Trois films à voir au cinéma: la comédie de zombies Coupez !, la satire du monde des fonctionnaires Irréductible et une vision acerbe de l'homme trop parfait, I'm Your Man

Du rire, du délire et des robots au service de trois réflexions passionnantes sur le cinéma, notre mode de vie ou nos relations sociales.

Trois films à voir au cinéma: la comédie de zombies Coupez !, la satire du monde des fonctionnaires Irréductible et une vision acerbe de l'homme trop parfait, I'm Your Man
©Lisa Ritaine

Coupez!: la comédie la plus déjantée de l'année, hilarante après une demi-heure volontairement insupportable{{1}}

Voici, sans contestation possible, le film le plus audacieux présenté jusqu'à présent en 2022. Coupez! démarre en effet comme un film de zombies en mode (très très) gros navet, avec une intrigue débile, des protagonistes français aux noms japonais, des comédiens tous plus nuls les uns que les autres (une vraie performance pour Bérénice Bejo, Romain Duris, Gregory Gadebois ou Finnegan Oldfield) , un réalisateur caractériel humiliant tout le monde, des décors miteux et des trucages d'un amateurisme ahurissant. Un vrai festival de nullité. Au bout d'une demi-heure de ce spectacle atterrant, et après avoir résisté héroïquement à de nombreuses reprises à l'envie de fuir la salle, les questions abondent: comment un producteur a-t-il accepté de financer un tel nanar ? Michel Hazanavicius, le réalisateur des premiers OSS 117, a-t-il sombré dans la démence ? Pourquoi le Festival de Cannes a-t-il sélectionné pour son gala d'ouverture cette cornichonnerie même pas digne d'un travail d'étudiant en état d'ébriété frisant le coma ?

Et puis, par bonheur, le cauchemar prend fin. Toutes les horreurs endurées jusque-là acquièrent soudain du sens. Grâce à un esprit absurde que n'auraient pas renié les Monty Pythons, les séquences les plus atroces s'enrobent d'énormément d'humour moqueur, voire versent dans le délire jouissif et un tantinet sadique. Un exercice étonnant destiné à rendre hommage au septième art dans sa forme la plus naïve et inventive à la fois, lorsqu'il faut trouver des solutions improbables pour compenser l'absence de moyens financiers.

Au passage, Michel Hazanavicius met en lumière tous les passionnés de l'ombre, ces techniciens prêts à tout pour tenter de rendre les fictions aussi attractives que possible et dont on ne connaît généralement ni le travail ni le nom.

Car si le film de zombies a viré à la comédie plutôt potache, Coupez! se veut avant tout une plongée dans les coulisses du cinéma, avec les contraintes parfois hallucinantes imposées par les producteurs, le règne du "vite fait mal fait", les visions artistiques sacrifiées au profit des gros clichés censés faire l'unanimité, l'ego et les phobies des comédiens ou le manque de respect vis-à-vis des assistants amenés à satisfaire tous les caprices des divas angoissées. C'est donc à la fois très drôle et tristement grinçant, symbolique et caricatural, à regarder halluciné pendant une demi-heure abominable puis à prendre au 36e degré. Un ovni destiné à un public plus porté sur la réflexion que sur le divertissement à l'américaine, une mixture de genres et d'émotions qui amène à porter un regard différent, plus tendre finalement, sur le 7e art.

Irréductible: enfin une comédie française qui reste drôle plus d'un quart d'heure{{2}}

Le paradis sur Terre. Voilà comment Vincent Peltier (Jérôme Commandeur) considère son job (???) de fonctionnaire. Même s'il faut commencer aux aurores (comprenez à l'heure de l'apéro) et convaincre de mille et une façons les futurs détenteurs d'un permis de chasse que les petits cadeaux en nature, faits sur base volontaire, ne constituent en rien un acte de corruption, il ne changerait de travail pour rien au monde. Comme le dit son représentant syndical (Christian Clavier, extraordinaire dans un contre-emploi d'une mauvaise foi ahurissante), "Dieu aussi était fonctionnaire: ce sont les autres qui ont fait tout le boulot et c'est lui qu'on remercie."

