17 minutes de sexe... et puis plus rien! Découvrez notre critique du film tant attendu "50 Nuances de Grey"

On en parle depuis des semaines, la voilà enfin de sortie: la romance érotique si attendue de Sam Taylor-Johnson. Du sexe, il y en a mais qu'en ont pensé nos spécialistes cinéma? Critique (et avis d'une sexologue).

Isabelle Monnart et Romain Demoustier
17 minutes de sexe... et puis plus rien! Découvrez notre critique du film tant attendu "50 Nuances de Grey"
©Montage

Un film qui n’a de sexy que sa réputation, fidèlement adapté du roman à succès d’E.L. James

RÉSUMÉ

Au pied levé, Anastasia Steele remplace sa coloc malade pour l’interview de Christian Grey, un très sexy milliardaire de 26 ans. Elle déboule dans son bureau à quatre pattes (Dieu, qu’elle est maladroite) et ne tarde pas à tomber sous son charme ténébreux. Elle ignore, toutefois, que Christian n’a pas de l’amour la même idée romantique qu’elle. Là où elle voit de petits cœurs et des fleurs, il pense menottes et cravaches. Se noue, entre eux, une relation de dominant à soumise où chaque geste est sous contrôle. Ou presque.


NOTRE AVIS

À roman cul-cul, film cul-cul. On n’attendait pas grand-chose de Cinquante nuances de Grey dans sa version ciné, on n’a donc pas pu être déçue. Énervée, un peu, amusée, beaucoup. Et navrée, aussi, du début à la fin, devant tant de platitude. On s’explique.

Si le livre d’E.L. James n’avait de sulfureux que sa réputation, on doit bien admettre que certaines scènes, à défaut d’être torrides, étaient assez, disons, osées (celle du tampon, par exemple). Mais la commission de censure américaine étant passée par là, tous les moments un rien croquignolets ont été laissés au placard. Du coup, le sommet du coquin, dans le film de Sam Taylor-Johnson, c’est une scène d’amour où Dakota Johnson, attachée au lit, se fait prendre en levrette…

Et tout ça à grands coups de gros plans sur les visages des acteurs, voire sur un nombril ou une fesse, le poil étant l’ennemi absolu des censeurs au pays de l’Oncle Sam. On saluera, à ce titre, l’habileté et la créativité dont a dû faire montre la réalisatrice.

Pour le reste, tout le reste (si l’on excepte les 17 minutes de sexe, certains collègues s’ennuyant tellement qu’ils ont chronométré), on navigue entre du déjà-vu (le dressing de Christian Grey ressemble à s’y méprendre à celui vu dans 9 semaines ½, autrement plus sexy et subversif, soit dit en passant, la balade en hélicoptère rappelle celle de Proposition indécente , et on en passe) et la collection Arlequin. Ana est tentée, Ana hésite, Ana se mord la lèvre, Ana est amoureuse, mais Ana est triste, Ana danse sur Sinatra, etc. Quant à Christian Grey, que dire ? À la lecture du livre, on pouvait encore se faire son petit fantasme, imaginer le personnage, voire l’acteur qui conviendrait. Mais là, c’est foutu : si vous n’êtes pas client(e) de Jamie Dornan, tout s’effondre. Chacun(e) ses goûts, nous direz-vous. Sauf qu’au sortir de la projo, on n’a pas trouvé beaucoup (en fait aucune) de consœurs qui le trouvaient convaincant et/ou sexy. On a eu droit à du "insipide", "quelconque", "pas assez mystérieux", "pas du tout pervers" ou du carrément "moche" . Et dire qu’il va falloir se coltiner deux suites…

--> Cinquante nuances de Grey. Romance érotique. Réalisé par Sam Taylor-Johnson. Avec Dakota Johson, Jamie Dornan, Jennifer Ehle. Durée 2 h05. minutes


"Le film peut réveiller les fantasmes"

Mais la sexualité montrée ne doit pas être considérée comme une norme, selon la sexologue Alexandra Hubin.

Alexandra Hubin anime Les Sexperts sur DH Radio le dimanche soir dès 20 h. Elle a eu la chance de voir le film 50 nuances de Grey avant tout le monde. Selon elle, même s’il est plus érotique qu’explicite, il peut fonctionner comme un déclencheur chez les couples qui auraient envie de pimenter leur vie sexuelle. Entretien.

La réalisatrice, Sam Taylor-Wood, a opté pour un film qui prend ses distances par rapport au livre, en particulier sur le plan sexuel. Peut-il être vu par toutes les femmes ?

"Oui, toutes les femmes peuvent venir voir le film. Elles peuvent bien sûr y aller entre copines, sur le ton de la rigolade. Mais 50 nuances de Grey peut aussi, dans le cas où on viendrait le voir en couple, stimuler la communication entre les amoureux. La plupart des couples sont victimes de la routine au niveau sexuel. Pour y remédier, il est nécessaire d’y ajouter un peu de nouveauté. Même si le film met l’accent sur le sadomasochisme, rien n’empêche que chacun puisse y puiser des idées."

