Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi

Le mercredi, c'est le jour des sorties! Un petit tour dans les salles obscures s'impose.

P.L., B.F. et A.L.
Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi
©DR

Prisoners: 10/10

RÉSUMÉ: Deux familles fêtent Thanksgiving, dans la banlieue de Boston. Les parents traînent dans le salon, les ados dans une chambre, les deux fillettes jouent. Arrive la fin de la journée. Ces dernières sont introuvables…

NOTRE AVIS: Prisoners a tous les attributs du thriller : enlèvement d’enfants, familles déchirées, un flic solitaire, instinctif et obstiné, deux suspects troubles… Devant une autre caméra, cela n’aurait été qu’un (bon) film noir de plus. Comme au début d’Incendies, adaptation éblouissante de la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad, nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2012, les premières images de Prisoners campent d’emblée une ambiance qui enveloppe le spectateur. Le Canadien Denis Villeneuve confirme qu’il est un authentique cinéaste, en ce sens qu’il est doté d’une vision, d’un point de vue.

Tout en assumant la dimension fictive et dramatique de son scénario, il le teinte d’un réalisme saisissant. Impossible, surtout en Belgique, que le souvenir d’un fait divers authentique ne vienne pas à l’esprit. Ce trait distinctif situe Prisoners dans la continuité des œuvres précédentes du réalisateur. Dans Polytechnique (2009) et Incendies, déjà, le réalisateur prenait le parti de la fiction pour revisiter des marronniers de nos journaux télévisés (une tuerie dans un lycée, une guerre civile au Proche-Orient).

Ici, ce fait divers si commun, si passionnel, lui permet d’interroger la pulsion de justice et de vengeance, tout aussi banalisée. On ose même voir dans le personnage d’Hugh Jackman (patriote assumé et crypto-milicien) une métaphore de l’Amérique post-11 septembre, où la fin justifie les moyens, jusqu’au recours à la torture, abordée ici sans détour (mais sans voyeurisme). Le réalisateur évite tout manichéisme, dans un sens comme dans l’autre, au profit de la subtilité et de la nuance. Le titre donne la grille de lecture : chaque personnage est prisonnier de la situation, de son rôle, de ses émotions, de son ou de ses croyances. Prisoners, s’il remplit son contrat de thriller à suspense, offre aussi une fine exploration psychologique des deux figures d’autorité par excellence : le père et le flic. Et ces piliers de la société n’ont plus confiance en elle, pas plus que l’un en l’autre.

La forme est à la hauteur des ambitions du réalisateur : sens du cadre, de la lumière, décors d’un triste réalisme, direction d’acteurs sans concession… Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal en sortent gagnants, retrouvant des rôles dignes de leur talent. Fait révélateur (et rare pour des acteurs de leur notoriété) : on les oublie au profit de leur personnage. S’il est impeccable, aussi, Paul Dano est, par contre, dans un registre déjà plus familier - donc prévisible. L’interaction des parents et des enfants brosse de quelques traits sûrs le caractère de chacun. Avec une narration à nouveau ample, Villeneuve embrasse plusieurs points de vue, s’attarde sur un arc narratif puis l’autre. Mais il n’égare jamais le spectateur. Certains personnages pourront disparaître plus d’une demi-heure, mais à leur retour on ne les aura pas oubliés, tant Villeneuve parvient à les caractériser avec brio.

Au final, Denis Villeneuve évite l’artificialité du commun des thrillers commerciaux, pour réussir haut la main son examen d’entrée hollywoodien avec un film à même de convaincre autant le grand public que les cinéphiles exigeants. Qu’il ait déjà trouvé le temps de boucler An Ennemy avec le même Gyllenhaal ne peut que réjouir…

La bande-annonce de "Prisoners" sur Cinebel


Rush: 8/10

RÉSUMÉ: Tête brûlée des circuits, joyeux fêtard, séducteur en diable, James Hunt ne pense qu’à une chose : s’amuser. Même sur les circuits, où son caractère imprévisible l’amène à prendre des risques insensés juste pour le fun et par goût immodéré de la victoire. Personne ne parvient à le battre. Pas même ce pisse-vinaigre de Niki Lauda. Mais quand ce dernier arrive avant lui en Formule 1, et chez Ferrari encore bien, cela le rend dingue. Il veut à tout prix le battre dans la catégorie reine. Ce qui ne sera pas chose aisée, son adversaire étant non seulement rapide et champion du monde mais aussi d’une minutie inouïe dans la préparation des voitures et d’une rancune à la hauteur de son ego. La F1 s’apprête à vivre une saison mythique, celle de 1976.

NOTRE AVIS: Ron Howard reste un réalisateur totalement imprévisible, capable de petites merveilles (Willow, Apollo 13, Frost/Nixon) au milieu d’une flopée de productions typiquement hollywoodiennes sans grande personnalité (La rançon, Ed TV, Le Grinch ou Da Vinci Code). Par bonheur, Rush entre dans la première catégorie. Celle des films qui marquent leur époque ou un genre bien particulier.

À des années-lumière des lamentables Michel Vaillant, Jours de tonnerre ou Driven, Rush ne se contente pas de nous glisser dans le baquet d’un bolide lancé à 300 km/h ou de faire l’apologie du champion bien décidé à passer en premier devant le drapeau à damier en dépit des manœuvres de ses adversaires. Il nous place au cœur d’une véritable rivalité entre deux pilotes d’exception aux tempéraments diamétralement opposés, James Hunt et Niki Lauda.

