"Blonde", le très attendu biopic sur Marilyn Monroe est dispo sur Netflix: une icône réduite à une image, un corps (CRITIQUE)

Signé Andrew Dominik, le très attendu biopic de Marilyn Monroe débarque ce mercredi sur Netflix.

Hubert Heyrendt

Depuis sa première bande-annonce, qui dévoilait une Ana de Armas en Marilyn Monroe, la curiosité était énorme autour de Blonde, biographie de près de trois heures de l'icône hollywoodienne signée Andrew Dominik. Dévoilée il y a trois semaines à Venise, celle-ci est mise en ligne sur Netflix dès ce mercredi.

Pour son quatrième film de fiction depuis 2000 - dont le formidable western L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford en 2007 -, le réalisateur néo-zélandais adapte le roman homonyme de Joan Carol Oates, biographie fictionnalisée de Marilyn publiée en 2000 (cf. ci-contre). Comme dans la mini-série déjà tirée du livre en 2001, Dominik laisse de côté la théorie de Oates selon laquelle la star aurait été assassinée. Ce qui l'intéresse, c'est la personnalité de l'actrice, sex-symbol autant adulé que méprisé. Une femme qui, en manque d'amour et de reconnaissance, aura été malheureuse sa vie durant.

Un corps en pâture

Classiquement, Andrew Dominik met en scène dans Blonde une figure schizophrénique, entre, d'un côté, Norma Jeane Baker, la femme fragile à l'enfance difficile, et, de l'autre, Marilyn Monroe, objet de tous les fantasmes masculins, y compris présidentiels - avec une scène magistrale et d'une infinie tristesse, où JFK reçoit l'actrice dans une chambre d'hôtel new-yorkaise…

Produit par Brad Pitt via sa société Plan B, Blonde est porté par une magnifique bande originale signée Nick Cave et Warren Ellis - des fidèles d'Andrew Dominik, auxquels il consacrait en 2021 le documentaire This Much I Know To Be True - et visuellement époustouflant. Passant de la couleur au noir et blanc, variant sans cesse les formats d'écran et les textures d'image, le cinéaste nous plonge dans un univers de fantasmes, dans cet Hollywood cruel auquel la pauvre Norma Jeane a fini par se brûler les ailes.

Pauvre Norma Jeane. C'est bien le sentiment qui nous habite à la sortie de Blonde vis-à-vis de Marilyn, une jeune femme réduite à une image, à un corps, exploité par les producteurs, les réalisateurs, les photographes, les communicants des studios, les médecins… On peut voir là une lecture féministe de la part du cinéaste néo-zélandais, qui transforme Marilyn en une poupée platine manipulée par tous, à qui tout est imposé, jusqu'à un avortement pour qu'elle puisse tourner Les Hommes préfèrent les blondes. On peut aussi se dire que Dominik se contente de porter sur son héroïne la vision classique de Marilyn, toujours réduite à la femme-enfant minaudant, toujours à la recherche de l'amour de ce père qu'elle n'a jamais connu - on la voit ainsi appeler ses deux maris "papa" : le joueur de base-ball Joe DiMaggio (Bobby Cannavale) et le dramaturge Arthur Miller (Adrien Brody). Norma Jeane reste sans cesse prisonnière de Marilyn. De quoi en faire une figure profondément tragique, celle de l'innocence bafouée, de la femme maudite par sa beauté… Mais qui laisse de côté l'autre Marilyn, la comédienne bossant dur avec Lee et Paula Strasberg ou la femme en quête de sens à travers la psychanalyse…

Un temps promis à Naomi Watts, puis à Jessica Chastain, le rôle-titre de Blonde est finalement revenu à Ana de Armas. Au sortir des 2h45 de film, la jeune actrice hispono-cubaine laisse une impression indélébile. Se glissant de façon mimétique dans le corps mythique de Marilyn, sidérant de beauté et bouleversant, se donnant corps et âme au rôle, de Armas a définitivement gagné ses galons de star.

Blonde Scénario et réalisation Andrew Dominik (d'après le roman de Joyce Carol Oates) Musique Nick Cave et Warren Ellis Avec Ana de Armas, Adrien Brody, Bobby Cannavale, Xavier Samuel, Julianne Nicholson…

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