Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi

P. L. et A. Lo
Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi

Le mercredi, c'est le jour des sorties! Avant l'ascension, un petit tour dans les salles obscures s'impose

BRUXELLES En mai, fais ce qu'il te plait.

Mais pour éviter les mauvaises surprises, voici notre avis sur les nouveaux films de cette semaine.

Hôtel Normandy: 2/10

Une comédie romantique pépère à l’ancienne, très peu inspirée

RÉSUMÉ

Pour l’anniversaire d’Alice, ses meilleures copines lui offrent un week-end de rêve, à l’hôtel Normandy. Avec une surprise à la clef, destinée à agrémenter ses nuits jugées beaucoup trop mornes depuis la disparition du seul homme qu’elle ait jamais aimé. Mais voilà, sur place, Alice tombe follement amoureuse d’un marchand d’art que ses amies prennent pour le gigolo. Une confusion lourde de conséquences.

NOTRE AVIS

Que dire de cette comédie romantique banale ? Qu’elle ne mange pas de pain. C’est tout. Les gags, vaguement inspirés par Pretty Woman , sentent la poussière et le vieux vaudeville, le rythme en moins. On ne croit pas plus au coup de foudre devant un plateau de fruits de mer qu’au meilleur ami qui remplace le gigolo malade avec des techniques de drague toutes plus pourries les unes que les autres.

Helena Noguerra, Ary Abittan et Frédérique Bel sauvent de temps à autre l’ensemble avec quelques répliques assassines, des interprétations plus mordantes ou un vrai sens de la comédie, mais, à l’image des interrogatoires de police, cette petite comédie ronronne en boucle, s’englue dans le mielleux et aligne pépère les séquences gentillettes.

Cela ne fait de mal à personne, les cœurs tendres fondront peut-être de temps à autre, mais cet Hôtel Normandy va rapidement tomber dans les oubliettes du 7e art.

Mohamed Dubois: 4/10

Comment faire rire avec le racisme ordinaire ?

RÉSUMÉ

Victime des préjugés basés sur les apparences, Arnaud Dubois (Eric Judor) n’arrive pas à convaincre la police qu’il est bel et bien français et héritier de la banque Berthier. Il se retrouve donc sous la menace d’une expulsion, faute de papiers d’identité. Dont il s’était débarrassé. La raison ? Convaincu d’être le fils d’un prof de tennis tunisien et amoureux de Sabrina, il voulait s’intégrer dans une communauté immigrée en faisant croire qu’il s’appelait Mohamed Bouhouche, sans savoir qu’il s’agissait d’un trafiquant de drogue…



NOTRE AVIS

L’idée de départ est généreuse. Et montre à quel point les clichés de toutes les catégories de la population résistent mal à l’épreuve des faits et de la découverte de l’autre. Tout le monde en prend pour son grade par manque de tolérance et d’ouverture.

Mais, hélas, la démonstration prend rapidement le pas sur la comédie. Les protoganistes paraissent tous plus symboliques que réalistes, dénués de cette épaisseur humaine qui pourrait les rendre vraiment attachants ou émouvants. Chacun représente à sa manière un stéréotype simpliste anti-Français ou anti-immigrés assez dérangeant, voire carrément affligeant. Du cousin qui arnaque un mafioso à la maman qui ne veut pas que sa fille épouse un non-musulman en passant par le fils de banquier qui pense que sa vie est foutue s’il n’est pas arabe, les filles qui ne craquent que pour les Mohamed ou la cuisinière marocaine qui veut qu’Arnaud craque pour les Françaises, on ne sait ce qui est le plus navrant.

Tenter de faire rire à partir du racisme banalisé constitue un pari audacieux. Hélas pas atteint. Pour une raison toute simple : les gags sont quasiment inexistants. À l’exception d’une scène de boxe en hommage au cinéma muet, on doit souvent se contenter de répliques convenues ou de situations qui manquent singulièrement de sel ou de surprise.

Les bonnes intentions ne suffisent pas. Ni drôle ni suffisamment interpellante, cette comédie poussive ne va pas assez loin dans le rire ou la triste réalité pour atteinte ses objectifs.



