Les secrets de fabrication de l'Odyssée des Cousteau au cinéma

Interview de Jean-Michel Cousteau, le fils du Commandant, qui a fait modifier deux fois le scénario de L’Odyssée tout en travaillant avec ses enfants à un autre hommage à son père, L’Odyssea. Et il espère fêter ses 100 ans de plongée à 107 ans...

Patrick Laurent

Interview de Jean-Michel Cousteau, 78 ans, le fils du Commandant, qui a fait modifier deux fois le scénario de L’Odyssée tout en travaillant avec ses enfants à un autre hommage à son père, L’Odyssea. Et il espère fêter ses 100 ans de plongée à 107 ans...

Les secrets de fabrication de l'Odyssée des Cousteau au cinéma
©Wild Bunch


Pour Jean-Michel Cousteau, 78 ans, le dernier enfant vivant du Commandant Cousteau, ce mercredi est un jour très particulier. Celui de la sortie de L’Odyssée, le biopic de son papa signé Jérôme Salle. L’appréhension ne se lit pas dans sa voix, mais ses réflexions ( “nous sommes plus ou moins d’accord sur le scénario”) laissent supposer que le portrait sans complaisance n’était pas toujours à son goût.

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“J’ai tenu à y jouer le rôle de consultant pour être sûr qu’ils ne fassent pas des choses stupides !, nous a-t-il expliqué au Festival de Cannes. Nous avons évité ce qui devait l’être, car l’important, c’est de rendre compte de la mission que s’était fixée mon papa et l’impact qu’elle a eu sur les grands décideurs de ce monde. Je voulais être sûr que cela soit bien fait. D’ailleurs, j’ai fait modifier le scénario deux fois.” Et d’ajouter, dans la foulée : “J’ai aussi eu mon mot à dire sur le choix des lieux de tournage et des acteurs, pour respecter les ressemblances, mais le choix du comédien principal avait déjà été effectué.”


Dans son anglais typiquement frenchy, le barbu préfère évoquer son propre projet d’hommage à son père, L’Odyssea, qu’il a mené à bien avec ses deux enfants, Fabien et Céline. “L’Odyssea devrait durer entre 85 et 90 minutes. Et pour ça, nous disposons de 200 h d’images. Et si vous voulez savoir le temps passé sous l’eau à filmer, vous pouvez multiplier par trois. Pour une équipe de trois à cinq personnes. Cela fait 69 ans que je fais de la plongée et je vais enfin pouvoir montrer ce que moi-même je n’ai jamais vu et qu’il est impossible de voir dans l’eau. Grâce à la technologie, on peut désormais montrer des créatures microscopiques au ralenti et en 3D. Je découvre donc sur l’écran ce qui est invisible à l’œil nu.”

"J'ai réalisé que nous n'étions pas faits pour vivre sous l'eau"

Son grand rêve de jeunesse, bâtir des cités sous-marines, n’est par contre plus du tout à l’ordre du jour. “Quand j’étais enfant, mon père m’a fait découvrir des projets d’habitation sous l’eau. C’est pour ça que j’ai fait des études d’architecture. Cela me fascinait. Puis, j’ai réalisé que nous n’étions pas faits pour vivre sous l’eau. Nous ne sommes que des visiteurs occasionnels. Comme mon père était coincé dans la Mer Rouge durant la guerre de sept jours, la Calypso ne pouvait pas passer par le Canal, il m’a demandé de l’aider pour que je lui révèle des endroits où ou pourrait filmer dans l’Océan Indien que je connaissais mieux que lui. C’est comme ça que je suis devenu le leader de l’équipe, à une époque où on ne disposait pas d’ordinateurs, de téléphones cellulaires et tout ça, j’ai pris en charge une partie de la logistique pour être sûr que nous serions ravitaillés en essence pour nous rendre jusqu’au prochain port. J’étais complètement impliqué dans la production, j’ai donc totalement changé de cap et je le poursuis depuis.”

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Pas seul. Ses enfants sont aussi de l’aventure. “Mon fils, Fabien, est resté sous eau 31 jours. Ce qui pose deux problèmes : l’air, bien sûr, mais aussi l’aspect psychologique dans ce milieu dénué de bruit. Cela lui a pris pas mal de temps pour s’en remettre à son retour à la surface. Mon fils fait de la plongée depuis l’âge de quatre ans et ma fille depuis l’âge de 9 ans. Ils sont tous les deux impliqués dans la protection de l’environnement. Ils font intégralement partie de l’Odyssée. Ma fille, par exemple, se dévoue complètement pour l’Amazone. Elle se bat surtout pour les populations, avec des médecins, car nous avons apporté énormément de maladies dans ces régions. Mon fils a créé une petite compagnie, Plant A Fish, qui essaie de réimplanter des mangroves en Floride (où un tiers de l’État va disparaître avec le changement climatique) mais aussi de réintroduire les tortues en Amérique centrale. Comme moi, mes enfants ont créé leur propre organisation sans but lucratif.”

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Le futur de l’humanité n’est-il pas plus relié aux océans qu’à l’espace ?