Est-ce que les réactions seront différentes qu’on soit homme ou femme face à ce film ?

"Je pense que les femmes y trouveront plus leur compte. Le film reste très suggestif et est fort axé sur les ressentis de la jeune Anastasia. De plus, l’acteur est particulièrement séduisant et peut beaucoup plaire. Pour les hommes, ils seront moins stimulés. La partie qu’alloue le film au sexe est très restreinte et peut en laisser plus d’un sur sa faim."

Est-ce que le film pourrait inciter certains couples à se lancer dans des pratiques sado-maso ?

"Il peut avoir une excitation en regardant le film sans pour autant avoir envie de passer à l’acte. Le film peut être un avant-goût à de nouvelles expériences. En ce qui concerne le sadomaso, il est important, si on passe à l’acte, d’être capable de définir des codes selon les limites de chacun."

Le film est interdit aux moins de 16 ans en Belgique. Des adolescents pourront venir y assister. Quelle image de la sexualité cela va-t-il leur renvoyer ?

"Les scènes du film sont loin d’être crues et ne montrent pas le sexe sous un aspect gynécologique. Pour peu que ces adolescents se soient déjà retrouvés confrontés à la pornographie, le film ne va pas leur apprendre grand-chose. Par contre, il ne faudrait pas que les jeunes filles calquent leur sexualité sur celle d’Anastasia, l’héroïne. Elle a directement des orgasmes, ce qui est rare au début de la vie sexuelle. Il ne faut donc pas penser que sa sexualité est une norme à laquelle il faut répondre. Il faut prendre le recul nécessaire et se dire que c’est juste un film. Il faut aussi éviter de s’embarquer dans des pratiques qui ne nous conviennent pas ou pour lesquelles on ne se sent pas prêt(e). L’important, c’est être à l’écoute de son corps et de ses envies."


Du rififi autour de l’adaptation

E.L. James a surveillé de près le destin cinématographique de son roman érotique…

(Reporters)

Le roman d’Erika Leonard James à peine sorti, les rumeurs d’adaptation au cinéma avaient fusé. D’aucuns croyaient pouvoir affirmer que c’est l’écrivain et cinéaste Bret Easton Ellis en personne - dont on connaît l’acidité et le mordant de la plume - qui serait à la réalisation. Des noms d’acteurs circulaient également : Robert Pattinson et Kirsten Stewart (parce que E.L. James était fan de Twilight ) ou Ryan Gosling et Scarlett Johansson.

Mais rien de tout ça à l’arrivée, donc. Côté mise en scène, le studio a choisi la Britannique Sam Taylor-Johnson, dont le seul fait d’armes, jusqu’ici, était un film sur les jeunes années de John Lennon. Et du côté des acteurs, on a abandonné la A-list, préférant choisir des visages moins (voire pas du tout) connus, pour plus de crédibilité.

Anastasia a donc le joli minois de Dakota Johnson, fille de Don et de Melanie Griffith. Quant à Christian Grey, c’est l’Irlandais Jamie Dornan qui s’y colle, lui qui jusqu’ici n’avait fait d’étincelles qu’en amant de Marie-Antoinette dans le film de Sofia Coppola.

Mais revenons à l’adaptation. C’est à la réalisatrice qu’a échu le travail, ainsi, bien sûr, qu’à la scénariste, Kelly Marcel. Bref, une affaire de femmes, mais qui n’était pas au goût de la romancière. Jugeant les dialogues trop plats, elle aurait menacé de boycotter le film et de dire tout le mal qu’elle en pensait sur les réseaux sociaux si ses lignes ne se retrouvaient pas dans la bouche des acteurs.

Manifestement, elle a obtenu gain de cause, tant le film nous a semblé, dans un premier temps, proche du roman. Les premières scènes sont, à cet égard, édifiantes : chaque détail y est. Hélas !, a-t-on envie d’écrire. Parce que le plus intéressant - et le plus gratiné - dans le très volumineux roman d’E.L. James, ce n’est pas la mise en place, longue, si longue.

En revanche, il a fallu, à la réalisatrice, faire preuve d’ingéniosité pour faire entendre la petite voix qui, dans le livre, murmure à l’oreille d’Anastasia, qui ne cesse de se tancer d’être aussi gourde. De même qu’elle a plutôt habilement contourné l’obstacle des mails et autres SMS qui apparaissent dans un coin de l’écran.

Pour le reste, les scènes les plus hot ayant donc disparu à l’écran, rendant tout ça fort mièvre, on vous conseille, si vraiment vous y tenez, de vous rabattre sur les livres, qui ressortent en coffret et en poche. Le bandeau vous est offert.


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