Sous surveillance: 6/10

Des radicaux de gauche s’interrogent sur leurs actes. Un Redford un peu lisse

RÉSUMÉ

Un matin, Sharon Solarz (Susan Sarandon), mère de famille quinquagénaire, prend la route de New York. À une station-service, des agents du FBI surgissent et l’arrêtent. La nouvelle fait le tour des médias : Solarz fut membre du Weather Underground, mouvement radical qui perpétra des attentats au plus fort de l’opposition à la guerre du Vietnam. Tout indique qu’elle a voulu se rendre. Intrigué, Ben Shepard (Shia LaBeouf), jeune reporter, se lance sur la trace des anciens compagnons de lutte de Sharon.

NOTRE AVIS

Comme les personnages de cette fiction didactique, inspirée par les actes authentiques du Weather Underground, Robert Redford s’interroge sur les engagements d’hier – qui furent en partie les siens – et leur moralité. La fin justifie-t-elle les moyens ?

Thriller inégal, surtout dans sa deuxième partie, avec un mystère familial vite éventé, Sous surveillance ( The Company You keep ) a dû motiver Redford pour quelques scènes clés, faisant écho à sa filmographie, de Les Hommes du président à La Conspiration . Mais il est loin le temps des reporters révélant le scandale du Watergate . Le journalisme d’investigation est moribond : le patron de Ben, qui vient “de licencier sa rédaction sportive” , rechigne à lui accorder un jour d’enquête de plus… Quand Sharon met Ben face à ses lacunes, ne s’adresse-t-elle pas aussi aux homologues réels du reporter ? Qu’elle soit incarnée par Susan Sarandon, clouée au pilori par une partie de la presse pour son opposition à la guerre en Irak, rend la confrontation savoureuse. Mais quand Jim (Redford) retrouve Mimi (Julie Christie), le bilan prend une autre tournure.

La proximité – certes fortuite – de la sortie belge du film avec les attentats de Boston éclaire la tiédeur de Redford sur son sujet. “Nous sommes devenus nos parents”, dit un personnage du film. Bien que fidèle à ses idéaux, Redford lisse son discours. Les antihéros sont fatigués. Le réalisateur aussi…



L’hypnotiseur: 6/10

L’intrigue est mieux ficelée que le spectacle

RÉSUMÉ

Sans mobile apparent, une famille entière est décimée dans les environs de Stockholm. Seul le fils, grièvement blessé, a survécu au massacre. Pour tenter de retrouver le tueur, l’inspecteur Joona Linna fait appel à un hypnotiseur controversé, Erik Bark, capable de remonter dans les souvenirs du patient dans le coma, même si ses méthodes avaient débouché sur un drame voici une dizaine d’années. Très rapidement, les choses se compliquent. Le fils d’Erik est enlevé, les ravisseurs exigeant qu’il arrête l’hypnose. Mais continuer constitue la seule piste pour résoudre cette affaire.

NOTRE AVIS

Lasse Hallström veut s’inscrire dans le prolongement de Millénium et des polars nordiques avec cette adaptation du roman de Lars Kepler. Et cela se remarque immédiatement. On y perd en spectacle et en cascades hollywoodiennes ce qu’on y gagne en psychologie et en intrigue fouillée. Avec, revers de la médaille, une lenteur certaine et une complexité parfois artificielle dans le traitement de l’intrigue.

Le problème, c’est que la vision de L’hypnotiseur vire à la montagne russe entre les qualités et les défauts : tantôt l’enquête séduit par ses éléments de réflexion, tantôt les séquences sobres jusqu’à la morosité suscitent la lassitude. Étrangement, alors que la caméra suit souvent de près les protagonistes dans la banalité de leur quotidien, on n’apprend finalement que fort peu de choses sur eux, ce qui aurait normalement dû constituer un des centres d’intérêt du film.

Globalement, à l’exception d’une scène finale illogique et interminable, Lasse Hallström s’en tire honnêtement avec ce thriller aux fils habilement enchevêtrés qui a au moins le mérite de sortir des sentiers battus américains. À défaut de laisser de grandes images en tête, il captive et met les nerfs en pelote le temps de la vision. C’est déjà ça.


© La Dernière Heure 2013


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