Adèle Haenel quitte la salle, furieuse, quand Roman Polanski décroche le César du meilleur réalisateur

Les Misérables de Ladj Ly sort grand vainqueur avec quatre trophées, dont celui du meilleur film. Mais c'est surtout la victoire du cinéaste de 86 ans qui va faire couler beaucoup d'encre.

Adèle Haenel quitte la salle, furieuse, quand Roman Polanski décroche le César du meilleur réalisateur
©AFP

Les Misérables de Ladj Ly sort grand vainqueur avec quatre trophées, dont celui du meilleur film. Mais c'est surtout la victoire du cinéaste de 86 ans qui va faire couler beaucoup d'encre.

Ah, la belle célébration du cinéma ! En habits de gala, les stars frigorifiées ont été chaleureusement accueillies aux César ce vendredi soir salle Pleyel, à Paris, par les huées de manifestantes féministes et une banderole “Violanski, les César de la honte”. “Polanski violeur, à ton tour d’avoir peur !” ,criaient près de 200 manifestants éclairés par des feux de Bengale.

Difficile de choisir sa posture en ces moments-là. Fallait-il faire bonne figure ou prendre un air affligé en raison de la gravité de la situation ? Avant même de se glisser sur le tapis rouge, il régnait une ambiance de folie, avec les signataires qui réclamaient (et ont obtenu) la démission en bloc de tout le conseil d’administration des César, le collectif 50/50 en demande de la parité hommes-femmes, les comédiens déplorant “l’invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs issus des Dom-Tom et de l’immigration africaine et asiatique”, Lambert Wilson qui préférerait que la cérémonie n’existe pas et le boycott par toute l’équipe de J’accuse (le film en tête des nominations : du jamais-vu) à cause “d’une escalade de propos et comportements déplacés et violents”.

Il n’y a pas à dire, la grande famille du cinéma français n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de faire la fête. À se demander pourquoi Brad Pitt, Jane Fonda ou Meryl Streep ont tous trouvé autre chose de mieux à faire que de venir recevoir un César d’honneur…

La présidente de cette 45e cérémonie, Sandrine Kiberlain, ne se sentait pas très à l’aise au moment d’ouvrir la soirée. Depuis quelques semaines, je reçois beaucoup de messages, comme si j’allais à l’abattoir. Je suis très heureuse d’être présidente, la dernière d’une époque et la première d’une autre. Je tiens à souligner que cette année est symbolique de la parole libérée, pour que nos enfants ne subissent plus jamais l’insupportable. Les artistes ont voulu témoigner d’une époque révolue. Mais je crois aux vertus de la crise. J’ai confiance en la nouvelle génération.”

La division dans la salle était patente. Au contraire de l’enthousiasme du public. A juste titre, tant l’humour (?) des présentateurs volait bas. Un sentiment mitigé reflété par le palmarès assez équilibré. Mais qui va faire scandale. Roman Polanski a décroché le César du meilleur réalisateur, amenant Adèle Haenel a quitter la salle. J’accuse récolte finalement trois trophées, soit un de moins que Les Misérables, sacré meilleur film. La Belle Époque récolte aussi trois prix. Si Roschdy Zem (Roubaix, une lumière) était attendu comme meilleur acteur, Anaïs Demoustier ((Alice et le maire) a créé la surprise en tant que meilleure actrice.

Hélas pour eux, on risque de ne retenir que la victoire de Polanski et les polémiques qui vont en découler. Le ministre français de la Culture, Franck Riester, avait estimé avant la cérémonie que courroner le cinéaste de 86 ans constituerait "un symbole mauvais". De son côté, Adèle Haenel avait estimé que cela reviendrait à "cracher au visage de toutes les victimes". "Ça veut dire 'ce n'est pas si grave de violer des femmes'." Sa colère était visible en quittant la salle. Loin d'avoir calmé le jeu, les César ont sans aucun doute relancé les polémiques et la colère des organisations féministes. Et cela risque bien d'éclipser totalement le palmarès et de faire oublier une soirée insipide, sans doute une des moins inspirées et des moins amusantes de toute l'histoire des César

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