Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi

P. L. et A. S.,
Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi

Le mercredi, c'est le jour des sorties! Pour le 1er mai, un petit tour dans les salles obscures s'impose

BRUXELLES En mai, fais ce qu'il te plait. Mais ce mercredi, le temps ne se prêtera pas forcément à ce dicton. Dès lors, les salles obscures semblent être le refuge idéal.

Pour éviter les mauvaises surprises, voici notre avis sur les nouveaux films de cette semaine.

Le choc des générations (Parental guidance): 2/10

Une comédie banale

Résumé

Pour sauver son couple et alléger l’énorme pression qui pèse sur ses épaules, Alice (Marisa Tomei) se résout, en désespoir de cause, à confier ses enfants un week-end à ses parents. Bien qu’elle n’ait quasiment plus aucun contact avec son père, autrefois son idole quand il commentait les matches de base-ball. Mais aujourd’hui, elle ne lui fait plus vraiment confiance tant il lui paraît irresponsable. Elle n’a pas tout à fait tort…

Notre avis

Le thème est classique. Avec l’âge, les enfants devenus parents trouvent leurs propres parents un peu trop immatures, rigides ou passéistes pour respecter leurs principes éducatifs. Dans un premier temps, évidemment, tout tourne à la catastrophe. Mais l’amour paternel soulève des montagnes et cette entraide, plus imposée par les événements que désirée, va permettre à chacun de retrouver sa vraie place au sein de la famille. Le prototype du scénario de série télé à l’eau de rose, en résumé.

Le poids du sauvetage repose donc uniquement sur le duo inédit composé par la volcanique Bette Midler et le plus caustique Billy Crystal. Tous les deux se démènent dans leur registre de prédilection, multipliant les mimiques destinées à rendre amusantes les situations improbables ou les bons mots et autres références au base-ball totalement incompréhensibles pour un spectateur européen. Devant tant d’efforts, on aimerait s’esclaffer de bon cœur et déguster l’inventivité de ces monstres sacrés de la comédie, mais on n’y arrive que trop rarement en raison de l’insoutenable banalité de la plupart des séquences en forme d’énormes clichés. Les intentions étaient bonnes mais, à l’arrivée, une seule chose distingue cette comédie des productions télévisuelles produites à la chaîne : l’absence de vulgarité. C’est peu…

La cage dorée: 6/10

Une savoureuse plongée dans la communauté portugaise exilée en France

Résumé

Vous vous souvenez des Femmes du sixième étage, des Espagnoles qui laissaient Luchini sans voix. Voici maintenant les femmes du rez-de-chaussée, de la loge du concierge. Voici Maria et son mari, homme à tout faire dans l’immeuble avant de se rendre sur un chantier. Et après aussi, jusqu’à n’importe quelle heure. Trente ans qu’ils rendent service, qu’ils prennent sur eux tous les problèmes. Trente ans qu’ils occupent un réduit avec leurs deux enfants. Trente ans qu’ils se font marcher sur les pieds en disant merci à la propriétaire maniaque et au patron qui se décharge de ses responsabilités sans délier sa bourse.

Et voilà qu’un jour un pli recommandé leur annonce que le frère auquel on ne parlait plus depuis 30 ans leur lègue la maison familiale et ses hectares de vignes. À une condition : s’y installer et entretenir un vignoble sur les flancs du Douro qui rapporte 200.000 € par an. Que font alors les Ribeiro ? Ils sautent de joie comme un vainqueur de l’Euro Millions ? Ils débouchent leur plus vieux porto ? Non, ils sont pétrifiés avec un sourire gêné. Mais qui va s’occuper des rosiers de la proprio ? Et qui va diriger le chantier ?

Le secret étant vite éventé, proprio et patron mettent en place une stratégie pour garder leurs esclaves. L’une entame aussitôt des travaux d’agrandissement et l’autre accorde une substantielle augmentation. Voilà Maria et José bien embêtés : comment pourraient-ils laisser tomber des gens aussi charmants ? Et puis les enfants ne manifestent aucune envie de quitter Paris.

Notre avis

Le film de Ruben Alves sent le vécu, il est d’ailleurs dédié à ses parents. Ils peuvent être fiers. Cette immersion à l’intérieur de la communauté portugaise est réalisée à la bonne distance, avec un regard complice sur une mentalité (trop bons, trop cons), une touche d’humour affectueuse et le souci du travail bien fait. Son père lui disait-il : “Un mur doit être solide pour ne pas laisser entrer le malheur” ? On sent que Ruben Alves a beaucoup travaillé son scénario, dont le ressort est admirablement tendu tout au long. Partiront, partiront pas, José et Maria ? Le suspense tient ses promesses jusqu’au plan final.

