BLOOD TIES

La sortie de taule de son frangin est tout sauf une bonne nouvelle pour le flic de Brooklyn Frank Pierzynski (Billy Crudup). Elle signifie le retour des ennuis. Et des cadavres. Chris (Clive Owen) a beau promettre de se tenir à carreau et de tenter de refaire sa vie avec la belle Natalie (Mila Kunis), Frank n’y croit pas. Mais va-t-il pouvoir coincer une nouvelle fois celui qui était son idole de jeunesse ?

NOTRE AVIS: 6/10

Guillaume Canet adapte le polar de Jacques Maillot dans lequel il donnait la réplique à François Cluzet en 2008, Les liens du sang . Histoire de le mettre à la sauce américaine et de l’allonger d’une demi-heure. Pas une mauvaise idée en soi : dans les décors seventies de Brooklyn, avec un casting hallucinant qui s’est manifestement goinfré du Parrain et d’autres grands classiques du gangstérisme avant d’enfiler le costard rayé ou de porter la moustache, l’intrigue prend une dimension supplémentaire. Qui donne du relief au conflit fraternel. Sans tomber dans les pièges de la standardisation américaine.

Intelligemment, Guillaume Canet prend le temps de faire exister ses personnages, de demander à Zoé Saldana d’incarner la détermination fragile, à Marion Cotillard de symboliser les prostituées vulgaires telles qu’on les conçoit sur grand écran, à Matthias Schoenaerts (à l’accent aussi impressionnant que son jeu musclé) de libérer toute la violence qui est en lui ou à James Caan de donner de la profondeur au patriarche désireux de maintenir la paix entre ses deux fils.

Un peu paradoxalement, cet enrichissement ne se révèle pas toujours profitable. Il détourne régulièrement de l’intrigue centrale et casse le rythme du conflit psychologique.

Très classique dans son fond et dans sa forme, sans doute beaucoup trop lent pour un polar contemporain, Blood ties séduit sans surprendre, charme sans captiver. Tout y est léché, vintage , mais la peur ne suinte pas de l’écran, l’engrenage du crime ne prend pas aux tripes, les conflits internes de chacun ne troublent pas. Finalement, la beauté plastique des décors ou des prises de vues qui fleurent bon les années 70 restent plus en mémoire que le suspense (bien maigrichon) ou l’intrigue elle-même. Ni décevant ni emballant, au final.

Blood ties : Polar, réalisé par Guillaume Canet. Avec Clive Owen, Billy Crudup, James Caan, Mila Kunis, Marion Cotillard, Zoé Saldana, Matthias Schoenaerts. Durée 2h07


FONZY

Livreur de poisson le plus lent du monde, distrait devant l’éternel, champion de l’embrouille, Diego Costa s’impose comme le prototype même du quadragénaire immature. Qui apprend coup sur coup que la femme de sa vie attend un enfant de lui sans le désirer pour père et que ses dons de sperme pour la recherche scientifique sous le pseudo de Fonzy ont donné naissance à 533 enfants. Dont 142 intentent une procédure en justice pour connaître son identité. Une histoire dont les rieurs ricanent dans les bistrots ou qui lui vaut le qualificatif de "pervers" .

Protégé par la loi sur l’anonymat, Diego commet une erreur (une de plus…) : il ouvre le dossier que lui a remis son meilleur ami, embrigadé en tant qu’avocat dans toute cette aventure. Et l’envie de connaître ses enfants se révèle irrésistible.

NOTRE AVIS: 6/10

Extraordinaire, cette histoire ? Sans aucun doute. Originale ? Oui, mais… Fonzy est en fait le remake d’un film québécois sorti voici deux ans à peine, Starbuck . Qui a cartonné dans son pays d’origine avant de bénéficier d’une sortie relativement confidentielle en Europe. Et c’est dommage. La comédie d’outre-Atlantique bénéficiait d’un atout majeur: ses comédiens sont de parfaits inconnus pour nous. Impossible donc de deviner d’emblée si le loser pas magnifique du tout est un parfait salaud, un cynique, un abruti ou un gentil desservi par les circonstances. Suspense nettement moins présent dans la version française, vu l’image extrêmement sympa que trimbale José Garcia.

Mais, à vrai dire, c’est le seul défaut qu’on trouve à ce divertissement touchant, frais, à l’humour éloigné des rails de la comédie française et de ses répliques grinçantes. Chaque nouvelle rencontre amène une dose salutaire de douceur et de gentillesse. Dans une ambiance morose ou agressive, voilà typiquement le genre de film qui fait du bien au cœur et à l’âme. Il n’y a donc aucune raison de bouder son plaisir.

Fonzy: Comédie réalisée par Isabelle Dorval. Avec José Garcia, Audrey Fleurot, Lucien Jean-Baptiste, Gérard Hernandez. Durée 1h42


MA VIE AVEC LIBERACE

Fasciné par la flamboyance de Liberace (Michael Douglas) sur scène, Scott Thorson (Matt Damon) ne résiste pas au plaisir de saluer le pianiste d’exception dans sa loge. L’accueil dépasse en enthousiasme tout ce qu’il aurait pu espérer. L’artiste lui accorde toute son attention, sous l’œil blasé de son entourage et le regard mauvais du jeune homme qu’il a pris sous son aile. Et même bien plus que ça. C’est le début d’une grande histoire d’amour, truffée de cadeaux fabuleux, de tenues excentriques et de grandes tournées. Mais Liberace est jaloux. Et pas très fidèle…

NOTRE AVIS: 4/10

Steven Soderbergh a peut-être bien fait de prendre du recul par rapport au cinéma. Il n’a manifestement plus rien à raconter, comme l’avaient déjà démontré Magic Mike ou Effets secondaires. Ma vie avec Liberace confirme cette désolante tendance. Cette histoire d’amour banale s’enfonce dans tous les clichés relatifs aux stars du show-biz, dont les excès fascinaient autant qu’ils irritaient déjà dans les années 70. Difficile de comprendre pourquoi 2 h sont nécessaires pour relater une amourette aussi prévisible que clinquante et peu captivante.

Cette œuvrette, qui n’a bénéficié des honneurs du grand écran qu’en raison de la retraite annoncée de Steven Soderbergh, ne dispose que d’un seul véritable atout. Mais extraordinaire. La performance sidérante du duo d’acteurs principaux. En reine étincelante de la nuit, Michael Douglas hypnotise littéralement. Ses sourires, ses perruques, ses tenues, tout rappelle les idoles des seventies mais aussi les tics de certains présentateurs de télé contemporains. Il en met plein la vue pour tenter, vainement, de masquer ses lâchetés, ses caprices, son manque de compassion pour ceux qu’il jette. Une performance à la fois haute en couleur et pleine de petites failles qui aurait largement mérité un prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes.

À ses côtés, Matt Damon épate aussi en minet naïf, un peu maniéré, trop plongé dans le rêve et les paillettes pour comprendre réellement dans quelle pièce il joue. Et lorsqu’il découvre la réalité, les échappatoires ne sont pas nombreuses.

Ces deux acteurs merveilleux sauvent le film de la catastrophe. À ne voir que pour eux, donc.

Ma vie avec Liberace:  Biopic  r éalisé par Steven Soderbergh. Avec Michael Douglas et Matt Damon. Durée 1 h 58