Adieu les cons: une comédie épatante, à ne surtout pas manquer 

La comédie délirante et très montypythonesque d'Albert Dupontel ressort en salle, après y avoir fait une courte incursion en octobre dernier. Cerise sur le gâteau: Virginie Efira y est éblouissante.

C’est plutôt rare un titre qui donne envie déjà à lui seul de voir un film. Adieu les cons en fait partie, tant on a tous rêvé d’un jour pouvoir prononcer cette phrase. Mieux, Albert Dupontel en profite pour signer une œuvre grinçante de très haut vol, une sorte de Brazil à la française, truffée de situations absurdes et de constats terrifiants d’inhumanité. De loin, à notre avis, la meilleure comédie de l’année. Avec, cerise sur le gâteau, une Virginie Efira au sommet de son art.

Le petit monde de Suze Trappet s’effondre en apprenant que ses anticorps, au lieu de la défendre, se sont retournés contre elle. L’analogie avec la police utilisée par le médecin vaut à elle seule le détour, mais ne fait pas rire la coiffeuse. Car désormais, il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Le temps lui est donc compté si elle veut retrouver son fils, que ses parents l’ont forcée à abandonner à la naissance alors qu’elle n’avait que 15 ans. Or, pour obtenir la moindre info de la lourde machine bureaucratique truffée de fonctionnaires pointilleux uniquement intéressés par le règlement, il faut avoir la vie devant soi. Ce qu’elle n’a plus.

Le hasard met sur sa route Jean-Baptiste Cuchas (Albert Dupontel), génie de l’informatique et des systèmes de sécurité. Désespéré d’avoir loupé la promotion qui constituait le seul sens de sa vie, il enregistre un message qui se termine par "Adieu les cons" , puis enclenche un tir de carabine dont est victime… le collègue du bureau d’à côté. Pour les policiers, pas de doute, c’est un acte terroriste. "JB" doit donc être mis hors d’état de nuire. Mais, inconscient, il a été "kidnappé" par Suze. Qui n’accepte de prouver son innocence en lui restituant l’ordinateur avec lequel il s’était filmé qu’à condition de l’aider à retrouver son enfant. L’ennui, c’est que l’informatique possède quelques limites. A commencer par celles des archives que personnes n’a digitalisées. Le duo va donc devoir recourir aux services de M. Blin (Nicolas Marié, exceptionnel de drôlerie), un aveugle devenu phobique de la police depuis qu’elle lui a fait perdre la vue lors d’une bavure.

Oscillant en permanence entre le burlesque et la noirceur kafkaïenne, entre la folie du mode de fonctionnement des institutions et la loufoquerie des discours manipulateurs, Albert Dupontel décrit avec une infinie tendresse ou un réalisme implacable l’absurdité de certains aspects de notre société. C’est par moment hilarant, à d’autre effrayant. Exactement comme lors du génial Neuf mois ferm e.

Dans ce divertissement touché par la grâce, qui met en exergue nos dysfonctionnement personnels et collectifs, Virginie Efira apporte une touche d’humanité salvatrice. Impossible de ne pas éprouver d’empathie pour cette femme trop gentille, trop polie, qui a toujours obéi sagement et qui, un jour, n’a plus d’autre choix que de transgresser les règles idiotes qu’on lui a toujours imposées sans raison si elle veut pouvoir partir l’âme en paix. Et tout aussi impossible de ne pas hurler de rire lorsque l’impayable Nicolas Marié réinvente les vieux gags du cinéma muet (comme l’aveugle qui s’échappe en voiture...) ou hurle "Les handicapés ne vont pas en prison" .

Alors, préparez le gel hydroalcoolique et les masques et foncez voir cette merveille au cinéma : même si à la sortie, on a envie de crier "Adieu les cons", qu’est-ce que cette bouffée de liberté très montypythonesque fait du bien. Cela fait longtemps qu'on n'avait plus vu une comédie hexagonale aussi fraîche et noire, aussi implacable, aussi drôlement terrifiante. A ne pas manquer, donc.

Drunk: les enseignements de l’alcool 

Thomas Vinterberg signe un film brillant, déroutant, tout en étudiant les effets de l’alcool comme on le ferait en laboratoire.

Un ovni cinéphilique, réjouissant, déroutant, souvent amoral, mi-potache et mi-philosophique, voilà comment (ne pas vraiment) résumer Drunk , dernier Oscar du film étranger en date. Comme à l’époque de Festen , Thomas Vinterberg y décrit une histoire d’abord banale et grise, celle d’un professeur d’histoire complètement éteint, que la passion a quitté aussi bien professionnellement que dans la vie privée, avant de prendre tout le monde par surprise.

