Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi

Le mercredi, c'est le jour des sorties! Un petit tour dans les salles obscures s'impose.

Patrick Laurent
Les critiques cinéma sur les sorties de ce mercredi

9 mois ferme: 8/10

Comédie

Réalisé par Albert Dupontel

Avec Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Bouli Lanners

Durée 1h17

Albert Dupontel signe une des meilleures comédies françaises de l’année.

RÉSUMÉ Aux fêtes de fin d’année, au palais de justice, cette vieille fille d’Ariane Felder est toujours la seule à travailler. Jusqu’à ce que ses collègues l’entraînent contre son gré dans une folle farandole. Six mois passent. Et l’austère juge qui lorgne la Cour suprême apprend avec consternation qu’elle est enceinte. Sans avoir le moindre souvenir des ébats. Les tests génétiques sont formels : le papa n’est autre que Bob Nolan, un cambrioleur du type "taré débile" soupçonné d’avoir tué une de ses victimes et mangé ses yeux ! Mais à sa connaissance, elle n’a jamais rencontré l’accusé qui croupit en prison.

NOTRE AVIS La rencontre de la glace et du feu, de l’intelligence et de la bêtise, de l’austérité et de la folie, de l’absence d’humanité et de l’empathie, voilà les extrêmes avec lesquels s’est amusé Albert Dupontel à l’occasion de sa cinquième réalisation. Tout oppose les deux protagonistes, amenés à ne se rencontrer qu’un court instant pour un jugement assassin dans un tribunal. Mais le destin facétieux bouleverse toutes les certitudes. Voire inverse les rôles, lorsque le futur papa enferme la magistrate pour l’empêcher de faire mourir le fœtus.

Les jugements de valeur, omniprésents, prennent alors par l’absurde une tournure humoristique. Tout comme les opinions à l’emporte-pièce basées un peu trop vite sur des impressions parfois trompeuses ou les fonctions qui impressionnent.

Derrière les délires et la mise en scène qui lorgne parfois les gros clichés des films policiers et d’horreur, Albert Dupontel s’attaque une nouvelle fois aux travers de notre mode de vie trop sérieux, aux jugements péremptoires, aux personnes trop sûres d’elles, aux apparences trop nettes, aux incultes pas si idiots que cela, aux policiers qui bafouent les lois, à tous les faux-semblants aux conséquences insoupçonnées.

S’il tient à merveille le rôle du repris de justice instable, inquiétant, pas trop équipé du côté des neurones mais suffisamment rusé pour s’en sortir, il offre surtout à Sandrine Kiberlain un de ses plus beaux rôles. Tout en froideur assumée, en émotions retenues, en répliques dénuées de sentiment, elle campe admirablement une femme d’esprit plus que de cœur qui n’a pas conscience de mener une vie bien trop étriquée. Les décalages qu’elle apporte génèrent encore un peu plus de folie, de rires.

Cette comédie tantôt naïve tantôt noire, qui alterne l’humour visuel (l’avocat bégayeur grandiloquent ou le juge qui encaisse les coups) et les répliques magistrales ainsi qu’un numéro grandiose de Bouli Lanners en policier voyeur incapable de tenir sa langue en poche, constitue une des meilleures surprises du cinéma français cette année. Albert Dupontel ne s’est pas encombré de scènes inutiles (son film ne dure qu’une heure dix-sept) pour ne garder que le cœur du sujet, à l’instar des fables d’autrefois. Verdict: à voir absolument.

Patrick Laurent

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet: 6/10

Comédie

Réalisé par Jean-Pierre Jeunet

Avec Kyle Catlett, Helena Bonham Carter, Judy Davis

Durée 1h45

Un grand film familial plein d’aventure, de fantaisie, d’émotion.

RÉSUMÉ Dans un ranch du Montana, on a retrouvé Jean-Pierre Jeunet dans sa forme d’Amélie Poulain mais en compagnie de T.S. Spivet, un gamin plus jeune mais au destin tout aussi fabuleux. T.S. Spivet vit entouré de son papa, un cow-boy avec un lasso et sa maman qui collectionne les insectes. Il y a aussi une grande sœur qui veut devenir actrice et un frère jumeau. Et ça, c’est génial car il y a toujours quelqu’un de son âge pour jouer. Sauf qu’un jour, un accident avec un fusil, plus de frère jumeau !

