Sorties de la semaine: un vieil homme prend le pouvoir sur des vampires

"Nebraska", un portrait magnifique, triste drôle et touchant de l'Amérique profonde, est le film à découvrir cette semaine. Jim Jarmusch et son Twilight revisité n'ont qu'à bien se tenir.

Patrick Laurent
Sorties de la semaine: un vieil homme prend le pouvoir sur des vampires
©Reporters

NEBRASKA

RÉSUMÉ 

Sur une autoroute du Montana, erre, en sens contraire, un vieil homme, Woody Grant. Sa démarche est lente, pénible. Interrogé par un policier bienveillant, il refuse de s’arrêter. Il se rend au Nebraska, à plus de mille kilomètres de là, pour décrocher le million de dollars qu’une pub lui a promis. Les conditions en petits caractères lui importent peu : aux USA, une parole est une parole, et il est écrit qu’il a gagné. Incapable de le faire changer d’avis et las de devoir chaque fois le rattraper sur la route, son fils décide d’effectuer le voyage avec lui en voiture.


NOTRE AVIS 

Avec Nebraska , Alexander Payne fait la synthèse des trois films qui l’ont rendu célèbre. L’intrigue est centrée sur un homme à la retraite, comme dans About Schmidt , le thème central est celui de la transmission comme dans The Descendants et le ton, parfois extrêmement drôle derrière des façades pathétiques, rappelle celui de Sideways . Loin de virer au patchwork, l’exercice lui permet d’aborder les ravages du temps sous l’angle d’une comédie finalement optimiste, tendre, révélatrice de tout ce qu’on peut apporter aux autres quel que soit son âge.

Derrière l’entêtement du vieux Woody ne se cache pas que le début de la sénilité. Mais aussi un rêve, celui d’épater une dernière fois son frère qu’il n’a plus vu depuis des années, ses neveux grossiers prêts à tout pour lui piquer son fric et tous ses pseudo-amis d’autrefois obnubilés par le moyen de l’arnaquer pendant qu’ils font des courbettes. Homme simple, modeste, Woody n’a pas besoin de cet argent mais d’un dernier coup d’éclat en rentrant chez lui au volant d’une voiture neuve, même si son permis de conduire lui a été retiré voici bien longtemps.

À travers les rôles secondaires veules, tous les losers pathétiques qui ne réfléchissent jamais qu’en termes de dollars, Alexander Payne tire un portrait à la fois désopilant et triste de l’Amérique profonde, celle qu’on cache pour ne pas gâcher l’image du rêve relayé par Hollywood. Boursouflés de suffisance et de hamburgers, amers, ils discutent en experts de voitures impayables, de matchs de foot, de pubs, d’un passé largement inventé et d’un futur qui aurait dû être brillant si le monde entier ne s’était pas ligué contre eux. Le tout en sifflant des bières.

En toile de fond, ils rendent amusante l’histoire touchante de ce vieil homme que seul son fils continue de soutenir, envers et contre tout. Et même si c’est un peu long, difficile de ne pas craquer pour Woody, magnifiquement incarné par Bruce Dern. À des lieues des divertissements à grand spectacle, Nebraska apporte du rire, des sentiments profonds, de l’humanité. Un de nos coups de cœur du dernier Festival de Cannes.



ONLY LOVERS LEFT ALIVE

RÉSUMÉ

Depuis des siècles, Adam et Ève se courtisent, se rapprochent, se séparent. Dépressif, le vampire mélomane des quartiers désaffectés de Detroit se fait livrer des poches de sang issues des hôpitaux, pour éviter toute contamination qui pourrait se révéler fatale. La belle, plus portée sur la littérature, les beaux objets et la nourriture épicée, avoue un petit faible pour la ville de Tanger. Qu’elle doit quitter lorsque son fournisseur de sang trépasse. Pourquoi, dès lors, ne pas s’offrir un petit voyage aux USA pour retrouver son éternel amour ?


NOTRE AVIS

Jim Jarmusch possède le chic pour donner de la classe et de l’élégance aux récits les plus inconsistants. Après avoir revisité la légende de Don Juan dans Broken Flowers ou des samouraïs dans Ghost dog , l’amoureux des ambiances nocturnes ( Night on earth ) s’attaque conjointement à la toute première histoire d’amour biblique et au romantisme vampirique popularisé par Twilight . Le tout, avec une infinie lenteur paradoxale pour des êtres capables de se déplacer à des vitesses phénoménales.

Comme souvent chez lui, le récit n’a que peu d’intérêt. Il lui offre avant tout l’occasion de se balader dans les univers rock de son cœur, les ambiances feutrées des fins de soirée arrosées, les décors déprimants d’une ville ravagée soudain sublimés par la nuit et ses faibles éclairages ou des séquences avant tout symboliques de la violence, la cupidité et la déshumanisation de notre monde contemporain.

Par moments, l’exercice de style se révèle fascinant, évocateur d’une douce et inexorable décadence. Mais sur la longueur, il finit par lasser, faute de rebondissements ou d’intrigue psychologique. C’est beau, mais un peu creux.




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