Sorties cinéma: des navets à la pelle

Le mercredi, c'est le jour des sorties! Un petit tour dans les salles obscures s'impose.

Patrick Laurent, B. F.
Sorties cinéma: des navets à la pelle
©DR

Les invincibles : 2/10

Une comédie ratée aux intentions sympathiques.

RÉSUMÉ. Arnaqueur professionnel des boulodromes, Jacky (Gérard Depardieu) voit l’occasion de rembourser ses dettes lorsque le très ambitieux Darcy (Édouard Baer) tente d’évincer le président de la fédération en organisant un tournoi richement doté. En quelques semaines, il va apprendre tous ses trucs à son poulain, Momo, afin de décrocher le jackpot.

NOTRE AVIS. Faut-il pointer les bonnes intentions de cette comédie à l’eau de rose ou tirer (à vue) sur les énormes clichés censés nous faire rire ? Peut-on oublier les défauts manifestes de cet ouvrage filmé comme dans les années 70 sous prétexte qu’il véhicule un beau message ?

Tout au long des Invincibles, les envies de meurtres cinématographiques et de tolérance vis-à-vis d’un beau sujet (un fils d’immigré se sent parfaitement français et veut s’imposer dans le sport national par excellence, la pétanque, mais se retrouve dans l’incapacité de montrer sa valeur en raison de préjugés bêtes et méchants) font se dandiner sur le fauteuil, en plein tiraillement.

De temps à autre, des répliques amusantes ("Les gens du passé, il faut les laisser dans le passé pour qu’ils nous laissent passer"), cruelles ("L’Algérie, si tu n’aimes ni picoler, ni baiser, ni sortir le soir, c’est super") ou mordantes ("Vous allez vous comporter comme un con toute la journée ?") laissent espérer un feu d’artifice à la hauteur du casting, mais Frédéric Berthe (réalisateur d’Hollywoo et de RTT, c’est tout dire…) ne parvient jamais à exploiter les étincelles pour faire monter la pression et resserrer l’intrigue.

Rien ne surprend dans cette historiette, basée (comme trop souvent dans les productions françaises) sur des rebondissements improbables et des outrances qui transforment, par exemple, un simple joueur de pétanque amateur en meilleur bouliste de la planète.

Les comédiens font tous de petits numéros plutôt sympas à tour de rôle, mais ne peuvent cacher le manque de cohérence, de rythme et d’imagination.

Au final, une chose est sûre : l’humour reste trop souvent sur le carreau. Et en tant que spectateurs, on a les boules d’avoir passé une heure et demie à visionner cette comédie cliché à peine sauvée par ses belles idées sur l’intégration, sa dénonciation du racisme ordinaire et la merveilleuse autodérision de Gérard Depardieu lorsqu’il demande la nationalité algérienne ! À moins de boire beaucoup de pastis lors de la projection, cela ne suffit pas du tout.

Comédie

Réalisé par Frédéric Berthe

Avec Gérard Depardieu, Atmen Kélif, Virginie Efira, Édouard Baer, Daniel Prévost, Michel Galabru

Durée 1h38

Diana: 2/10

Un biopic qui résume Lady Di à une femme amoureuse. Et c’est tout

RÉSUMÉ. Depuis l’officialisation de sa séparation, la princesse Diana mène une existence solitaire, à peine égayée par les trop rares moments qu’elle peut passer avec ses fils. Contrôlée par le Palais et un chef du protocole qui n’apprécie pas ses confessions à la BBC, elle voit sa vie basculer lors de l’hospitalisation de son papa. Le chirurgien Hasnat Khan lui a à peine adressé un regard, mais cela a suffi pour la faire succomber. Elle s’arrange pour le revoir et très vite, entre ces deux-là, l’entente devient parfaite.

À une nuance près. Le médecin ne veut pas vivre sous les flashes des paparazzis. Et Lady Di ne peut pas faire un pas sans être traquée par une meute de photographes.

NOTRE AVIS. Difficile de plus se fourvoyer que le réalisateur de La chute, Oliver Hirschbiegel. De la dimension tragique de la vie de Diana, il ne reste rien dans sa bluette sirupeuse digne d’une mauvaise dramatique romance. Du reste non plus, d’ailleurs. La princesse, dont on ne cesse de répéter à l’écran qu’elle était "la femme la plus célèbre du monde", est résumée à l’amour qu’elle porte à un seul homme, qu’elle aurait tenté de rendre jaloux en s’offrant une relation très médiatique avec Dodi al-Fayed. Et c’est tout. L’approche psychologique s’arrête là.

Ses combats humanitaires sont à peine esquissés et ne servent que de prétexte à une conclusion grotesque, style Zorro est arrivé, sur l’impact qu’elle aurait eu sur la diminution de l’utilisation des mines antipersonnel.

