Depuis 1962, l’agent le moins secret du monde fait rêver des générations de cinéphiles avec ses aventures, ses voitures, ses partenaires ou ses ennemis. Petit tour d'horizon de nos critiques.

Dangereusement nôtre

Skyfall (2012)

Plus d’action, de violence, de cascades hallucinantes, moins de gadgets ou d’humour : Casino Royale a complètement ringardisé les vingt premiers films officiels de la saga. Mais l’apogée de cette évolution plus réaliste, spectaculaire et sentimentale est atteint avec Skyfall. Vieillissant, James Bond sort de sa retraite paradisiaque pour plonger dans son propre passé (une scène finale extraordinaire) et celui de la saga (des hommages en pagaille à Sean Connery et Roger Moore), sur la musique entêtante d’Adele. Du début à la fin, c’est éblouissant.

P.L.

Casino Royale (2006)

Nous avons un faible, aussi, pour Skyfall et son scénario ciselé par de Neal Purvis, Robert Wade et John Logan. Mais, de fait, le meilleur Bond avec un regard contemporain est son acte de renaissance dans Casino Royale, qui dès son âpre et brutale scène de pré-générique rompt tous les rituels d’une franchise qui s’était essoufflée à la fin du règne de Pierce Brosnan dans le piètre et excessif Die Another Day, quatre ans plus tôt. Un nouvel interprète félin, un méchant incarné par un Mads Mikkelsen qui commençait tout juste à exploser sur la scène internationale et une Eva Green impériale, rare Bond Girl empowered.

A. Lo.

Casino Royale (2006)

Au-delà de l’adrénaline, des cascades, de l’humour pince-sans-rire et de la débauche d’effets spéciaux, Casino Royalepermet de décrypter la misogynie de Bond : séduit par Vesper Lynd (Eva Green), il sera trahi par elle et ne s’en remettra jamais complètement, cet échec nourrissant secrètement sa défiance vis-à-vis de la gent féminine. Pour une fois, les pôles s’inversent et le cœur brisé n’est pas celui que l’on croit… Afin d’oublier la jeune femme belle et rebelle, Bond (Daniel Craig) s’enferme dans son cliché de machine à tuer sans émotion ni état d’âme. Le film permet de comprendre comment le côté misanthrope de Bond se teinte volontiers de misogynie, meilleure protection, à ses yeux, pour assurer sa survie et, surtout, ne pas faiblir… En 2015, Daniel Craig, son interprète, est d’ailleurs le premier à aborder clairement le cliché de l’homme à femmes et à préciser que “cette tradition sexiste devait être affrontée car elle appartient au passé”. Il était temps…

KT

Casino Royale (2006)

En 2006, Martin Campbell relançait de façon explosive une franchise au bout du rouleau, après quatre films de plus en plus boursouflés de scènes pyrotechniques et de placement de produits, avec un Pierce Brosnan au bord de l’autoparodie. Plus qu’un changement d’acteur – avec l’arrivée de Daniel Craig –, c’est d’un véritable reboot qu’il s’agit pour 007. Et ce, en revenant au roman originel de Ian Fleming : Casino Royale, qui n’avait jamais été adapté dans la saga officielle (seulement de façon parodique avec David Niven en 1967). Et l’on sent bien que d’autres agents secrets sont passés par là, à commencer par le Jason Bourne de Matt Damon (La Mémoire dans la peau en 2002 et La Mort dans la peau en 2004). S’inscrivant de pleins pieds dans la complexité de la géopolitique contemporaine, la saga sera désormais plus noire, avec un héros dur et cruel, mais proposant un autre rapport aux femmes.

Mais Casino Royale n’en reste pas moins un grand film d’action, porté par des scènes incroyables, comme cet effondrement d’un Palazzo du Grand Canal de Venise, dans lequel Bond perd sa bien-aimée…

H.H.

