La boîte noire. Un thriller vraiment psychologique

BRUXELLES L'année 2006 commence bien. Avec, une fois n'est pas coutume, un excellent thriller psychologique français. Signé Richard Berry, déjà auteur de L'art délicat de la séduction et de Moi César 10 ans 1/2, 1 m 39.

Suite à un grave accident de la route et une petite période de coma, Arthur (José Garcia) se réveille avec des souvenirs en moins et une cassette en plus, sur laquelle une infirmière compatissante a enregistré tous ses délires. Des phrases issues tout droit de son inconscient, apparemment sans queue ni tête, mais qui éclaireront certainement son passé. En pleine perte de repères, il possède une chance extraordinaire de gagner 15 ans de psychothérapie d'un coup pour découvrir sa triple personnalité: «qui il pense être, qui il voudrait être et qui il est vraiment...».

Sans l'avoir voulu, Arthur mène craintivement l'enquête sur lui- même, cherche un sens à tous ces bouts de phrase que son cerveau avait précieusement conservés, à l'instar de la boîte noire d'un avion, tente de nouer les fils de ses pensées pour dénicher une vérité... qui ne lui plaira peut-être pas.

Sur ce thème-là, on pouvait craindre un nouvel exercice franchouillard de prise de tête dramatique, moralisateur et ennuyeux. Tout l'inverse de ce que propose Richard Berry. Le personnage central (et le jeu de José Garcia n'y est pas étranger) est éminemment sympathique. On a envie de l'aider, de comprendre ce qui se passe en même temps que lui. L'identification s'opère donc rapidement. Avec son lot de questions: est-ce qu'on écouterait aussi la cassette à sa place? La curiosité l'emporterait-elle sur la crainte? N'y avait-il pas une bonne raison pour que ces pensées restent inconscientes?

Ensuite, c'est la mise en scène qui emporte l'adhésion. Le travail sur l'image, splendide, renforce l'impression d'étrangeté, rend difficile la perception entre réalité et imagination. Plus on avance, plus le suspense s'épaissit. L'angoisse devient dérangeante: et si on s'était pris de sympathie pour un meurtrier? Ou un fou? Et si, comme Arthur, on était nous aussi coincés dans un carcan de fausses vérités, de règles inculquées dans l'enfance qui nous empêchent d'être nous-mêmes? Toute la force de ce thriller vraiment psychologique, c'est de nous impliquer, de nous pousser à nous interroger en fonction des évolutions de l'action. Une réussite. Avec un formidable José Garcia.

© La Dernière Heure 2006