Le film tourne donc en rond entre des roucoulades d’une grande banalité, des disputes sur la difficulté d’être mondialement connue et des représentations officielles où Diana arbore ses robes les plus emblématiques.

Face au vide du rôle et de la mise en scène, la pauvre Naomi Watts, étonnante de ressemblance, semble parfois perdue, incapable de sauver du naufrage un récit bien trop factuel, dépourvu de dimension universelle ou de réflexion sur la vie menée par les "grands" de ce monde, les dangers de la célébrité derrière laquelle on court tant ou sur l’envers des rêves qu’on nous impose via des images bien trop glamour pour être vraies. Bref, ce film-là, en plus de ne rien nous apporter, ne rend vraiment pas hommage à Diana.

Biopic

Réalisé par Oliver Hirschbiegel

Avec Naomi Watts, Naveen Andrews, Douglas Hodge, Juliet Stevenson, Geraldine James

Durée 1h48

Riddick : 0/10

Riddick revient. Et il n’est pas tout seul. Il a un chien

Vous n’imaginez pas le nombre de fois où l’on m’a laissé pour mort… Alors, tout ceci n’a rien de nouveau."

Non, Riddick, t’es pas tout seul, mais tu fais honte à voir. Allez, viens ! Il me reste trois sous, on va aller se les boire chez la mère Françoise. On causera de Pitch Black(2000), du temps où t’étais un vrai, un dur, un nyctalope dans un petit budget, un western crépusculaire de science-fiction.

Viens, on se rappellera que, va savoir pourquoi, on t’a demandé de sauver l’humanité dans le boursouflé Chroniques de Riddick : Dark Fury (2004). Et trois sous, c’est pas assez pour tourner la suite normale des Chroniques, aussi ton interprète Vin Diesel a hypothéqué sa baraque. Tu vois, t’es pas tout seul. Oui, on t’a lâché, seul, sans kit et sans couteau sur une terre inhospitalière avec un flash-back bidon pour expliquer que c’était la suite, Riddick.

Arrête tes grimaces. Soulève tes cent kilos de muscles. Fais bouger ta carcasse. T’es pas tout seul. Regarde, on t’a offert un chien, Riddick, pour que t’aies l’air moins morne. Et, bien que c’est pas ton habitude, on t’a même écrit des répliques pour que tu fasses drôle.

Oui, balade-toi à poil sur une montagne au coucher du soleil pour montrer que t’as la forme. Étripe des bestioles au ralenti. Enfin, c’est vrai que t’es un peu tout seul sur cette planète, mais appelle des mercenaires qui veulent ta tête. Tu leur feras peur de ta voix de vibromasseur et tu les trucideras. Au moins, pour ça, t’es pas une brêle.

Oui, Riddick, tu vois, t’es pas tout seul ! T’es au cinéma où les gens viennent te voir, se payer ta tête.

Action

Réalisé par David Twohy

Avec Vin Diesel, Katee Sackhoff, Jordi Molla, Matt Nable

Durée 1h59

La grande bellezza : 6/10

Une visite décalée ou souvent drôle de Rome

RÉSUMÉ. Journaliste à la plume acerbe, critique de théâtre au regard dubitatif, écrivain dont le seul roman connut un succès énorme voici… 40 ans, Jep Gambardella est surtout reconnu pour son sens de la fête, de l’élégance à la romaine et des mondanités. Il n’a pas son pareil pour fréquenter les endroits les plus branchés de la capitale romaine ou discuter interminablement de tout et de rien dans les plus beaux lieux de la ville.

NOTRE AVIS. Avec La grande bellezza, Paolo Sorrentino marche sur les traces de Federico Fellini et de son mythique Fellini Roma. Via l’expérience personnelle d’un dandy fêtard italien, il nous entraîne tantôt sur les toits de la capitale pour voir le Colisée briller sous les éclairages nocturnes, tantôt dans des palais privés dans lesquels personne ne vient admirer les richesses archéologiques la nuit, avant d’entamer un détour par de gigantesques soirées dansantes dans des parcs magnifiques ou des bâtiments futuristes. Autant de lieux auxquels on n’accède généralement pas lors d’un voyage en Italie.

Une visite touristique un peu trop longue, mais souvent séduisante par la grâce de dialogues cyniques, ironiques, merveilleusement décalés balancés avec une nonchalance irrésistible par l’épatant Toni Servillo.

Cette comédie au charme évident, qui débute étrangement par une soirée techno des plus bruyantes, se déguste comme un petit vin frais un soir d’été, le sourire aux lèvres, juste par plaisir. Les amateurs de cinéma raffiné, lent et quelque peu décadent, vont adorer.

Comédie

Réalisé par Paolo Sorrentino

Avec Toni Servillo, Sabrina Ferilli, Isabella Ferrari

Durée 2h22


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