"Mohammed Dubois", une comédie pour "déradicaliser" les communautés

Interview de Patrick Laurent
"Mohammed Dubois", une comédie pour "déradicaliser" les communautés
©Wild Bunch Distribution

Eric Judor, le célèbre complice de Ramzi, se produit dans une comédie romantique où le but est de rire du"racisme de la vie quotidienne"


PARIS Par essence, une interview avec Eric Judor n’est jamais ordinaire. Le complice de Ramzy aime partir dans des délires improvisés et transformer la rencontre en sketch. Hier matin, c’était différent. Pour la promo de Mohamed Dubois, il répond aux questions par téléphone tout en conduisant sa voiture pour se rendre au studio de montage de Platane 2, la série de Canal+ qu’il a aussi réalisée. “Mais j’ai un kit mains libres, ne vous inquiétez pas. Et si vous entendez un grand boum, vous aurez un scoop…”

C’est votre première comédie romantique…

“Ne faire que de la comédie, ce sera l’histoire de ma vie. J’essaie de faire des choses qui me surprennent. Je veux faire marrer dans tous les styles, l’absurde, le burlesque et, maintenant, ce genre nouveau que je n’avais jamais exploré.”

Est-ce-vrai que les scènes d’amour vous faisaient peur ?

“Oui. Je suis très pudique. Dans la comédie, je peux me cacher derrière l’absurde. Dans l’expression des sentiments, c’est impossible. J’ai l’impression de dévoiler qui je suis. C’est pour ça que j’ai fait passer le casting pour les actrices : il fallait absolument une femme dont je puisse tomber amoureux, à qui j’ai envie de faire du charme.”

Cela ne vous faisait pas peur de tenter de faire rire à partir du racisme de la vie quotidienne ?

“C’est un sujet délicat, c’est sûr. Le risque, c’est de sacrifier l’humour au profit du message.”

C’est plutôt le cas…

“Je n’étais pas scénariste mais il me semble qu’on a réussi à trouver un bon équilibre entre l’humour et les thèmes, ce qui est souvent le plus difficile. Pour moi, on évite bien le piège de la caricature en montrant des personnes qu’on pourrait croiser dans la vraie vie. Ici, les Arabes n’élèvent pas des poules et ne sont pas des extrémistes. Ce sont des personnes qui cherchent à vivre bien, comme tout le monde.”

Le délit de sale gueule est permanent, d’un côté comme de l’autre. Cela vous fait peur ?

“C’est terrifiant, oui. Par rapport à une dizaine d’années, je trouve qu’on s’est terriblement radicalisé. Les communautés se referment de plus en plus sur elles-mêmes. La peur de l’autre l’emporte malheureusement sur l’ouverture, l’envie de s’enrichir des cultures de chacun. Ce qui me paraît vraiment très intéressant, c’est qu’on montre aussi bien des Français hostiles aux Arabes que des familles arabes qui ne veulent pas que leur fille épouse un Français. Les torts se trouvent des deux côtés.”

La meilleure scène est celle où vous boxez comme dans les films muets…

“Cela me fait plaisir : je suis un inconditionnel du burlesque. Les mouvements du corps constituent un langage humoristique universel et intemporel. C’est ce qui m’amuse le plus.”

Pourquoi tourner une suite à La Tour Montparnasse infernale ?

“Ramzy et moi, nous avions l’impression que ces personnages nous appelaient. Qu’ils voulaient vivre de nouvelles aventures. L’envie était énorme de les retrouver. Mais je vais probablement tourner avec des acteurs belges comme Bouli Lanners dans Je suis mort mais j’ai des amis, des frères Malandrin. Leur scénario est à mourir de rire.”

© La Dernière Heure 2013

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