Jérôme Commandeur: "Les politiques, on les déteste, ce ne sont que des cons, mais on est les premiers à leur écrire pour avoir de l’aide ou un piston"

Jérôme Commandeur signe une comédie inspirée, Irréductible (en salle mercredi).

Jérôme Commandeur: "Les politiques, on les déteste, ce ne sont que des cons, mais on est les premiers à leur écrire pour avoir de l’aide ou un piston"
©AFP

Ce mercredi 29 juin est à marquer d'une pierre blanche. Alors que les comédies françaises qui ne méritent pas d'être qualifiées de navrantes se comptent annuellement sur les doigts de la main de Mickey, en voilà deux qui sortent en même temps sur nos écrans : la très déjantée et zombiesque Coupez de Michel Hazanavicius ainsi que la caustique Irréductible.

Avec ce dernier passage à la sulfateuse des mondes politique, administratif et syndical, Jérôme Commandeur explore avec bonheur de nombreuses formes d’humour, des bons mots aux gags crus, en passant par l’autodérision ou les situations absurdes.

"Les Anglais pratiquent plus l’autodérision ou l’absurde, comme lorsque le beau-père arrive à poil et écale un œuf, explique-t-il sourire aux lèvres, accompagné de son cocker gris. En même temps, en France, il y a aussi des côtés un peu plombés, presque noirs, et le film raconte tout ça. Cette variété dans l’humour, c’est peut-être l’apanage de l’âge. À 30 ans, j’aurais été plus "mono"… Le dernier projet est toujours le fruit de son parcours. Peut-être que cette quête de parler de la France et des Français, je n’aurais pas pu la faire à 25 ans. Je ne me demandais pas ce qui fait son pays, ce qu’on est, où est-ce qu’on va, comment on se retrouve dans le monde d’aujourd’hui où on peut faire venir des chaussures de Chine en 24 h et ne pas s’occuper de nous. Cette idée de déclassement, qui va se transformer en désobéissance, c’est le pot de terre contre le pot de fer. Ces thèmes sont liés à l’âge, j’en suis convaincu."

Tout le monde en prend pour son grade…

"C’est un formidable terrain de jeu pour parler de la France et des Français. C’est pour ça qu’il y a des références aux migrants, au déplacement, la désobéissance. Le titre fait référence aux irréductibles Gaulois : on ronchonne, on nous dit d’aller à gauche mais on va à droite - voire à l’extrême droite -, on prend le rond-point dans le mauvais sens mais ce sont les autres qui n’ont pas compris le bon sens, et en même temps, on est le pays de l’abbé Pierre et de Coluche. Les politiques, on les déteste, ce ne sont que des cons, mais on est les premiers à leur écrire pour avoir de l’aide ou un piston. Ce sont toutes ces contradictions qui nous font, nous, Français. Tout ce qui est paradoxal est intéressant. Si on a envie de n’y voir qu’une comédie légère, c’est très bien. Si on a envie de s’emparer de ces thèmes, c’est très bien aussi. Mais je ne dis jamais ce qu’il faut penser. Je déteste le côté donneur de leçons. Tous les artistes qui s’y sont risqués ont mordu la poussière et c’est très bien comme ça. Les gens sont assez mûrs et adultes pour penser par eux-mêmes. Ils n’ont absolument pas besoin des artistes."

Vous égratignez bien les fonctionnaires et les politiques…

"Un copain m’a dit que cela commence comme une blague de Coluche et que ça se poursuit en comédie d’aventure. Je reconnais que certaines vannes sont bas de plafond, mais en France, il ne faut pas qu’on nous retire le droit de se charrier. De Molière à Pierre Dac, en passant Alphonse Allais, Desproges ou Coluche, ils ont asticoté leurs contemporains avec talent. C’est une manière de dire merci à ces gens-là, qui font fonctionner le collectif. Cela va des personnes qui exfiltrent d’Ukraine en passant par ceux qui réparent les pylônes ou dégagent les routes. J’adore rire avec, mais jamais contre. Un peu comme un album d’Astérix : on se met des gnons mais à la fin, cela se finit par un banquet."

Vous allez d’ailleurs incarner Abraracourcix dans Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu…

"Oui. Cela a été un tournage monstrueux, immense. C’est le film de tous les superlatifs, avec 65 millions € de budget. C’est un film mondial. On ne voit ça qu’une fois dans sa vie, en tant que comédien. On tournait à Savigny-sur-Orge, à une heure de Paris, et les studios étaient entièrement consacrés à Astérix. Avec des bateaux en bois énormes. C’était hollywoodien."

On doit avoir des yeux d’enfants avec tant de stars autour de soi, non ?

"C’est dingue. Un casting extraordinaire. On redevient un peu spectateur. Mais j’ai ressenti ça aussi avec mon film, quand Depardieu se trouve sur le plateau du JT. J’imagine si on rentrait dans un millième de son cerveau, de ce qu’il a lu, vu, entendu, ce à quoi il a assisté… Cela me fascine à chaque fois."

Christian Clavier est aussi épatant en syndicaliste procédurier…

"J’ai eu deux envies pour ce casting : prendre des acteurs de familles ou d’humours différents, et leur faire effectuer des contre-pieds. Gérard Darmon, si le film avait duré dix minutes de plus, je pense qu’il aurait eu MeToo sur le dos tellement il est libidineux. J’aime bien aussi la déclaration d’amour à la France de Depardieu, ou la scène avec Valérie Lemercier. La richesse d’une comédie, c’est cette diversité et pas seulement mettre des têtes d’affiche comiques."

Dans le film, la psy vous décrit comme “résolu, déterminé, enclin au sacrifice”. C’est votre définition en tant que réalisateur ?

“Résolu, déterminé... je n’en sais rien, c’est toujours compliqué de parler de soi. Mais il faut une sacrée dose d’énergie pour faire un film. Le rôle est beaucoup plus logistique qu’il n’y paraît, il faut passer un coup de fil pour libérer une route auprès de la direction de l’équipement, il faut refaire les planning en fonction de la météo et en plus, c’était l’année du covid. On prévoyait des hypothèses A, B, C, D, E, et puis on les jetait toutes. Les délais raccourcissaient tout le temps, sans être sûrs ! Les pays ne faisaient qu’ouvrir et fermer en fonction au gré des consignes sanitaires.”

C’est du masochisme...

“Pas loin. En tout cas, c’est bien imité.”

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