Ces deux-là se détestent au point de se surpasser pour écraser l’autre. La guerre entre eux ne se limite d’ailleurs pas à la piste. Dans les paddocks ou lors des conférences de presse, ils ne manquent jamais une occasion de se décocher des flèches et de retourner le couteau dans la plaie. Une attitude qui, paradoxalement, débouche sur une certaine forme de respect. Mais aussi une saison dont tous les amateurs de Formule 1 se souviennent.

Intelligemment, Ron Howard ne prend pas parti entre les champions, dont il dévoile autant les ambitions dévorantes et l’arrogance que les facettes plus séduisantes. Il n’y a pas un bon et un méchant, mais deux champions à l’ambition dévorante qui incarnent deux conceptions diamétralement opposées du sport et de la vie. Par certains aspects, Rush (duels au soleil ou sous la pluie avec tension psychologique captivante) tient plus du western que du film sportif. Ce qui permet à Chris Hemsworth de démontrer qu’il vaut bien mieux que l’insipide Thor ou à Daniel Brühl de confirmer tout le bien qu’on pensait déjà de lui dans Good bye Lenin ou Inglourious basterds. Les images de leurs confrontations défilent longtemps dans la tête, même après le franchissement de la ligne d’arrivée. Et la belle réflexion sur les motivations des sportifs, certains boulimiques recherchant les titres et la gloire tandis que d’autres ne trouvent plus la force de tout sacrifier une fois le but atteint.

Même si ce n’était pas trop difficile de faire mieux que les prédécesseurs, incontestablement un des meilleurs films que l’on ait vu sur le sport automobile.

La bande-annonce de "Rush" sur Cinebel


2 Guns: 2/10

RÉSUMÉ: Bobby et Marcus braquent une banque dans un trou perdu. L’affaire s’annonce juteuse, c’est l’argent des narcos. Premier problème, il y a beaucoup, beaucoup trop de fric pour que cela ne fasse pas de vagues. Deuxième problème, Bobby et Marcus sont tous deux des agents infiltrés, l’un des stups, l’autre, de l’armée, croyant chacun que son coéquipier est un gredin. Troisième problème, ils se sont fait tous les deux doubler par leurs supérieurs. Quatrième problème, le magot est à la CIA. Et la CIA, elle ne rigole pas. Autant dire que les joyeux comparses sont dans une sacrée mouise et que ça va péter sec.

NOTRE AVIS: Denzel Washington (Bobby) et Mark Wahlberg (Marcus), les Ebony et Ivory de service, nous la jouent Arme fatale vingt ans plus tard. Ça sent bon la poudre, la testostérone, la tôle froissée et un peu le faisandé, mais c’est un peu le cas de tous les buddy movies musclés passé le début des années 90. 2 Guns a beau être tiré d’un comics récent, ce n’est jamais que la bonne vieille recette des deux types qui doivent éviter les balles tout en se lançant des piques.

Pour réussir ces deux pistolets à l’américain préparé, il n’y a pas de mystère, il faut de la bidoche (des sbires de tout poil pour faire monter le bodycount) et de la sauce. En l’occurrence, entre Washington et Wahlberg, la sauce a pris. Denzel, vieux singe, et Mark, chien fou, s’entendent comme un vieux couple viril.

Sans grande finesse, l’américain a le mérite de remplir la panse et de ne pas rester sur l’estomac, au contraire de la daube. Aussi vite ingéré, aussi vite oublié.

La bande-annonce de "2 Guns" sur Cinebel


Eyjafjallajökull (Le volcan): 4/10

RÉSUMÉ:  Certains divorces n’apaisent pas les rancœurs. Comme celui d’Alain et Valérie. Qui se détestent de tout leur cœur. Manque de chance, l’explosion du volcan islandais Eyjafjallajökull entraîne l’annulation de tous les vols en Europe. Or, ils doivent absolument se rendre en Grèce pour le mariage de leur fille. Par la force des choses, ils vont devoir faire alliance pour tenter d’atteindre leur but. Tout en se faisant subir un maximum de vacheries et de coups tordus, bien entendu.

NOTRE AVIS: Chaque film avec Dany Boon à l’affiche constitue un événement : les occasions de rire sont trop rares pour les snober. Une attente publique énorme qui pousse parfois les scénaristes à tomber dans le piège de la facilité. Comme lors de l’écriture de cet Eyjafjallajökull (tout le monde dit Le volcan, rassurez-vous) au scénario totalement invraisemblable et rarement inspiré. L’enchaînement des situations improbables et des personnages grotesques n’arrache que rarement des sourires.

Et pourtant, l’ensemble se révèle malgré tout plutôt divertissant. Par la grâce d’une opposition sans faille entre deux sadiques qui se détestent tout en gardant des sentiments l’un pour l’autre. Les phrases assassines succèdent aux coups de poignard dans le dos avec une efficacité certaine. Ce Volcan démontre donc qu’un scénario insipide peut être sauvé par des répliques mordantes et deux acteurs capables de les servir bien saignantes. Il n’y a pas de quoi crier au génie ni même se ruer dans les salles de crainte de rater l’événement de l’année, mais pour se détendre après une dure semaine de travail, c’est tout à fait acceptable.

La bande-annonce d'"Eyjafjallajökull" sur Cinebel


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