Avec "Tori et Lokita", les frères Dardenne bouleversent à nouveau le Festival de Cannes

Ce mardi après-midi marquait le retour en Compétition à Cannes, pour la neuvième fois, de Luc et Jean-Pierre Dardenne. Les cinéastes liégeois signent avec "Tori et Lokita", un drame d'une rare intensité et profondément humain sur la clandestinité en Belgique.

Hubert Heyrendt, à Cannes
Avec "Tori et Lokita", les frères Dardenne bouleversent à nouveau le Festival de Cannes
©Christine Plenus / Cinéart

Ce mardi après-midi au 75e Festival de Cannes, la magie Dardenne a encore opéré avec Tori et Lokita, un drame vibrant qui nous plonge au coeur de la clandestinité, dans une réalité invisible aux yeux de la société belge. C'est le dixième film présenté par les cinéastes liégeois à Cannes et le neuvième en Compétition. On pourrait s'attendre à une forme de lassitude. Et pourtant, les cinéastes liégeois ont à nouveau frappé fort avec leur nouveau film, en lice pour une troisième Palme d'or, après Rosetta en 1999 et Le Fils en 2005.

Tori et Lokita s'ouvre sur une scène d'emblée magistrale, d'une profonde intensité. Face caméra, Lokita (Joely Mbundu) subit un interrogatoire en vue d'obtenir ses papiers. On lui pose des questions très précises sur le Bénin, pour savoir si le petit Tori (Pablo Schils), avec qui elle est arrivée en Belgique, est bien son frère. La jeune fille paraît déstabilisée, hésite. L'interrogatoire s'arrête. Elle rejoint Tori au centre d'accueil où ils sont logés. On les retrouve un peu plus tard dans les cuisines lugubres d'un resto italien, auprès du "chef", pour qui ils dealent herbe et cocaïne. Lokita espère pouvoir envoyer un peu d'argent à sa mère au pays, mais elle est en même temps pressée par son passeur (Marc Zinga) de rembourser sa dette…

Avec "Tori et Lokita", les frères Dardenne bouleversent à nouveau le Festival de Cannes
©Christine Plenus / Cinéart

Tension permanente

Pas de doute, avec Tori et Lokita, on est dans l'univers familier des frères Dardenne, celui de la pauvreté et de la précarité à Liège. Et pourtant, les cinéastes parviennent à se réinventer, en s'intéressant cette fois au lien puissant qui unit deux jeunes migrants venus tenter leur chance en Belgique. Deux personnages totalement "dardenniens", toujours dans l'action, qui n'ont jamais le temps de se poser ou de réfléchir tant la vie est dure avec eux.

Le point de vue est strict: on ne suivra que ces deux êtres dans leurs difficultés au quotidien pour survivre, pour tenter de mener une vie digne. Une expérience d'une rare intensité pour le spectateur. Le film ne dure même pas une heure et demie et jamais la tension ne retombe. C'est que, plus que jamais, les Dardenne visent l'épure. Pas de gras, pas de sentimentalisme, Tori et Lokita est entièrement tendu vers le drame qui se noue, grâce à un scénario magnifiquement construit, où chaque élément s'imbrique comme les pièces d'un puzzle infernal…

Si la réalité décrite par Luc et Jean-Pierre Dardenne est dure, sordide, il n'y a aucune place pour le voyeurisme chez eux. Si leur cinéma est frontal, naturaliste, ils adoptent un point de vue moral sur leurs personnages, toujours dignes dans leur combat, dans leurs rêves. "Quand j'aurai mes papiers, je ferai ma formation d'aide ménagère et on vivra tous les deux dans un appartement", dit Lokita à son petit frère… Mais même les rêves les plus humbles sont difficiles à atteindre quand, clandestins, on doit subir une pression constante et venue de toute part: de l'administration, de la police, du passeur, du dealeur, de la famille restée au pays… La seule humanité pour Tori et Lokita réside dans ce lien si fort qui les unit et qui leur a permis de surmonter tant d'épreuves...

Très fort, Tori et Lokita a à nouveau marqué le Festival de Cannes et ne devrait pas être ignoré au palmarès par le jury de Vincent Lindon.

Avec "Tori et Lokita", les frères Dardenne bouleversent à nouveau le Festival de Cannes
©Christine Plenus / Cinéart

Tori et Lokita Drame Scénario et réalisation Luc et Jean-Pierre Dardenne Photographie Benoit Dervaux Montage Marie-Hélène Dozo Avec Joely Mbundu, Pablo Schils, Marc Zinga, Claire Bodson… Durée 1h28

Avec "Tori et Lokita", les frères Dardenne bouleversent à nouveau le Festival de Cannes
©Cote LLB

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