal de son film. “Cela m’a surprise qu’il me propose le rôle” , explique la comédienne au sourire envoûtant. “Déjà, elle est plus jeune, a des cheveux bruns et des yeux bleus. Mais ce qui m’a le plus étonnée, c’est qu’il me propose un rôle ! Je ne pensais pas correspondre à son univers.”

En quoi vous touche-t-il ?

“La poésie du film est très ludique, joyeuse, presque insouciante. Au départ, tous ces personnages sont candides. On ne parle que d’amour, d’amusement, de détente. On est dans un monde rêvé. Et progressivement le rêve se transforme.”

Votre jeu a aussi évolué durant le tournage ?

“J’ai commencé avec plein d’idées en tête pour mon personnage. Mais la façon de travailler de Michel Gondry oblige à se laisser porter, à ne pas chercher à contrôler quoi que ce soit comme je le faisais avant. J’ai essayé de m’oublier, de m’amuser, d’être spontanée. Pour la première fois, le soir, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’avais fait, ni si c’était bon ou pas. Cela peut paraître stressant mais c’est très libérateur en fait.”

Michel Gondry est aussi désarçonnant qu’on le dit ?

“Tout à fait ! Je ne me suis pas sentie perdue mais c’est vrai que sa façon de travailler est, disons, pas traditionnelle… Il n’y a pas de silence, il ne dit pas : Moteur, ça tourne, action. Il tourne sans qu’on sache qui il filme ni où on en est. Il pousse à ne pas s’autodiriger mais à être dans la liberté. Ce n’est vraiment pas ordinaire. Mais cela ne m’a pas stressée. J’aime m’adapter à la façon de travailler d’un metteur en scène. C’est dans la différence qu’on s’enrichit, qu’on progresse. Quand j’ai compris que je ne pourrais pas me concentrer et travailler comme j’en avais l’habitude, j’ai plongé complètement dans cette nouvelle manière de jouer. Et je vous confirme que c’est déroutant.”

Il crée aussi son univers sous vos yeux…

“Les décors et les costumes m’ont beaucoup aidée. Je suis très curieuse de la manière dont on fabrique ce rêve. Il y avait tant de choses hallucinantes, de la balade en ballon ou du mariage dans un aquarium en passant par la limousine transparente, que pouvoir se trouver en contact direct, charnel, avec l’univers du film, cela aide autant que de travailler avec des acteurs en chair et en os. Je n’aurais pas du tout eu le même plaisir face à un écran vert.”

Qu’est-ce qui vous a paru le plus surréaliste ?

“La scène la plus impressionnante fut sans conteste le voyage dans le nuage. On était dans un vrai petit nuage, les pieds dans le vide, suspendu par le câble de la plus grande grue de Paris. Comme j’ai le vertige, la vue d’en haut m’a beaucoup marquée ! C’est le genre de choses qu’on ne fait qu’une fois dans une vie.”

Vous n’avez pas dû faire plusieurs prises dans le ciel ?

“Si ! Mais ça aide, parce qu’on vit réellement dans le monde imaginaire. La manière de travailler de Michel Gondry est totalement opposée à celle de Jean-Pierre Jeunet, ils ne filment pas les mêmes images, mais tous deux ont cette poésie, cette inventivité, cette délicatesse, ce charme qui font qu’en dépit d’expressions différentes, ils pourraient faire partie de la même famille.”


© La Dernière Heure 2013

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be