Clavier: "Au maximum, j’évite d’être con !"

Christian Clavier regrette l’emprise du politiquement correct sur les comédies.

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Clavier: "Au maximum, j’évite d’être con !"

Christian Clavier regrette l’emprise du politiquement correct sur les comédies.

Voici trois ans, Christian Clavier signait une comédie, On ne choisit pas sa famille. Dont le titre aurait très bien pu convenir à celle de Philippe de Chauveron, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui sort mercredi en salle. "Ce n’est pas faux. L’ode à la diversité, c’est une bonne formule. C’est ce qu’on a voulu dire, mais sous forme de comédie, essentiellement pour faire rire."

Le racisme est un thème difficile pour une comédie : trash, ça fait rire mais ça choque, politiquement correct, ce n’est pas drôle…

"Absolument. Ici, le scénario est extrêmement bon. Les dialogues de tous les personnages aussi. Le piège, ce serait de targeter un couple un peu réac. Ce serait la facilité absolue, culturellement correct, et cela serait caricatural. Ici, les gendres et les filles sont traités de manière assez fouillée. C’est authentique et gonflé. Cela défoule. Il n’a pas peur de choquer éventuellement, tout en ayant du respect et de l’empathie pour les personnages."

Dans le film, il est dit : "On est tous un peu racistes dans le fond". Vous êtes d’accord ?

"Non. C’est dit pour édulcorer les rapports difficiles avec le beau-père, mais je ne pense pas que profondément, les gens soient racistes."

C’est un sujet qui tombe juste dans l’air du temps…

"Effectivement, le film peut entrer en connexion avec les préoccupations du moment. Mais ça, on ne peut jamais le savoir."

Est-ce que l’envie de faire rire se modifie avec l’âge ?

"Non, pas du tout. C’est de pire en pire ! À partir du moment où les gens qui vous entourent, le public ou les gens que vous rencontrez attendent ça de vous, vous pouvez vous le permettre : vous savez que cela sera pris au bon niveau. Vous vous amusez donc tout le temps, ou presque car la vie n’est pas faite que d’amusement. Vous avez une permission plus importante que quand vous êtes jeune. C’est un délice. En comédie, on prémédite peu. Ça marche surtout à l’instinct. Ce sont souvent les personnages, dans les situations, qui écrivent les dialogues."

Vous n’êtes pas parfois tenté, sur base de votre expérience, d’influer sur la mise en scène ?

"Au maximum dans mon métier, j’évite d’être con. Je me tiens donc relativement à ma place. Quand cela vous fait rire, quel est le besoin de changer ? On ne se retrouve dans cette problématique que si c’est raté, mais alors, vous avez mal lu le scénario."

Vous ne trouvez pas que les comédies sont moins percutantes aujourd’hui ?

"Je voudrais éviter de faire des généralités. Mais on est beaucoup moins libre. Le politiquement correct a repris le dessus. Considérablement. Il y a donc beaucoup de choses un peu formatées. Mais il suffit de s’en débarrasser : les auteurs ont le même talent. J’ai le sentiment qu’il y a des choses à jeter par-dessus bord pour le moment. Ce film-ci me fait rire parce qu’’il n’a pas une posture morale. La moralisation a bon compte a envahi considérablement tout l’univers de nos sociétés. Cela devient pénible. On rencontre tellement de décideurs qui nous disent que les choses ne sont pas possibles en se basant sur des sondages supposés dire ce qu’aimeraient ou pas les gens. Quand j’ai commencé, les sondages n’existaient pas. Maintenant, on se demande si ce qu’on va faire va être acheté. C’est l’obsession. Moi, j’aime prendre des risques. J’adore quand ça marche, je ne suis jamais blasé d’un succès, et je suis toujours affligé d’un échec, mais on ne sait jamais ce qui va marcher. Si on vous dit que c’est ça qui va marcher, c’est probablement la chose à ne pas faire. L’époque est devenue conventionnelle."

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