Ses jours pourraient s'écouler béatement jusqu'à la fin des temps si un nouveau ministre (Gérard Darmon, suave jusqu'à la lubricité) n'avait chargé une inspectrice (Pascale Arbillot, cassante et sournoise) de pourrir l'existence de tous ceux qui refuseraient un chèque pour quitter l'administration. Muté dans les endroits les plus improbables, toujours plus glauques, l'irréductible Vincent Peltier s'accroche, trouvant systématiquement le moyen de s'adapter à son nouvel environnement hostile.

Avec un tel pitch, le chemin semblait tout tracé pour une pantalonnade bien franchouillarde tirant laborieusement sur quelques pauvres gags et destinée à délasser vaguement des neurones comateux à la télé un vendredi soir après une semaine épuisante. Lourde erreur. Derrière et devant la caméra, mais aussi à l'écriture du scénario, Jérôme Commandeur s'est évertué à multiplier les formes d'humour, du délire cru (l'attaque d'un ours relatée par Valérie Lemercier) à l'humour absurde britannique (un chien entré en contrebande en prison), en passant les gags visuels (un Suédois se promenant nu dans la cuisine), le cynisme destiné à décourager le fonctionnaire en le payant le moins possible, la mauvaise foi (Christian Clavier justifiant la semaine des 18 heures de travail ou un mari reprochant à sa femme de ne pas être handicapée), les chocs douloureux (en rafting), les références à Bienvenue chez les Ch'tis et Un poisson nommé Wanda, par exemple, ou l'insulte ("Un enfant peut changer la vie d'un homme, aussi pitoyable soit-il" ou "L'arrogance du petit profiteur de merde"). Cerise sur le gâteau dans ce récital, la déclaration d'amour à la France surréaliste de Gérard Depardieu: "Ce qui me manque le plus, ce sont les odeurs." Hilarant mais trash sous des aspects faussement tendres.

Les thématiques respectent le même schéma et partent dans tous les sens, histoire de bien égratigner les petits travers de nos voisins d'outre-Quiévrain (et surtout les Parisiens), notamment en les décrivant à travers les yeux de Suédois ou d'une tribu d'Indiens d'Amazonie. L'écologie, la politique, le syndicalisme, les clichés culturels, le patriotisme, la liberté sexuelle des femmes ou la solidarité sont abordés par le biais du rire, sans lourdeur ni moralisation.

Par essence, ce mille-feuilles ne peut que se révéler inégal. Mais fort réjouissant dans l'ensemble. Une bonne surprise.

I'm your man: l'être parfait est-il vraiment idéal ?{{3}}

Hasard du calendrier, une semaine après le pitoyable L'homme parfait, sort une production allemande basée sur une idée très similaire. Mais exploitée avec bien plus d'intelligence et de subtilité.

Célibataire endurcie et scientifique rigoureuse, Alma doit tester pendant trois semaines un humanoïde idéal, Tom. Physiquement plus vrai que nature, doté de logiciels puissants, il n'a été créé que dans un seul but: satisfaire tous les besoins d'Alma. En s'appuyant sur des algorithmes établis sur base de statistiques réalisées auprès de 17 millions de personnes. Doux, gentil, prévenant, serviable, intelligent, Tom évolue même au gré des remarques afin de rendre Alma la plus heureuse possible. Sans y parvenir.

Avec cette comédie dramatique très sobre, qui mise tout sur un scénario bien ficelé sans jamais rien sacrifier au spectacle racoleur, la réalisatrice Maria Scharder parvient non seulement à nous accrocher par les cordes sensibles (comment ne pas se demander comment nous réagirions face à un être parfait uniquement à notre service ?) tout en développant des pistes de réflexion très humaines. Tiendrions-nous le coup face à un tel robot, toujours d'accord avec tout ce que nous disons ? Peut-on vivre sans contradiction, sans être challengé ? Le reste de l'humanité ne paraîtrait-il pas fade, dénué d'intérêt, en comparaison avec ce compagnon idéal ?

Sans avoir l'air d'y toucher, I'm your man pousse à l'introspection, à se demander qui on est vraiment et ce qu'on aime tant chez les autres. On n'en sort pas indemne, mais cela fait du bien.

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