Autre point fort, le casting. Le grand acteur portugais Joaquin de Almeida suinte une formidable humanité et surtout Rita Blanco est d’une vérité qui va droit au cœur. Si quelques seconds rôles laissent à désirer – la sœur notamment –, les troisièmes couteaux sont étincelants. Chantal Lauby a le décalage jubilatoire, célébrant la révolution portugaise avec des… tulipes. Et qui incarne avec brio l’exaspérante proprio ? Nicole Croisille. Une comédie au poil.


Song for Marion: 6/10

Retrouver le moral avec une chorale de retraités

Résumé

Depuis que sa femme est atteinte d’un cancer, Arthur (Terence Stemp) ne voit plus la moindre raison de sourire à la vie. Tout l’ennuie. Tout l’énerve. À commencer par cette stupide chorale de vieux croulants dans laquelle Marion (Vanessa Redgrave) gaspille tant d’énergie sous la direction d’une jeune femme dynamique, Elizabeth (Gemma Arterton). Mais plus elle décline, plus il est par la force des choses amené à essayer de comprendre ce que lui apporte le groupe de retraités. Et découvrir qu’il n’est jamais trop tard pour trouver sa voix.

Notre avis

Si vous avez aimé le documentaire Young @ heart sur les grands-parents chanteurs à la joie de vivre communicative, vous devriez craquer pour cette comédie dramatique quasiment en tout point identique. À une différence près : elle peut compter sur un casting haut de gamme, des comédiens exceptionnels capables de vous arracher des rires et des larmes pendant une heure et demie.

Et cela, même si toutes leurs mésaventures sont parfaitement prévisibles et convenues. Dès le départ, on sait exactement comment le récit va s’achever. Et quels détours (comme la relation difficile entre le père et le fils) il empruntera. Qu’importe. Cette comédie dramatique injecte de l’optimisme, de la bonne humeur, tout en cassant l’image mortifère de la vieillesse avec quelques belles doses d’humour anglais. Et cela fait du bien.

À l’instar de Calendar Girls, Song for Marion s’inscrit dans la veine de ces productions sympas qui amènent une réflexion souriante sur notre quotidien. Le 7e art ne s’en trouve pas enrichi pour autant, mais c’est toujours agréable de sortir d’une salle de cinéma avec un moral tout neuf.

No: 6/10

Comment une campagne publicitaire audacieuse a fait chuter Pinochet.

Résumé

Mis sous pression internationalement et désireux de légitimer son coup d’État réalisé 15 ans plus tôt, Augusto Pinochet organise un référendum destiné uniquement à le maintenir au pouvoir. Pour lui donner des apparences démocratiques, il autorise ses opposants à disposer de 15 petites minutes d’antenne par jour, en toute fin de soirée. Mais alors que tous les partis politiques veulent mettre l’accent sur les atrocités commises par le dictateur, René Saavedra conçoit la campagne en faveur du “ No” comme une vaste opération publicitaire moderne, souriante, drôle, qui vend de l’espoir plutôt que de la peur.

Notre avis

Nominé à l’Oscar du meilleur film étranger, ce drame historique montre comment, pour la première fois, un dictateur a été chassé du pouvoir démocratiquement. En utilisant notamment les techniques commerciales de l’ultralibéralisme dont il se voulait le chantre.

Un point de vue contesté au Chili, certains estimant que Pablo Larrain accorde trop d’importance à la campagne et pas assez au poids des idées et au mouvement populaire dans l’éviction de Pinochet. Mais un point de vue fort intéressant malgré tout. Le parti pris du ton humoristique, aussi adopté par le cinéaste, relance le vieux débat sur l’opposition ou la complémentarité du fond et de la forme. Et met le doigt sur l’insatiable besoin d’espoir de la nature humaine, même dans les situations apparemment désespérées. Impossible de ne pas être touché par ce pari audacieux et de ne pas réfléchir aux techniques de communication qui nous manipulent tous les jours.

Sur le plan formel, le mélange d’images d’archives et de fiction est aussi extrêmement réussi. Tant il est parfois difficile de les distinguer. Ce qui donne à l’ensemble une force quasi documentaire.

En dépit de longueurs excessives et de répétitions inutiles, parce qu’il amuse et rend plus intelligent, ce No mérite un grand Oui.





© La Dernière Heure 2013


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