“Nous avons intérêt à rester connectés aux océans si nous voulons rester sur cette planète. Nous sommes la seule espèce qui possède l’option de ne pas disparaître. Mais pour ça, il faut protéger les océans. Chaque bouffée d’air que nous respirons vient des océans. Sans océan, il n'y a pas de vie.Toute forme de vie est liée aux océans. Et cela commence avec le plancton. Il en existe deux sortes : les animaux et les plantes, les zooplanctons et les phytoplanctons. C'est la fondation de toute vie. Toutes les nuits, le plancton monte à la surface des océans et il redescend tous les jours. C'est la plus grande migration de n'importe quelle espèce. Le plancton est mangé par d'autres espèces, microscopiques ou de petites tailles, et c'est le début de la chaîne alimentaire pour les espèces de poissons que nous pêchons. Si nous continuons à utiliser les océans, les rivières et les lacs comme poubelles universelles, avec tous les polluants, cela aura un impact sur notre santé. Il y a 30 ans, on ne trouvait pas de plastique. Aujourd'hui, tous les produits en plastique, que ce soient des sacs, des briquets, des rouge à lèvres ou des bouteilles, envahissent les océans, où ils se décomposent et sont absorbés par le plancton. Et s'insèrent donc dans la chaîne alimentaire. Les produits chimiques, les métaux lourds ou le plastique que nous y déversons finissent par se retrouver dans notre chaîne alimentaire. Nous épuisons les mers en leur soutirant plus qu’elles ne peuvent produire. Au lieu de pêcher comme nous le faisons, avec l’incroyable débauche d’énergie que cela réclame, nous devrions créer des fermes avec des poissons herbivores, de manière à consommer des poissons frais (donc, non surgelés), à bas prix. Le tout, sans épuiser les ressources marines. Le but de mon film n’est pas d’effrayer les gens, mais de les faire tomber amoureux de l’océan.”

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Que vous inspire l'état des océans ?

" Il me rend très triste. Nous tirons plus des océans que ce qu'ils peuvent produire. Nous allons droit à la faillite. On ne retient aucune leçon de l'Histoire. A l'aube de l'humanité, nous étions chasseurs et cueilleurs. Qu'avons-nous fait ? Nous avons inventé l'agriculture, pour produire des plantes, des graines, et élever des herbivores comme les vaches ou les poulets. Nous n'élevons pas des lions ou des jaguars, qui ont pourtant sans doute bon goût, parce que nous ne pouvons nous le permettre. Dans les océans, nous devrions faire la même chose. On pourrait cultiver des plantes et élever des espèces de poissons qui sont herbivores. Désolé de dire ça alors que vous allez peut-être ensuite passer à table, mais que font les herbivores : ils défèquent, cela produit de l'engrais pour les plantes, ils mangent les plantent et défèquent à nouveau. Aujourd'hui, les scientifiques ont identifié les poissons qu'on pourrait élever dans un système clos. N'oubliez jamais que quand vous allez chez le poissonnier, vous n'achetez pas un poisson mais vous alimentez un système qui vous fournit ce poisson. C'est-à-dire la pêche, le transport, la surgélation, et cela produit énormément de CO2. Quand on élève des poissons, la taille de l'exploitation répond à la demande et les gens vont pouvoir manger pour la première fois des poissons frais, et cela à un prix très bas car pas de transport, pas de surgélation. Vous savez, j'adore le saumon. Mais l'élever est un non-sens. Seuls les sales gamins riches et gâtés pourris que nous sommes peuvent se l'offrir, car il faut dix à douze kilos de poissons sauvages de l'océan pour un kilo de saumon. Il faut donc arrêter ça, car nous vidons de plus en plus vite les océans pour avoir du saumon que seules les personnes riches peuvent acheter. Et c'est logique : c'est comme si nous mangions des lions et des jaguars. Il faut donc profiter de l'opportunité économique pour changer le système, arrêter de traiter les océans comme nous le faisons et alors, nous pourrions profiter des intérêts du capital des océans sans toucher à ce capital. Je pense que nous allons dans cette direction : produire les plantes et les animaux là où se trouve la demande."

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"Comme un oiseau qui vole au milieu des séquoias..."

La plongée vous garde en meilleure santé ?

"C'est certain. Sous l'eau, on ne pèse rien. On est est comme un astronaute. D'ailleurs, tout astronaute est d'abord un plongeur... Sous l'eau, on se sent bien, on n'est pas impacté par la gravité comme en surface. Mon objectif, c’est de fêter mes 100 ans de plongée. Donc de vivre jusqu’à 107 ans. J’ai promis à une Lady, de trois ans plus âgée que moi, de plonger avec elle pour son centième anniversaire. Cela m’aide à rester en meilleure santé, à recharger les batteries. J’ai l’impression d’avoir 20 ans de moins.”

La plus belle mer du monde ?

"Impossible de choisir. J'adorais la mer des Caraïbes, mais elle a beaucoup changé avec le climat. Désormais, il y a des barracudas, ce qui n'était pas le cas quand j'étais gamin. J'adore plonger en Californie du Sud, dans la forêt de kelp. C'est la deuxième plante à grandir le plus vite au monde, après le bambou.Elle peut grimper d'un mètre par jour. Et nous utilisons le kelp tout le temps. Dans les liptstick dans le dentitrice, ou dans les glaces car cela évite la cristallisation. C'est fascinant de plonger au milieu de ces plantes gigantesques. On se sent comme un oiseau qui vole au milieu des séquoias. C'est incroyable. J'adore aussi les Fidji. Mais ma meilleure plongée, c'est toujours la suivante..."

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Et l’hôtel Cousteau ?

“Il ne m’appartient pas. Les propriétaires peuvent utiliser mon nom aussi longtemps qu’ils respectent toutes les contraintes environnementales que nous avons fixées et qu’ils soutiennent financièrement Ocean Futures Society.”

L’odyssée des Cousteau est donc loin d’être terminée.

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