Notre 007 préféré

Sean Connery dans “Goldfinger” (1964)

“Le James Bond qu’on aimait”, avons-nous titré lors du décès de Sean Connery en octobre 2020. Daniel Craig est un cougar. Timothy Dalton était un loup. Pierce Brosnan un brushing. George Lazenby une erreur de casting. Sean Connery, lui, était Bond, James Bond. Il reste le mètre étalon auquel on compare ses successeurs. Ian Fleming, père littéraire de Bond, imaginait David Niven dans le rôle et doutait de son physique de “culturiste démesuré” (Connery est, avec son mètre 95, le plus grand des Bond). Mais la femme de l’écrivain était persuadée qu’il dégageait “le charisme sexuel requis”. Sean Connery a été moulé par Terence Young : le réalisateur de l’inaugural James Bond contre Dr. No(1962) a emmené l’acteur chez son tailleur, lui a appris la prestance et lui a donné confiance en lui. Connery achève sa mue en 007 dans Goldfinger. Finalement convaincu, Fleming a conféré à l’espion les origines écossaises de l’acteur.

A.Lo.

Daniel Craig dans “Skyfall” (2012)

Comme l’écrit si bien notre collègue Alain Lorfèvre, Sean Connery restera à jamais le James Bond ultime, celui qui, encore inconnu à la sortie de James Bond contre Dr. No en 1962, jeta les bases du mythe, sur lesquelles ont si longtemps joué les scénaristes.

Cinquante ans plus tard, le choix de Daniel Craig créera la surprise chez les fans. Blond, les traits acérés, l’acteur tranchait avec le canon de beauté associé à Bond, mais il renouait pourtant avec la dureté de Sean Connery. Dans la scène d’introduction de Casino Royale en 2006, on découvre ainsi, de façon choquante, la façon dont l’agent du MI6 a décroché son matricule de “007” (le premier zéro signifiant qu’il a reçu le permis de tuer, le second qu’il s’en est déjà servi…).

Six ans plus tard, dans le génial Skyfall de Sam Mendes, plus personne ne doute que Craig est tout simplement l’un des meilleurs James Bond, sinon le meilleur. À commencer par l’acteur anglais lui-même, désormais sûr de lui dans les habits de l’agent secret, qu’il a rendossés pour une cinquième et dernière fois dans le prochain Mourir peut attendre

H.H.

Roger Moore dans “Vivre et laisser mourir” (1973)

Objectivement, Timothy Dalton, Pierce Brosnan ou Daniel Craig jouent avec plus de finesse, d’intensité ou d’expressivité. Mais Roger Moore a apporté ce qui est devenu à mes yeux la marque de fabrique de James Bond : une classe un peu aristocratique, une décontraction britannique et l’art de balancer des vannes au pire moment. Ce qui faisait mouche auprès de l’ado que j’étais. Avec le recul, l’humour paraît daté, l’action trop lente et chorégraphiée, mais le raffinement de Roger Moore et son sourire en coin continuent de me charmer. La nostalgie est éternelle.

P.L.

Roger Moore dans “Dangereusement vôtre” (1985)

Douze ans ont passé depuis Vivre et laisser mourir. Mais dans sa septième et dernière incarnation de Bond, on aime toujours chez Roger Moore ce côté souriant et ironique qui lui permet d’être davantage une figure paternelle et d’être moins dans la posture musclée et le rapport de force bête et brutal. L’acteur entraîne aussi dans son sillage les mirages de ses précédents rôles dans Le Saint et Amicalement vôtre. Même si l’ADN de Bond reste à jamais celui d’un indécrottable macho, viril et manipulateur collectionnant des conquêtes toujours plus jeunes. On sait qu’au-delà des cascades tonitruantes, des armes secrètes, des gadgets dernier cri et des bolides tapageurs, le succès de 007 repose en (grande) partie sur sa réputation de bad boy et de serial lover… Un cliché entretenu avec soin, presque une caricature, sur lequel les scénaristes successifs de Bond se sont toujours reposés. Pour détourner certains clichés, ils n’hésitent pas à le lancer à la poursuite de la sculpturale Grace Jones et à imaginer une course-poursuite avec cascades en haut de la Tour Eiffel. Le tout assorti d’une réplique culte à la clé : “Taxi, suivez ce parachute !”

KT

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