S’appuyant sur une théorie selon laquelle tout être humain vivrait avec un déficit d’alcool dans le sang, ce qui le rendrait malheureux, avec trois autres vieux professeurs, Martin s’essaie à l’alcoolisme joyeux sous le prétexte de vérification scientifique. Et ça marche ! Les doses infimes de liqueurs les désinhibent, apportent cette touche de folie dont leurs cours avaient tant besoin. Esprit de recherche oblige, un tel succès ne peut rester sans lendemain ni sans doses plus fortes.

Dans un film américain (on craint le remake qui en sera fait avec Leonardo DiCaprio), deviner la suite serait aisé. Alors que Thomas Vinterberg, lui, se refuse de juger. Il observe les personnages se débattre comme on le ferait lors d’une expérience de laboratoire. Et libre à chacun d’en tirer les conclusions qui lui sont propres après une scène finale grandiose de comédie musicale sublimée par un Mads Mikkelsen épatant d’humanité.

Ébouriffant, Drunk fait partie de ces trop rares longs métrages capables de questionner nos valeurs avec un zeste de mauvaise foi, sur un ton de comédie, parfois dramatique. On en sort décontenancé, avec le sentiment enthousiasmant que l’histoire ne fait vraiment que commencer en rentrant chez soi ou en allant boire un verre avec des amis qui n’auront pas du tout vu le même film ni tiré les mêmes enseignements. Du grand cinéma.

Nomadland, le grand triomphateur des Oscars 

Un film subtil, interpellant, intimiste, sur les nouveaux nomades de l’Amérique.

Avec ses trois Oscars (film, réalisation et actrice), Nomadland va éclipser toutes les autres sorties ce mercredi. Et dérouter quelques spectateurs. Car ici, le spectacle n’est pas au rendez-vous. À travers le parcours intimiste d’une sexagénaire qui vit de petits boulots et dort dans son van depuis le décès de son mari, Chloe Zhao décrit la précarité de ceux dont le salaire (ou la pension) ne leur permet pas de louer un logement, un monde de la débrouille pour rentabiliser l’espace, du renoncement au superflu, des longues journées solitaires sur la route et de la solidarité envers ceux qui possèdent encore moins.

Tout en restant concentrée sur Fern (Frances McDormand, épatante de sobriété), Chloe Zhao élargit assez vite son propos, met en parallèle ces nomades malgré eux et les pionniers du Vieil Ouest, dévoile sans le moindre misérabilisme l’envers du rêve américain et propose finalement une réflexion sur les modes de vie qu’on choisit d’adopter.

Car, aussi étonnant que cela puisse paraître, Fern n’en changerait pour rien au monde. Dormir sous des nids d’oiseaux, se promener sur un rivage, apprécier la nature, se plonger dans les grands espaces, discuter avec les gens de passage, tout ça remplit mieux sa vie que la technologie, la télé ou “une existence régie par le dieu dollar”.

Riche, subtil, interpellant, Nomadland ne peut que ravir les cinéphiles. Mais pas nécessairement les fans de divertissement.

Cruella, Miss, Sons of Philadelphia, Mandibules ou Slalom valent tous le coup d’œil, dans des registres fort différents 

Parmi la vingtaine de films qui sortent ce mercredi en salle, quelques-uns mériteraient d’être plus développés… si on en avait la place. On pense à Cruella , qui revisite en mode proche de Tim Burton la jeunesse de la créatrice de mode, le très joli Miss , qui aborde sur le ton de la comédie tendre le désir d’un jeune homme de devenir Miss France ou le film noir américain classique Sons of Philadelphia , avec Matthias Schoenaerts.

Dans un registre assez “barge”, Quentin Dupieux frappe fort avec Mandibules , l’histoire de deux amis pas fut-fut qui découvrent une mouche géante dans le coffre d’une voiture volée et décident de l’apprivoiser pour qu’elle fasse les courses (en volant, évidemment) à leur place. C’est totalement déjanté et, en plus, Roméo Elvis fait partie de la distribution.

Les fans de sport, eux, seront secoués par Slalom , une histoire de dérapage sexuel entre un entraîneur et son élève dans le monde du ski de haut niveau. C’est interpellant, d’une grande justesse, sur les “mécanismes” qui amènent à franchir toutes les lignes rouges. Jérémie Renier et Noée Abita y sont parfaits. À montrer aux jeunes sportifs.

Tous ces films-là, il faut espérer qu’ils resteront suffisamment longtemps à l’affiche pour rencontrer le succès.