Le drame est évacué hors champ, en trois plans, sans pathos, mais il va laisser des traces aussi profondes qu’invisibles. Ce vide béant, T.S. va le remplir avec une vocation contractée lors de la visite d’un musée. Il sera inventeur. De quoi ? Du mouvement perpétuel. Il se met tout de suite au travail et sa roue magnétique enthousiasme le Smithsonian qui lui décerne son prix annuel, ignorant que l’inventeur a dix ans. Comme ses parents. ne comprendraient pas, ni sa sœur, il va devoir se débrouiller tout seul pour rejoindre Washington DC.

NOTRE AVIS On se souvient du Paris idéalisé d’Amélie Poulain, Jeunet nous emmène dans son Amérique imaginaire avec sa ferme Playmobil, son interminable train de marchandises traversant des paysages sublimes, les silos en béton qui balisent la campagne, les usines en briques rouges. Tout au long, il nous raconte une aventure avec du suspense, de l’humour, une gamine sur une balançoire, des adultes cupides et un petit Mozart des sciences. Jeunet s’éclate car il a toujours plein d’idées, plein de savoureuses saynètes et puis il a un défi à relever : faire quelque chose de pertinent de la 3 D. Cette possibilité technique devrait définitivement être réservée aux auteurs au lieu des vendeurs de pop-corn. Après Scorsese, Wenders, Herzog, Jeunet apporte une jolie idée en s’en servant comme des phylactères.

Logique, le film a un côté bédé, même un peu Tintin. N’est-ce pas le sous-marin requin du Pr Tournesol qu’on entrevoit dans une salle du Smithsonian ?

Cette Amérique est tellement rêvée qu’on ne sait jamais très bien à quelle époque on se trouve. On se croit d’abord dans les années 50 pour finalement constater que le récit se déroule aujourd’hui. Un récit où la science ne manque pas de fantaisie, de poésie, de machinerie et de faire ici le lien avec l’univers du Tim Burton originel (et encore original) de Pee-Wee et de Beetlejuice. Rapprochement étançonné par sa muse Helena Bonham Carter.

Avec T.S. Spivet, Jean-Pierre Jeunet réussit un grand film familial avec du rêve américain, de l’aventure, de la nostalgie, de l’émotion contenue et un aussi un surprenant coup de gueule qui explose sans prévenir à l’encontre de ces armes qu’on met dans les mains des enfants américains comme si c’était une poupée ou un camion de pompiers.

A. S.

La tendresse: 6/10

Comédie

Réalisé par Marion Hänsel

Avec Olivier Gourmet, Marilyne Canto, Sergi Lopez, Adrien Jolivet

Durée 1h18

La tendresse : une bouffée de douceur délivrée par Marion Hänsel.

RÉSUMÉ Quand leur fils se casse une jambe lors d’une randonnée en haute montagne, Lisa et Frans prennent aussitôt l’auto, quittent Bruxelles en direction des Alpes. Comme si les 15 ans de séparation n’avaient jamais existé. Ou si peu.

NOTRE AVIS Léger comme un souffle doux, court comme une pensée fugace, le film de Marion Hänsel ressemble à un long clip de La tendresse, chantée par Bourvil. L’amour a disparu, l’attirance aussi, pour laisser place au respect. Les défauts si agaçants autrefois font désormais sourire. Et les vieilles complicités refont même parfois surface au détour d’une mésaventure sur l’autoroute ou d’un entêtement un peu ridicule.

À l’écran, il ne se passe strictement rien. Seule l’ambiance compte. Histoire de démontrer qu’il est possible de se quitter sans déclencher l’artillerie lourde dans une guerre bien trop souvent de mise entre ex-conjoints.

La démarche est belle mais paraît fort légère, même pour un film aussi court. Les âmes tendres se délecteront de cette bouffée de tendresse, de générosité, d’intelligence du cœur. Les autres ne vont, hélas peut-être, pas au cinéma pour voir cet ovni au fil conducteur ténu, en totale opposition au cynisme ambiant.

P. L.

Lettre à Momo: 6/10

Animation

Réalisé par Hiroyuki Okiura

Durée 2 h 00

Un film d’animation japonais sensible, profond, mais trop long.

RÉSUMÉ. Au décès de son papa, Momo n’a d’autre choix que de suivre sa mère loin de Tokyo, sur une île paisible où habite sa grand-tante. En main, l’ébauche de lettre de son papa qui ne contient que les mots "Chère Momo". En mémoire, les derniers mots cruels qu’elle lui a balancés juste avant son départ alors qu’elle lui avait réservé une surprise. Déphasée, solitaire, Momo est d’autant plus perturbée dans son environnement qu’elle est la seule à voir trois Yokai, des monstres étranges et gloutons qui la suivent partout sans lui expliquer pourquoi.

