Il y a près de vingt ans, le premier Spider-Man réalisé par Sam Raimi a marqué les esprits, consacrant le potentiel des super-héros de la maison d’édition Marvel au grand écran. Depuis, en sept films, le héros masqué a connu trois incarnations (plus une variante animée dans un neuvième film) et intégré l’Univers cinématographique Marvel (MCU). Ce huitième opus, comme l’annonçait sa bande-annonce, fusionne ces sagas parallèles.

Quand Peter (Tom Holland), au terme de l’épisode précédent, voit son identité révélée, il se tourne vers le Docteur Strange (Benedict Cumberbatch) afin de faire oublier au monde qu’il est Spider-Man. Mais, soucieux de préserver les souvenirs de ses proches MJ (Zendaya), Ned (Jacob Batalon) et May (Marisa Tomei), Peter perturbe le sortilège. En résulte l’intrusion dans son monde des ennemis de Spider-Man, issus d’univers parallèles.

Ce qui ressemble à un artifice commercial un peu roublard débouche sur un récit cohérent et finement mené qui ravira les fans. On évitera de trop en dire. La bande-annonce ne spoile que la première demi-heure de cet opus. Si certaines des surprises ultérieures sont prévisibles à la lecture du casting, on précisera que le retour de nombreux personnages issus des films précédents donne lieu à plusieurs scènes réjouissantes, voire émouvantes, dans leur convocation de la mythologie de la saga. Le Multivers permet d’expliquer et de corriger le désordre né de la dispersion antérieure des licences Marvel (relevons aussi le caméo d’un personnage à succès d’une série Netflix/Marvel).

L’intrigue justifie même l’inévitable surenchère qui plombe ces productions. Spidey affronte pas moins de cinq antagonistes et reçoit l’aide de trois super-héros. Il se paie aussi le luxe d’un bras de fer avec le Docteur Strange dans la toujours dantesque Dimension Miroir.

La trame est prétexte à une relecture, tantôt ironique (la récurrence de la figure du savant fou ou des accidents à l’origine des pouvoirs), tantôt critique, du destin funeste des adversaires de Spider-Man. Les dialogues résonnent aussi à un niveau méta, comme lorsqu’un des héros dit se sentir "nul", écho de critiques adressées à son interprète.

Guérir plutôt que punir

Chaque itération du personnage s’est accompagnée d’un profil. Depuis Captain America : Civil War, le Peter de Tom Holland se cherche un père de substitution. Happy (Jon Favreau) et Doc Strange s’en partagent la charge depuis la mort de Tony Stark. Si (spoiler alerte) Pete se trouve ici deux grands frères, il finit par devenir adulte, donc autonome. S’il en paie le tribut, il respecte la morale qui guide ses actes. Guérir plutôt que punir est un adage louable par les temps qui courent. On en créditera Jon Watts, réalisateur attitré depuis Spider-Man : Homecoming (2017).

Démentant son titre, No Way Home est un habile retour aux sources, qu’incarne entre autres Willem Dafoe, de retour comme ennemi le plus acharné de Spider-Man quelle que soit la dimension.

Répondant à une logique cyclique, les scénaristes vont jusqu’au bout en imposant à Peter deux sacrifices. Ils appliquent l’adage originel du personnage, rappelé ici : "Un grand pouvoir ne va pas sans grandes responsabilités."

Spidey à la rescousse

Ceux qui ont découvert, enfants, le premier Spider-Man, signé par Sam Raimi en 2002, sont en âge d’aller voir avec leur progéniture Spider-Man : No Way Home, huitième film de la franchise. Est-ce pour cette raison que Sony convoque les méchants qui ont affronté les incarnations précédentes de Spidey ? Bien que Sony détienne la licence d’adaptation cinématographique, le benjamin des super-héros est intégré au Marvel Cinematic Universe (MCU), cornaqué par Marvel Studios, depuis Captain America : Civil War (2016) et la reprise du rôle par Tom Holland.

Spider-Man passe, depuis, d’une franchise à l’autre. Bien que sous label Sony, No Way Home est le premier film à aborder le Multivers, objet du nouveau cycle du MCU. On le retrouvera dans le prochain épisode de Doctor Strange, comme l’annonce une des deux scènes post-générique de No Way Home. Après le succès critique et public de WandaVision sur Disney+, le MCU a enregistré ses premières contre-performances avec Black Widow, Shang-Chi et Les Éternels : pour la première fois depuis 2014, aucun de ceux-ci ne figure en tête de liste du box-office de l’année.