NOTRE AVIS. Quatorze ans après Jin-Roh, la brigade des loups, Hiroyuki Okiura (par ailleurs animateur sur Metropolis, Innocence - Ghost in the shell 2 ou Naruto - La légende de la pierre de Guelel) signe son deuxième film d’animation en rendant hommage à son idole, Isao Takahata (Le tombeau des lucioles), et aux légendes japonaises.

Couronné de très nombreux prix, Lettre à Momo charme par sa finesse, sa sensibilité, ses thèmes très adultes (la mort d’un papa, une maman qui reprend goût à la vie en retrouvant ses racines) mais aussi par l’humour burlesque, limite grotesque, des Yokai. La fillette évolue, s’adapte, ne capte pas des idées qui volent bien au-delà de son entendement et se laisse parfois aller à des facéties pour le seul plaisir de faire mousser les monstres auxquels elle s’habitue contre son gré.

À des années-lumière des productions américaines, aussi bien en termes d’animation (plus saccadée, rigide) que dans la philosophie développée (bien moins simpliste), cette plongée dans les états d’âme et les remords d’une fillette dépassée par les événements qu’elle trouve injustes parvient souvent à toucher les cordes sensibles ou à amuser.

Et pourtant, deux bémols viennent ternir l’impression d’ensemble. Tout d’abord, une longueur excessive, due à des redites inutiles. Ensuite, et surtout, une conclusion fort décevante, qui manque elle aussi cruellement de légèreté. Souvent, la magie perd de son charme au regard d’explications qu’il aurait été préférable de couper pour laisser les imaginations s’envoler.

Patrick Laurent

The mortal instruments : la cité des ténèbres: 2/10

Fantastique

Réalisé par Harald Zwart

Avec Lily Collins, Lena Headey, Jonathan Rhys Meyers, Kevin Zegers, Jamie Campbell Bower, Robert Sheehan

Durée 2h10

La suite de ce blockbuster fade est reportée à une date indéterminée en raison de l’échec retentissant au box-office.

RÉSUMÉ À 15 ans, lors d’une soirée new-yorkaise, Clary connaît la frayeur de sa vie. Elle voit des êtres étranges que personne d’autre ne remarque. Le mystérieux Jace lui révèle qu’à l’instar de sa maman qui vient de disparaître, elle fait partie de la lignée des Chasseurs d’ombre, en guerre contre les Créatures obscures, mi-humaines mi-démons. Va falloir s’y faire : sa vie se complique. D’autant que son meilleur ami, Simon, n’apprécie pas trop l’intrusion de Jace.

NOTRE AVIS Tous les producteurs hollywoodiens ont la même obsession : dégoter la nouvelle saga fantastique pour ados susceptible de marcher sur les traces lucratives d’Harry Potter, Twilight ou Hunger Games. Percy Jackson, Sublimes Creatures ou ce Mortal instruments n’ont été tournés que dans cet objectif financier. Sans réel souci d’originalité.

L’adaptation de la saga en six tomes de Cassandra Clare évoque Underworld pour la noirceur du monde parallèle et les conflits sans fin entre ennemis jurés, Twilight pour le triangle amoureux et l’attachement de l’héroïne à deux mondes différents (celui des humains et des êtres fantastiques), Harry Potter pour les amitiés floues de l’adolescence ou l’invisibilité.

Lily Collins, qui a décidément tout d’une future grande, porte fort bien le film sur ses épaules, aussi à l’aise dans l’action que dans les passages plus tendres. Les effets spéciaux sont eux aussi réussis, mais cela devient banal de l’écrire, tant cela fait partie du cahier des charges de base des blockbusters. Comme souvent, le vrai point faible vient du récit. Dénué de rebondissements surprenants, de profondeur dans la description des protagonistes réduits à de simples caricatures combattantes, d’humour et, surtout, de passion. L’aventure ne prend jamais aux tripes. Elle ne captive même pas.

Tout est tellement affadi par la moulinette hollywoodienne que le spectacle défile pour être aussitôt oublié. Le box-office américain s’est révélé si catastrophique (32 millions de $ de recettes pour un budget de 60 millions) que la suite a d’ores et déjà été reportée à une date indéterminée. Tout est dit : cet instrument-là n’a absolument rien de mortel.

P. L.








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